Chaque batterie de véhicule électrique, de smartphone ou d'ordinateur portable repose sur un élément essentiel : le lithium.
Ce minerai stratégique est au coeur de la transition mondiale vers des énergies plus propres. Le lithium alimente les batteries rechargeables. Garantir son approvisionnement est donc une priorité économique et géopolitique.
L'Agence internationale de l'énergie prévoit une augmentation de la demande mondiale de lithium avec le développement des véhicules électriques et du stockage des énergies renouvelables. L'Afrique, en particulier le Sahel, joue un rôle de plus en plus important dans la recherche de sources d'approvisionnement. Les principaux producteurs actuels sont le Chili, l'Australie et la Chine.
Le Sahel est une zone semi-aride qui s'étend d'ouest en est en Afrique, entre le désert du Sahara au nord et les savanes tropicales au sud.
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Dans cette vaste région, les groupes armés trouvent de nouveaux moyens de tirer profit de l'essor du commerce du lithium. Plus de 40 000 tonnes de lithium sont déjà extraites chaque année des gisements africains pour les consommateurs internationaux. Ce chiffre devrait atteindre environ 500 000 tonnes dès 2030.
Je suis chercheur spécialisé en géopolitique et en études sur les conflits. Dans une étude récente, j'ai examiné les liens entre l'expansion de l'extraction du lithium et les conflits dans le Sahel. J'ai étudié le Mali, le Niger, le Burkina Faso, le Tchad et le Nigeria.
J'ai constaté que les industries du lithium en pleine expansion s'insèrent progressivement dans les conflits existants. Elle est aussi liée aux activités des groupes insurgés et à la contrebande transfrontalière. Tous ces phénomènes sont favorisés par une gouvernance défaillante.
Par exemple, les groupes djihadistes et criminels -- en particulier Boko Haram et la Province d'Afrique de l'Ouest de l'État islamique ( ISWAP) -- profitent du faible contrôle de l'exploitation minière du lithium pour générer des revenus et étendre leurs opérations.
Je soutiens que si les gouvernements du Sahel ne renforcent pas leur contrôle, le lithium risque de devenir une nouvelle ressource finançant les conflits plutôt que le développement. Là où la gouvernance est défaillante, des minerais précieux tels que l'or et les diamants ont déjà alimenté des conflits.
Le lithium au Sahel
Chaque batterie de véhicule électrique, de smartphone ou d'ordinateur portable repose sur un élément essentiel : le lithium.
Ce minerai stratégique est au coeur de la transition mondiale vers des énergies plus propres. Le lithium alimente les batteries rechargeables. Garantir son approvisionnement est donc une priorité économique et géopolitique.
L'Agence internationale de l'énergie prévoit une augmentation de la demande mondiale de lithium avec le développement des véhicules électrictiques et du stockage des énergies renouvelables. L'Afrique, en particulier le Sahel, joue un rôle de plus en plus important dans la recherche de sources d'approvisionnement. Les principaux producteurs actuels sont le Chili, l'Australie et la Chine.
Le Sahel est une zone semi-aride qui s'étend d'ouest en est en Afrique, entre le désert du Sahara au nord et les savanes tropicales au sud.
Sur la piste de l'argent
Comme toute organisation, les groupes armés ont besoin d'argent pour financer leurs opérations.
Ils imposent des taxes aux mineurs et contrôlent l'accès aux sites miniers. Ils perçoivent également des redevances auprès des négociants et des transporteurs qui acheminent des minerais à travers leur territoire, et assurent la « sécurité » là où les gouvernements ne le peuvent pas.
Ce faisant, ils assument certaines des fonctions habituellement dévolues à l'État. Mes recherches qu'avec l'expansion de l'extraction du lithium, ces mêmes systèmes s'adaptent à ce nouveau marché de matières premières.
J'ai examiné des données provenant du Nigeria, du Mali, du Burkina Faso, du Niger et du Tchad afin de déterminer pourquoi certaines industries émergentes du lithium sont plus vulnérables à l'exploitation par des groupes criminels et terroristes que d'autres.
J'ai comparé plusieurs facteurs: la gouvernance, la présence d'une exploitation minière artisanale, l'influence des groupes insurgés et l'accessibilité des itinéraires de contrebande transfrontaliers. Je me suis appuyé sur des bases de données sur les conflits, des études géologiques, des reportages médiatiques et des publications d'organisations africaines et internationales.
J'ai constaté que la vulnérabilité globale de chaque pays dépend de la solidité des institutions locales, des contrôles aux frontières et de la gouvernance.
Nigéria : L'exploitation minière du lithium connaît une expansion rapide, mais reste largement informelle et échappe au contrôle des pouvoirs publics. Des groupes criminels tirent parti de l'absence de réglementation. Ils exigent des paiements de protection et infiltrent aussi bien les chaînes d'approvisionnement légales qu'illégales.
Mali : Des groupes armés ancrés dans l'économie aurifère du pays ont commencé à appliquer des modèles similaires de taxation et d'extorsion dans les régions productrices de lithium. La faiblesse des institutions de l'État et la persistance du conflit ont accru le risque d'exploitation.
Burkina Faso : Des groupes djihadistes ont utilisé des réseaux miniers informels pour générer des revenus grâce au lithium et renforcer leur influence locale. Le contrôle limité de l'État dans les zones reculées a permis aux groupes armés de prélever des taxes et de réglementer l'extraction.
Niger : L'instabilité politique et l'affaiblissement des contrôles aux frontières à la suite du coup d'État de 2023 ont accru le risque de contrebande de minerais. Les itinéraires de trafic utilisés pour l'or et les armes sont en train d'être adaptés au lithium.
Tchad : La faiblesse de la gouvernance et la corruption facilitent le commerce transfrontalier illicite. Cela crée des vulnérabilités susceptibles d'être exploitées.
Lorsque les gouvernements réglementent efficacement l'exploitation minière et conservent le contrôle des chaînes d'approvisionnement en minerais -- comme l'a fait le Botswana avec les diamants --, les recettes générées sont plus susceptibles de soutenir les infrastructures, les services publics et la croissance économique.
Dans les pays examinés dans mon étude, où la gouvernance est plus faible et le contrôle de l'État plus limité, les groupes armés parviennent à s'immiscer dans les chaînes d'approvisionnement.
Les perspectives
La transition mondiale vers des énergies plus propres dépend de l'augmentation de la production de lithium. Mais la hausse de la demande incite également à accélérer l'extraction. Cela peut dépasser la capacité des gouvernements à mettre en place une réglementation et une surveillance efficaces.
Les batteries qui doivent contribuer à réduire les émissions de carbone dans le monde pourraient donc, indirectement, aider à financer certains groupes armés les plus meurtriers d'Afrique.
La solution consiste à mieux réguler le lithium.
- Les gouvernements devraient intégrer les mineurs artisanaux et à petite échelle dans l'économie formelle. Cela peut se faire par le biais de licences, de protections juridiques et de marchés transparents. L'autorité de l'État doit être rétablie dans les régions minières.
- Les organisations régionales devraient renforcer les systèmes de suivi transfrontalier des minerais et partager les renseignements sur le commerce illicite.
- Les gouvernements africains devraient investir davantage dans la transformation du lithium plutôt que d'exporter du minerai brut.
Mais il n'existe pas de solution unique valable dans tous les contextes.
La formalisation de l'exploitation minière artisanale est susceptible d'être plus efficace là où les gouvernements contrôlent leur territoire. Le partage de renseignements est important lorsque les itinéraires de trafic traversent plusieurs pays - comme au Mali, au Burkina Faso et au Niger. La transformation nationale du lithium peut apporter des avantages à long terme dans les pays dotés d'institutions plus solides et capables de soutenir le développement industriel.
Ces recommandations s'appuient sur des approches déjà adoptées ailleurs en Afrique. Il existe des initiatives régionales de traçabilité des minerais dans la région des Grands Lacsainsi que des efforts menés par des pays comme le Zimbabwe pour promouvoir la transformation locale du lithium.
Les réserves de lithium de l'Afrique pourraient contribuer à alimenter l'une des transformations technologiques marquantes de ce siècle. Elles pourraient également ouvrir un nouveau chapitre dans la longue histoire des conflits liés aux ressources naturelles.
L'avenir dépendra des gouvernements chargés de cette ressource.
Bradley A. Mortin, PhD Candidate, King's College London