Madagascar: L'attitude de certains esclaves libérés

Après la publication de l'arrêté du 26 septembre 1896, sur l'abolition de l'institution de l'esclavage par le résident général Hippolyte Laroche, plusieurs personnalités comme le prince Ramahatra, gouverneur général du Cercle militaire d'Ambatomanga, et le Premier ministre Rasanjy émettent leurs avis.

Le premier dans son discours du 2 octobre, ne cache pas son mépris devant la joie des Andevo nouvellement émancipés (Bakoly Domenichini-Ramiaramanana et Jean-Pierre Domenichini, « Aspects de l'esclavage sous la monarchie merina d'après les textes législatifs et réglementaires », Revue d'études historiques « Omaly sy Anio » N° 15 du premier semestre 1982, lire précédentes Notes).

Cependant, les deux auteurs de l'étude en parlant de l'attitude du prince, ne manquent pas de relever un fait. Selon eux, il n'est nullement exclu que Ramahatra, cité en juin 1896 comme étant au nombre des accusés de fomenter un complot contre la France, « ait exagéré à dessein et que son discours ait fait partie de la batterie d'appel à l'insurrection ».

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Quant à Rasanjy, concernant les désordres qui résulteront de l'abolition de l'esclavage, il souligne dans sa circulaire du 2 novembre, que ces troubles peuvent effectivement montrer que le résident général n'a pas tout prévu en projetant son arrêté. Et ce, en particulier, à cause de rumeurs circulant sur la réaction d'anciens maitres qui auraient peut-être atteint « la prise de conscience de l'inutilité des esclaves et se mettraient à chasser les esclaves libérés qui désirent rester auprès d'eux ».

Cependant, d'après le couple Domenichini, aucun texte législatif ou réglementaire ne vient signifier que ces « bruits » soient suivis d'un quelconque effet sur des personnes autres que leurs auteurs. Ces derniers sont des esclaves libérés qui ont quitté leurs anciens maitres de gré ou de force. Ils font courir des bruits pour effrayer ceux qui restent attachés à leurs anciens propriétaires en leur disant que, s'ils continuent ainsi, ils seront pour toujours esclaves. Finalement, ces fauteurs de trouble sont déclarés coupables devant la loi et passibles d'une peine d'amende de dix boeufs et dix piastres.

Le texte de la circulaire de Rasanjy du 2 novembre, explique les auteurs de l'étude, met en évidence que l'article 5 de l'arrêté d'abolition de l'esclavage répond, au moins, à des soucis d'ordre public. Et ce, indiquent les Domenichini, en attendant que les gouvernants, sous la férule du général Joseph Simon Gallieni, se mettent à l'exploiter en vue de faciliter l'instauration du nouvel esclavage. « Un nouvel esclavage, institué sans le mot mais en plus dur, par les arrêtés successifs relatifs au travail obligatoire et à la régimentation du travail. »

Le premier est l'arrêté N°69 sur les prestations des indigènes, pris dès le 21 octobre 1896, qui justifie largement l'action de ces esclaves libérés. En effet, « ceux-ci devaient avoir conscience d'avoir gardé une chance, fût-elle si minime- grâce à leur non-recensement sous la monarchie- d'échapper à cette iniquité en s'éclipsant soit pour disparaitre dans la nature soit pour rejoindre les insurgés ».

Toujours selon les deux chercheurs, l'analyse de l'arrêté d'Hippolyte Laroche soulève l'un des points essentiels de l'institution de l'esclavage sous la monarchie, sa fonction économique. Celle-ci n'apparait pas clairement dans les textes législatifs ou réglementaires qu'ils ont étudiés. Et même, signalent-ils, la circulaire de Rasanjy du 27 octobre, relative à la culture des rizières pour le riz de seconde saison, évoque l'insuffisance de main-d'oeuvre pour expliquer que des terrains sont laissés en friche.

Mais cela ne permet pas de déduire que « l'abolition de l'esclavage a désorganisé la vie économique et que les adversaires de Laroche étaient au moins fondés dans leurs critiques ». En fait, quand Rasanjy y parle des esclaves, c'est à propos de l'attribution en priorité, qui leur est faite des rizières confisquées aux insurgés. Ce qui ramène simplement au problème de leur subsistance après leur émancipation.

Bakoly Domenichini-Ramiaramanana et Jean-Pierre Domenichini affirment qu'il semble tout aussi difficile de trouver à justifier Engels pour qui « l'invention de l'esclavage a été la condition d'un progrès social immense » que de faire de l'esclavage une simple institution de prestige, « même si l'on peut essayer d'expliquer le développement d'un tel phénomène par la suppression de la traite ». Et de conclure : « L'importante question de la place de l'esclavage dans la vie économique de la société merina de l'ancien régime reste ci quasiment entière. »

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