Alors que la République Démocratique du Congo traverse un mois d'août sous le signe du recueillement en mémoire du GENOCOST et des 166 martyrs du massacre de Gatumba perpétré en 2004, le régime de Kigali tente d'attiser le feu des tensions intercommunautaires. Dans une déclaration au ton solennel et patriotique rendue publique ce lundi 17 août 2026 à Kinshasa, la Communauté Banyamulenge a vivement réagi aux récentes déclarations incendiaires de Tito Rutaremara, idéologue du Front Patriotique Rwandais (FPR). Dénonçant une manoeuvre cynique visant à rebaptiser leur identité et à enrôler leur jeunesse dans une guerre contre leur propre pays, les dignitaires Banyamulenge ont catégoriquement rejeté la rhétorique du gouvernement rwandais qui prétend violer la souveraineté congolaise sous prétexte de les protéger. Démontant le piège de l'ethnicisation du conflit et fustigeant la violation manifeste des accords de paix de Washington, la communauté réaffirme avec force son appartenance indivisible à la Nation congolaise et refuse de servir de marchepied ou de bouclier humain aux visées expansionnistes du Rwanda.
Declaration de la communauté Banyamulnge a Kinshasa
Le Rwanda attise la guerre contre la RDC : Les propos incendiaires de Tito Rutaremara lors de la 22ème commémoration du massacre de Gatumba
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Chers compatriotes, notre Communauté tient à fixer l'opinion en ce mois TRAGIQUE d'août où tous les congolais commémorent le GENOCOST et où notre Communauté a subi un massacre le plus rapide de son histoire, 166 personnes exécutées dans quelques minutes à Gatumba au Burundi au soir du 13 août 2004 :
- La communauté banyamulenge de la République démocratique du Congo, aux côtés de sa diaspora, s'est réunie dans le recueillement pour marquer le 22e anniversaire du massacre de Gatumba, perpétré le 13 août 2004 au Burundi. Ce drame a arraché la vie à 166 réfugiés congolais, en grande majorité banyamulenge, alors placés sous la protection du HCR.
- Vingt-deux ans plus tard, la douleur reste vive. Les familles attendent toujours la vérité, la justice et la reconnaissance de leurs souffrances.
- C'est dans ce moment de mémoire que Monsieur Tito Rutaremara, figure emblématique et idéologue du Front patriotique rwandais (FPR), agissant au nom de son régime a choisi de tenir, à Kigali, des propos particulièrement graves. Compte tenu du cynisme des autorités rwandaises, il est alors impossible que l'on attende de lui une parole de compassion, de dignité et de respect envers les victimes. Son intervention a pris la forme d'une exhortation politique et militaire pour exprimer la version officielle de Kigali sur la guerre qu'il mène contre la RDC.
- Il a remis en question notre identité en nous présentant comme des « Banyarwanda du Congo », avant d'encourager la jeunesse banyamulenge à prendre les armes pour « libérer » ou « récupérer » l'ensemble du Congo.
- Ces paroles ont constitué une blessure supplémentaire à l'ensemble de notre Communauté mêmes ceux de son assistance obligés d'applaudir. Elles ont détourné la mémoire des victimes de Gatumba de son sens profond pour en faire un instrument de mobilisation politique et guerrier. Nos morts méritent le recueillement et la justice. Ils ne doivent pas servir de marchepied à une entreprise de guerre contre leur propre pays. Nous le rejetons.
Un discours qui n'est ni anodin ni isolé
- Les propos de Monsieur Tito Rutaremara ne peuvent être réduits à une simple opinion personnelle ou à un dérapage circonstanciel. Ils s'inscrivent dans la droite ligne de la politique qui a décidé depuis 30 ans de détruire les Banyamulenge d'abord et ensuite le Congo.
- Ils rappellent une rhétorique régulièrement portée par plusieurs responsables rwandais, notamment le président Paul Kagame, l'ambassadeur du Rwanda auprès des Nations unies, Monsieur Martin Ngoga, ainsi que le ministre rwandais des Affaires étrangères, Monsieur Olivier Nduhungirehe. Dans différentes déclarations, ces responsables invoquent une prétendue protection des Banyamulenge et, plus largement, celle des Congolais tutsi, pour présenter l'invasion de l'Est de la RDC comme une nécessité sécuritaire pour nos Communautés. Nous le refusons.
- Le gouvernement rwandais affirme publiquement que les Banyamulenge seraient persécutés et que leur protection ferait partie des préoccupations sécuritaires du Rwanda. Monsieur Olivier Nduhungirehe a notamment repris cette argumentation devant les Nations unies, en établissant un lien entre le conflit régional, la sécurité du Rwanda et la situation des Banyamulenge et des autres Congolais tutsi. Gros mensonge d'Etat.
- Or, cette rhétorique est profondément dangereuse lorsqu'elle sert à légitimer une intervention militaire étrangère, à relativiser la souveraineté congolaise ou à habiller une guerre régionale du nom d'une communauté congolaise. Faire porter à notre Communauté les crimes commis par l'armée rwandaise au Kivu. Nous le refusons.
- Le Conseil de sécurité des Nations unies a pourtant demandé sans ambiguïté le retrait des Forces de défense rwandaises du territoire congolais et la cessation de tout soutien au M23. Nations unies - Résolution 2773 et situation en RDC.
- Il existe donc une contradiction majeure : d'un côté, Kigali prétend agir au nom de la protection de certaines communautés congolaises ; de l'autre, les institutions internationales dénoncent une atteinte à la souveraineté et à l'intégrité territoriale de la RDC et c'est tout.
- C'est dans cette logique que le discours de Tito Rutaremara prend tout son sens et révèle toute sa gravité. Il ne parle plus seulement de protection ou d'autodéfense. Il demande à de jeunes Congolais de prendre les armes, d'étendre la guerre au-delà de Minembwe et de participer à la « libération » de tout le Congo.
- Derrière le vocabulaire de la protection se dessine ainsi une logique de pillage et de conquête. Derrière le nom des Banyamulenge, on cherche à construire une justification ethnique à une guerre contre la République démocratique du Congo. Derrière ce discours, le régime de Kigali joue sur les conflits locaux. Ces conflits se régleront entre nous les congolais et non par l'intervention intempestive d'une armée étrangère non invitée dont les visées sont plutôt d'exacerber les conflits locaux pour s'en servir.
Une stratégie d'instrumentalisation persistante
- Ce qui inquiète particulièrement, c'est la contradiction entre la négation de notre identité et son utilisation simultanée comme outil de mobilisation politique.
- D'un côté, Monsieur Rutaremara refuse aux Banyamulenge le droit de se définir eux-mêmes, en les rebaptisant « Banyarwanda du Congo ». De l'autre, il invoque leur histoire, leurs souffrances et leurs morts pour appeler leur jeunesse à s'engager dans une guerre contre son propre pays.
- Cette démarche ne vise pas à nous protéger. Elle cherche à nous déraciner symboliquement de la nation congolaise, à nous isoler de nos frères et soeurs congolais et à nous transformer en auxiliaires d'un projet régional qui n'est pas le nôtre.
- Le Rwanda semble ainsi vouloir susciter ou prolonger une guerre, puis l'habiller du nom des Banyamulenge afin de lui donner une justification communautaire. Il voudrait pouvoir dire qu'il n'agresse pas la RDC, mais qu'il intervient pour protéger une population menacée.
Nous refusons catégoriquement ce piège.
- Les souffrances réelles des Banyamulenge doivent être reconnues et combattues. Les discours de haine, les persécutions, les déplacements forcés, les massacres et toutes les formes de discrimination dirigées contre notre communauté doivent être dénoncés sans ambiguïté. Mais ces souffrances ne donnent à aucun État étranger le droit de violer la souveraineté congolaise ni de transformer nos enfants en instruments de sa guerre.
- La protection d'une communauté congolaise relève d'abord de la responsabilité de l'État congolais. Elle ne peut servir de couverture à une entreprise militaire étrangère.
Une ethnicisation dangereuse de la guerre
- Les déclarations de Monsieur Rutaremara participent à une dynamique préoccupante : celle qui consiste à ethniciser la guerre en République démocratique du Congo et à présenter les violences de l'Est comme une guerre menée au nom des Banyamulenge.
Cette lecture est fausse et dangereuse.
- Les Banyamulenge, en tant que communauté, n'ont mandaté personne pour parler en leur nom, redéfinir leur identité ou appeler à la guerre contre leur propre pays. Ils refusent d'être réduits à un symbole de guerre, à une branche extérieure du Rwanda ou à un prétexte destiné à justifier l'agression de la RDC.
- En voulant opposer les Banyamulenge au reste de la nation, on nourrit la méfiance entre Congolais et l'on expose davantage. Une communauté qui a déjà payé un prix extrêmement lourd dans les guerres successives.
- Nous refusons que notre nom soit utilisé pour semer la mort dans notre propre pays.
Un appel à l'insurrection, une incitation à la haine propres aux extrémistes de la région des grands lacs incompatible avec la paix à laquelle les congolais aspirent tous
- Appeler des citoyens congolais à prendre les armes contre leur propre État est un acte d'une extrême gravité. C'est une incitation à l'insurrection, une atteinte à la souveraineté nationale et une menace directe contre la cohésion de la République démocratique du Congo.
- Ces propos sont également incompatibles avec l'esprit et les engagements de l'Accord de paix de Washington entre la RDC et le Rwanda, dont les objectifs sont la cessation des hostilités, la désescalade, le respect de l'intégrité territoriale et le rétablissement d'une paix durable.
- On ne peut pas signer des accords de paix à Washington et, dans le même temps, laisser un haut responsable idéologique du FPR appeler la jeunesse congolaise à prendre les armes pour conquérir son propre pays.
- Notre identité, notre patrie et notre refus
- Nous le disons avec calme, force et clarté :
- Nous sommes Banyamulenge et nous sommes Congolais.
- Ces deux dimensions de notre identité ne s'opposent pas. Elles coexistent dans notre histoire, dans notre vécu et dans notre appartenance pleine et entière à la nation congolaise.
- Aucun acteur extérieur ne peut définir à notre place qui nous sommes. Aucun État étranger ne peut parler en notre nom sans notre consentement.
- Nous refusons d'être les faire-valoir d'une guerre qui détruit notre nation.
- Nous refusons d'être transformés en instruments d'un projet expansionniste.
- Nous refusons que le nom des Banyamulenge serve à justifier la violation de l'intégrité territoriale de la RDC.
Conclusion
Les propos de Monsieur Tito Rutaremara ne sont pas un fruit du hasard. Ils s'inscrivent dans une rhétorique politique persistante qui cherche à présenter l'intervention du Rwanda en RDC comme une opération de protection des Banyamulenge et des Congolais tutsi. En plus, ils sont assimilables aux propos des extrémistes ethnistes qui écument et endeuillent la région des grands auxquels il faut y réserver un mépris et une lutte impitoyable des hommes et femmes épris de paix.
Cette instrumentalisation doit être dénoncée avec la plus grande fermeté.
Le Rwanda ne peut pas provoquer ou alimenter une guerre contre la RDC, puis l'habiller du nom des Banyamulenge. Il ne peut pas utiliser nos souffrances pour justifier ses ambitions régionales, ni profaner la mémoire de nos morts en appelant nos enfants à prendre les armes contre leur propre nation.
Nous sommes Banyamulenge. Nous sommes Congolais. Nous ne serons ni le prétexte, ni le bras armé, ni le marchepied d'une guerre contre notre patrie.
Notre identité ne servira pas aux projets expansionnistes du Rwanda. Notre douleur ne sera pas instrumentalisée. Et notre loyauté envers la République démocratique du Congo ne sera pas négociée.
Je vous remercie.