Congo-Kinshasa: Journées ville morte contres les impôts à Baraka

Les habitants de cette ville du Sud-Kivu dénoncent une multiplication des taxes dans un contexte économique affecté par le conflit dans l'est du pays.

En République démocratique du Congo, les activités restent paralysées depuis lundi dans la ville de Baraka, dans la province du Sud-Kivu. Les habitants observent trois journées ville morte sur appel de la société civile et de la Fédération des entreprises du Congo, la FEC. Ils dénoncent notamment les tracasseries fiscales auxquelles ils seraient confrontés et exigent aussi la libération de plusieurs acteurs de la société civile, arrêtés la semaine dernière.

Boutiques, magasins et bureaux fermés, circulation des véhicules, motos et vélos arrêtée ... Les habitants ont ainsi suivi l'appel de la société civile pour attirer l'attention du gouvernement congolais sur ce qu'ils considèrent comme une multiplication des taxes et des prélèvements qui leur sont imposés, dans un contexte économique affecté par le conflit dans l'est du pays.

Réaliser des opérations financières est parfois impossible

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Jacques Alimasi, le président de la société civile de Fizi, estime que "le moment n'est pas propice pour que les autorités provinciales puissent organiser des taxations du fait que la situation sécuritaire dans le territoire de Fizi, en général, et en particulier à Baraka, reste préoccupante. Mais aussi, avec l'absence des services de communication mobile, cela complique, car certains, parmi les commerçants, logent leur argent dans les téléphones. Et lorsque, subitement, il y a une opération de bouclage, il n'y a plus de possibilité d'effectuer des opérations financières, d'envoi ou de retrait dans le territoire de Fizi".

La société civile exige aussi plus d'actions des autorités sur le terrain. Ceci intervient alors que Baraka vit sous la menace de l'avancée des rebelles de l'AFC/M23. Depuis le mois de juin, ceux-ci ont occupé plusieurs villages dans les hauts et moyens plateaux de Fizi.

Jeanne est une habitante de Fizi. Elle se dit "étonnée de voir que ces tracasseries fiscales se multiplient, ici, tant dans la zone occupée par le gouvernement que dans la zone occupée par les M23. Pourtant, ce sont eux les rebelles. Maintenant, nous nous demandons à quoi servent ces taxes qui nous sont imposées et qui ne nous servent à rien. Pourtant, c'est le gouvernement qui devrait être un modèle, plus que les rebelles".

Appels à la désobéissance fiscale

Dans l'espoir que cette pression citoyenne conduise à des solutions, Samuel Namwijima Evariste, expert en économie et finances publiques, constate que les appels à la désobéissance fiscale remplacent petit à petit les marches de colère dans l'est :

Selon lui, "c'est la désobéissance fiscale qui peut toucher l'Etat. Je ne pense pas que l'Etat va rester insensible, car il sait ce qu'il va perdre. Il va tout faire pour que les gens paient les taxes. L'Etat doit répondre aux besoins de la population".

La semaine dernière, plusieurs leaders de la société civile et acteurs du secteur économique ont été interpellés, avant d'être transférés à Uvira, où ils seraient détenus dans les locaux de la police. La société civile exige leur libération sans condition, dénonçant des arrestations qu'elle juge arbitraires.

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