Nigeria: Coup d'envoi de la campagne présidentielle de janvier 2027 sur fond d'insécurité et de vie chère

Au Nigeria, la campagne pour l'élection présidentielle et les élections des 360 députés de la Chambre des représentants, prévues le 16 janvier prochain, débute officiellement ce mercredi 19 août 2026. Dix-neuf candidats, dont trois femmes, sont en lice pour la présidentielle, parmi lesquels le président sortant Bola Ahmed Tinubu. À cinq mois du scrutin, la campagne s'ouvre dans un contexte difficile pour le pouvoir, qui défend le bilan de ses réformes face aux inquiétudes persistantes d'une partie de la population.

D'ici à cinq mois, il faudra convaincre plus de 100 millions d'électeurs répartis sur les quelque 900 000 kilomètres carrés que compte le pays. Pour espérer l'emporter, Bola Ahmed Tinubu et ses concurrents devront obtenir au moins 25 % des suffrages dans 24 des 36 États du Nigeria.

Et deux préoccupations devraient particulièrement peser dans la campagne : l'économie et l'insécurité. Selon un sondage du cabinet SBM Intelligence, près de 34 % des Nigérians se disent très inquiets à la fois de leur situation économique et de leur sécurité.

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Le Congrès des progressistes (APC) de Bola Ahmed Tinubu entend s'appuyer sur les « politiques, réformes et réalisations de l'administration », selon le directeur de la communication du parti, Bala Ibrahim. Fin des subventions sur l'essence et l'électricité, réformes fiscales ou encore dévaluation du naira : le président sortant assume des décisions très difficiles, mais « nécessaires pour le pays ». Le Nigeria a enregistré une croissance de 4 % en 2025 et l'inflation est retombée à 15,43 %, contre 33 % en 2024.

Mais ces chiffres peinent à se traduire dans le quotidien des Nigérians. Pour préparer l'emblématique riz jollof, une famille de cinq personnes doit désormais débourser environ 18 euros, contre 15 euros un an auparavant, une dépense importante alors que le salaire minimum ne dépasse pas 44 euros.

Face au président sortant, ses principaux concurrents cherchent déjà à mobiliser leur électorat. Le Congrès démocratique africain (ADC) d'Atiku Abubakar, arrivé deuxième en 2023, mène des campagnes d'adhésion pour tenter de transformer le soutien dont il bénéficie en ligne en votes dans les urnes.

Pour Peter Obi, arrivé troisième lors du scrutin de 2023 et désormais sous la bannière du Congrès démocratique du Nigeria (NDC), l'enjeu est d'élargir sa base électorale au-delà de son bastion du sud-est, notamment grâce à son colistier Rabiu Musa Kwankwaso, originaire du nord du pays.

De son côté, la coalition d'opposition G-100 plaide toujours pour une candidature unique face au pouvoir en place et compte sur un sommet organisé le 31 août pour tenter de concrétiser ce scénario. L'objectif : éviter une nouvelle fragmentation des voix de l'opposition comme lors du scrutin de 2023.

L'insécurité, autre enjeu majeur de la campagne

L'autre grande préoccupation des électeurs est la situation sécuritaire, alors que les attaques de groupes armés, appelés « bandits », et de jihadistes se multiplient dans plusieurs régions du pays.

Dans le nord, le gouvernement nigérian combat une insurrection jihadiste sur plusieurs fronts. Les États-Unis sont même intervenus à deux reprises sur le sol nigérian, officiellement au nom de la lutte antiterroriste. Washington évoque également la persécution des chrétiens, une accusation contestée par plusieurs chercheurs.

Dernière attaque en date, dans l'État du Plateau, au centre du pays : au moins 24 personnes ont été tuées dans la nuit de lundi à mardi par des hommes armés de fusils et de machettes. Cette région est depuis longtemps marquée par des conflits entre éleveurs itinérants peuls musulmans et agriculteurs sédentaires, dont beaucoup sont chrétiens, notamment autour de l'accès aux terres et aux ressources.

Pour la première fois, le sud-ouest du pays, jusque-là relativement épargné, a également été frappé par un enlèvement de masse attribué à des terroristes par l'armée.

Une insécurité qui pourrait peser jusque sur le déroulement de la campagne : l'absence de garanties sécuritaires dans certaines régions risque de perturber l'organisation de meetings ou de dissuader des électeurs de se déplacer.

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