En Tunisie, les agriculteurs doivent de plus en plus s'adapter aux conséquences du réchauffement climatique et aux périodes de sécheresse qui touchent ponctuellement le pays. À Gabès, dans le sud tunisien, les petits agriculteurs reviennent à des méthodes ancestrales pour faire face au stress hydrique et à l'épuisement des ressources en eau. Le système oasisien de la ville avec l'une des seules oasis littorales au monde, est d'ailleurs menacée aussi par ce manque d'eau.
Dans une petite pépinière au coeur de Gabès, dans le sud de la Tunisie, Abdelfattah Dahmani, 40 ans, a quitté son métier dans l'industrie de l'acier pour être agriculteur à plein temps après la pandémie. Il a deux cultures, une dans l'oasis de Chenini, une autre à Gabès, dans cette pépinière il prône l'échange de bonnes pratiques entre agriculteurs.
« Alors ici on se rencontre on s'échange des semences autochtones parce qu'elles résistent mieux à l'aridité. Moi je cherche des blettes, de la corète pour faire la mloukhia le plat typique de Gabès ou des carottes. Pour moi, c'est évident de revenir à ça car j'ai grandi dans une ferme et j'ai vu la différence sur 40 ans entre l'ancienne agriculture et ce qu'on subit maintenant. Il faut revenir à nos semences ».
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Anouar Boubakri lui a fait le pari de faire pousser ses cultures dans une zone désertique à Menzel Habib à 80 kilomètres de Gabès. « J"ai mis dès le début un système de goutte a goutte pour l'irrigation parce qu'ici il faut très chaud, et je récupère les eaux de pluie grâce à une ancienne citerne. Disons qu'à 75% ma ferme est autonome mais j'aimerais bien l'être à 100% ».
Malgré ces succès à l'échelle locale, les agriculteurs de Gabès n'ont pas d'autre choix que de s'adapter.
Adaptation requise également au nord du pays
Dans les régions du nord où la grand majorité des cultures est céréalière, l'adaptation à la sécheresse tarde encore à se faire même si certains agriculteurs prônent l'agroécologie, à voir une agriculture plus durable. Leith Ben Becheur agriculteur de Jendouba explique les spécificités de la région et ses enjeu.
« La sécheresse n'est pas endémique, mais quand elle survient, elle est peut-être encore plus violente que dans des régions qui seraient un peu plus habituées à de la rareté de l'eau, à des températures plus élevées. Chez nous, quand ça arrive, vous avez une année qui est moins arrosée, donc toutes les cultures pluviales qui sont les céréales, les fourrages, ce qu'on appelle communément les grandes cultures, et l'arboriculture en sec, et c'est essentiellement les oliviers, se ressentent au niveau du rendement. C'est ou le fruit, ou la fructification, ou la floraison, enfin plusieurs étapes », explique-t-il.
« Une année où il pleut bien, poursuit l'agriculteur Leith Ben Becheur, on oublie qu'il y a eu, peut-être l'année d'avant, une année où il a moins bien plu, voire deux ou trois années. Donc c'est pas parce qu'il a plu qu'on va avoir une bonne récolte. Mais il y a d'autres phénomènes qui sont liés à ce qu'on peut appeler le dérèglement climatique ».