Dakar — Se prévalant d'un parcours atypique - une enfance en Arabie Saoudite et des études de journalisme en Turquie avant de retrouver le Sénégal, Aïssatou Ka s'apprête à franchir une nouvelle étape de sa vie avec la couverture comme jeune reporter des Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ) que Dakar va abriter du 31 octobre au 13 novembre 2026, une première en Afrique et au Sénégal.
Il fait encore chaud, ce vendredi matin vers 11 heures, lorsque le reporter de l'APS décide d'aller à la rencontre de l'étudiante en journalisme au Centre d'études des sciences et techniques de l'information (CESTI) de l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar.
Depuis une semaine, Aïssatou Ka ne prend plus le chemin du CESTI, pour cause l'école de journalisme et de communication de l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD) a fermé ses portes pour les grandes vacances universitaires.
Mais pour la jeune femme, la pause scolaire n'a rien d'un répit. Dans 48 heures, elle doit rejoindre ses camarades pour un séjour pédagogique à Gandiol, Saint Louis (nord). Ce voyage pédagogique d'une semaine à l'intérieur du pays va permettre à l'étudiante inscrite en licence 2 de mettre en pratique ses acquis scolaires, avant un stage obligatoire de deux mois.
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Dans un immeuble perché sur les hauteurs de Liberté 6, elle accueille les visiteurs avec un sourire, après les avoir guidés avec précision.
Après les premières taquineries, héritages du cousinage à plaisanterie entre Peuls et Sérères, le visiteur se voit offrir un jus d'orange.
Dans un fauteuil noir, Aïssatou apparaît dans une tenue qui marque par sa simplicité. Un style qui ne rend pas toutes les nuances d'un parcours complexe, ponctué par une succession de voyages, de découvertes et de choix assumés.
Née au Sénégal, la jeune dame quitte son pays de naissance alors qu'elle est encore inscrite au cours préparatoire pour rejoindre l'Arabie Saoudite avec sa famille.
Cette fille de militaire va passer dans ce pays une grande partie de son enfance et de son adolescence, dans un environnement qu'elle décrit avec beaucoup d'émotion.
"C'est un pays qui m'a beaucoup marquée", confie-t-elle, évoquant une terre où elle dit avoir vécu "ses plus beaux souvenirs".
En Arabie Saoudite, elle suit une scolarité française, du cours d'initiation jusqu'à son retour au Sénégal. Elle garde de cette période le souvenir d'une école qui donne envie, au point d'attendre avec impatience la sonnerie du matin.
"J'avais hâte que l'alarme sonne à 6 heures" pour aller à l'école, raconte-t-elle, comparant cette expérience à celle de nombreux enfants qu'elle voit au Sénégal, parfois moins enthousiastes à l'idée de rejoindre les salles de classe.
Cette enfance à l'étranger a contribué à nourrir son goût pour les langues. En plus du français et du pulaar, Aïssatou parle anglais, arabe, turc et italien. Elle souhaite encore en apprendre d'autres comme le sérère.
Le journalisme, une vocation précoce
Le choix de faire des études de journalisme s'est imposé à elle le plus naturellement possible.
Après un baccalauréat, série L, obtenu en 2020 au lycée de Mbao, dans la grande banlieue dakaroise, elle décide de partir en Turquie en février 2021 pour poursuivre des études en journalisme.
Cette filière correspond déjà à son goût prononcé pour les langues. Au lycée, elle obtenait ses meilleures notes en français, en anglais et en arabe.
En Turquie, elle découvre une nouvelle langue, une nouvelle culture et surtout les difficultés liées à l'intégration dans un pays étranger.
"Imagine faire du journalisme en langue turque", lance-t-elle à son interlocuteur, comme pour mesurer elle-même le chemin parcouru.
Elle doit d'abord consacrer une année à l'apprentissage du turc avant de pouvoir intégrer pleinement la faculté.
Elle reconnaît que cette période n'a pas été facile, notamment en raison de la barrière linguistique et des difficultés d'intégration. Mais Aïssatou garde toutefois de cette expérience une compétence devenue aujourd'hui l'une de ses particularités, la maîtrise du turc, aussi bien à l'écrit qu'à l'oral.
Après trois années d'études en journalisme en terre des grandes conquêtes, elle décide de rentrer au Sénégal. Tout sauf une pause.
A peine revenue, elle intègre le groupe privé sénégalais Emedia, où elle s'oriente davantage vers la radio, même si elle participe également à des reportages télévisés.
C'est notamment à E-radio, où elle effectue deux stages de six mois, qu'elle approfondit son intérêt pour le métier. "J'ai pratiqué. Et je me suis dit : vraiment, c'est ça que je veux faire"', explique-t-elle.
Son passage à Emedia lui permet également de côtoyer d'anciens étudiants du CESTI, qui lui parlent du concours d'entrée dans cette école de journalisme.
C'est d'ailleurs à Emedia qu'elle rencontre son futur époux, aussi sorti de cette école de journalisme de l'UCAD.
Elle souligne que la formation sénégalaise accorde une place importante à la pratique, avec moins de théorie, en comparaison de son expérience en Turquie.
Le déclic d'une notification
C'est fort d'un tel parcours qu'elle se met en tête de postuler comme jeune reporter des Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ), une opportunité qui ne se présente pas toujours.
Il reste qu'Aïssatou Ka a toujours eu une relation assez particulière avec ses courriels et ne vérifie pas régulièrement sa boîte mail.
Aussi, pour mettre toutes les chances de son côté, décide-t-elle de changer la sonnerie de ses notifications.
Elle veut être certaine de ne pas manquer le message qu'elle attend, celui du CIO (Comité International olympique). "Quand ça sonne, là, actuellement, tu vas fuir tellement le bruit est fort", plaisante-t-elle.
Lorsque la notification arrive enfin, la jeune journaliste ne cache pas qu'elle en était "très contente" et même "fière".
La raison est double : elle va pouvoir vivre une expérience professionnelle importante, tout en participant, en tant que jeune journaliste sénégalaise, à la couverture du premier événement olympique organisé en Afrique.
"C'est mon pays qui l'accueille. Donc, c'est également une fierté", dit-elle à qui veut l'entendre.
Pour l'heure, les seize jeunes reporters sélectionnés attendent encore de savoir précisément les tâches qui leur seront confiées.
Une session de formation doit se tenir quinze jours avant les JOJ 2026 pour permettre aux participants de connaître leurs différentes missions.
Aïssatou Ka pourrait notamment être appelée à travailler dans la photographie ou le storytelling, deux domaines évoqués lors des échanges avec les organisateurs.
Mais au-delà de la mission qui lui sera confiée, elle nourrit surtout une attente : apprendre.
Elle observe déjà les autres jeunes reporters sélectionnés, notamment ceux venus de l'étranger, dont certains ont une expérience plus importante de la couverture d'événements sportifs.
"Moi, par exemple, je n'ai jamais eu cette chance et c'est la première fois pour moi", dit-elle.
Elle veut donc profiter des JOJ Dakar 2026 pour mettre en pratique les connaissances acquises au CESTI, mais également apprendre auprès des professionnels présents et de ses futurs confrères.
"Ce que je veux le plus, c'est apprendre, accumuler le maximum d'expériences dans la couverture de cet événement", insiste-t-elle.
Elle espère également créer des liens professionnels avec les autres jeunes reporters, convaincue que dans ce genre de situations, les rencontres peuvent ouvrir de nouvelles opportunités.
"On ne sait jamais, peut-être après le CESTI, on aura même l'occasion de couvrir ensemble d'autres événements", se projette-t-elle.
En dehors du journalisme et des langues, Aïssatou Ka garde un attachement particulier pour le sport.
Enfant, elle pratiquait la gymnastique, notamment en Arabie Saoudite, puis au lycée. Même si elle a arrêté cette discipline en raison notamment du temps consacré aux études, elle continue de suivre le sport et cite également l'équitation parmi les disciplines qu'elle apprécie.
Elle considère les JOJ comme une occasion de pratiquer, d'apprendre, de rencontrer et de raconter, pas seulement une ligne supplémentaire sur un CV.
À 80 jours de l'évènement, le compte à rebours est désormais lancé pour Aïssatou Ka, qui s'apprête à vivre sa première expérience de couverture journalistique sur une scène sportive internationale de cette ampleur.
Entre appréhension et impatience, la jeune journaliste veut surtout profiter des JOJ 2026 pour apprendre, rencontrer et, surtout, raconter au mieux cet événement historique.