Alors que l'épidémie d'Ebola concentre l'attention en République démocratique du Congo, le pays reste confronté à une flambée prolongée de choléra. Près de 39 500 cas suspects et 1 173 décès ont été enregistrés depuis le début de l'année 2026. La létalité est surtout beaucoup plus élevée dans les provinces qui ne sont pas habituellement touchées. L'OMS et Médecins sans frontières (MSF) alertent sur les faiblesses de la prise en charge et le risque de voir les autres urgences sanitaires reléguées au second plan.
La République démocratique du Congo (RDC) connaît une recrudescence du choléra depuis le début de l'année 2025. La maladie est pourtant installée depuis longtemps dans cinq provinces : à l'est, au Nord-Kivu, au Sud-Kivu, dans le Tanganyika ; au sud, dans le Haut-Katanga et le Haut-Lomami. Mais la flambée prolongée touche désormais des provinces qui ne font pas partie de ces foyers habituels.
Selon un rapport interne de situation de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), fondé sur les données de la surveillance sanitaire nationale et consulté par RFI, 39 483 cas suspects et 1 173 décès ont été enregistrés entre les semaines 1 et 32 de 2026. La létalité cumulée s'établit à 2,97 %.
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Ce bilan reste inférieur à celui de la même période en 2025, lorsque 46 661 cas suspects et 1 412 décès avaient été notifiés. Le nombre de cas a ainsi diminué de 15,38 % sur un an. Cette baisse ne signifie cependant pas que la flambée est sous contrôle.
Plus de 1 000 cas suspects chaque semaine
Au cours de la semaine du 3 au 9 août, 1 528 cas suspects et 29 décès ont été signalés dans 70 zones de santé réparties entre 16 des 26 provinces du pays.
Le nombre de cas a légèrement diminué par rapport à la semaine précédente, lorsqu'il atteignait 1 568. Le nombre de décès est, lui, passé de 59 à 29. Aucune nouvelle zone de santé n'a été touchée durant cette période.
Mais l'OMS observe une tendance globalement ascendante sur les quatre dernières semaines. Le pays reste également au-dessus des 1 000 cas suspects hebdomadaires depuis plusieurs semaines. Pour l'organisation, ce niveau d'incidence est alarmant à l'approche de la saison des pluies.
Le Sud-Kivu, avec 421 cas suspects, et le Nord-Kivu, avec 382 cas, concentrent ensemble 52,55 % des notifications de la dernière semaine.
La transmission reste également active dans l'ouest de la RDC, notamment au Kwango et au Maï-Ndombe, ainsi que dans le nord-ouest, au Sud-Ubangi et dans la province de l'Équateur.
Le rapport fait aussi état d'une reprise des notifications dans deux zones de santé après huit semaines sans cas suspect signalé : Isangi, dans la province de la Tshopo, avec sept cas, et Nyunzu, dans la province du Tanganyika, avec un cas. Aucun décès n'y a été enregistré.
Une létalité six fois plus élevée hors des foyers habituels
La principale inquiétude concerne la différence de mortalité entre les provinces où le choléra est endémique et celles qui ne sont pas habituellement confrontées à la maladie.
Au cours des quatre dernières semaines, 3 442 cas suspects et 45 décès ont été signalés dans les provinces endémiques. La létalité y atteint 1,31 %.
Dans les provinces non-endémiques, 2 012 cas suspects et 162 décès ont été enregistrés sur la même période. La létalité s'élève à 8,05 %, soit plus de six fois celle observée dans les foyers habituels.
Cette forte mortalité concerne toutes les classes d'âge. Dans les provinces non-endémiques, la létalité atteint 8,49 % chez les enfants âgés de 1 à 59 mois, 8,26 % chez les personnes de 15 ans et plus et 7,81 % chez les enfants de 5 à 14 ans.
L'OMS estime que ces résultats suggèrent des insuffisances persistantes dans la détection précoce, le référencement des malades et leur prise en charge dans les provinces non endémiques.
L'organisation préconise de renforcer la surveillance, la préparation des structures sanitaires et les capacités de traitement afin de réduire la létalité et de prévenir les décès évitables.
Des centres fragiles et des ruptures de stocks
La riposte reste confrontée à de nombreuses contraintes. L'OMS relève notamment une insuffisance des ressources financières dans les provinces endémiques comme dans les nouveaux foyers.
Le rapport signale un risque de rupture des stocks de soluté de Ringer lactate, utilisé pour la réhydratation des malades, ainsi que des ruptures de tests de diagnostic rapide dans plusieurs provinces.
Certaines unités de traitement ne disposent pas d'un nombre suffisant de lits ni de circuits fonctionnels pour accueillir les malades. À Lubumbashi, dans le Haut-Katanga, le délabrement du centre de traitement du choléra de Kenya compromet, selon le document, les conditions de prise en charge.
L'éloignement des villages, la faible couverture du réseau téléphonique, et les difficultés d'acheminement du matériel et des produits médicaux retardent également la collecte des données et l'accès aux soins, particulièrement dans les zones enclavées.
Parmi ses priorités opérationnelles, l'OMS recommande de rendre fonctionnels les centres et unités de traitement dans les zones signalant le plus de cas, de renforcer les investigations, d'acheminer les intrants vers les foyers prioritaires et de poursuivre la chloration de l'eau, la désinfection des ménages et la sensibilisation communautaire.
Le conflit complique la lutte contre le choléra
Médecins sans frontières (MSF) établit également un lien entre la persistance des épidémies et les conséquences du conflit dans l'est de la RDC.
Dans son rapport annuel portant sur 2025, l'organisation explique que les combats ont retardé certaines campagnes de vaccination et compliqué l'acheminement des vaccins et du matériel médical. La fermeture des aéroports de Goma (Nord-Kivu) et de Bukavu (Sud-Kivu) a notamment bloqué la principale voie d'acheminement vers l'est de la RDC des vaccins habituellement transportés depuis Kinshasa.
MSF souligne aussi le rôle du manque d'eau potable, de l'insuffisance des systèmes d'assainissement et de la mauvaise gestion des déchets dans la propagation de la maladie.
En 2025, ses équipes ont traité 23 272 patients atteints du choléra et réalisé 29 136 vaccinations anticholériques. Elles sont intervenues dans les foyers historiques de l'est, mais également dans l'Équateur, le Maï-Ndombe, le Maniema, la Tshopo et à Kinshasa.
En 2026, MSF poursuit la prise en charge des malades à Bukavu et à Shabunda, dans le Sud-Kivu, après la flambée enregistrée l'année précédente. À Goma, ses équipes sont également intervenues contre une flambée entre mai et le début du mois d'août.
Au total, MSF indique avoir déjà soigné plus de 2 410 patients atteints du choléra dans les structures qu'elle soutient.
Ebola, rougeole et paludisme: plusieurs urgences simultanées en RDC Le choléra n'est qu'une des crises sanitaires qui frappent actuellement la RDC. La rougeole continue également de se propager. Selon les données officielles reprises par MSF, plus de 108 643 cas suspects et 1 394 décès avaient été signalés dans le pays entre janvier et le 19 juillet 2026. Près de la moitié de ces cas, soit plus de 50 820, se concentraient au Nord-Kivu et au Sud-Kivu.
Le paludisme demeure, selon MSF, la première cause de morbidité en RDC. À ces maladies s'ajoutent les besoins liés au Mpox, à la fièvre typhoïde, aux blessures provoquées par les combats et à la prise en charge des survivantes de violences sexuelles.
Les affrontements provoquent des déplacements de population, interrompent les campagnes de vaccination, limitent l'accès à l'eau potable et éloignent les habitants des structures de santé.
Dans les provinces déjà touchées par Ebola, MSF redoute aussi que la peur d'une exposition au virus dissuade certains patients de fréquenter les structures sanitaires. Cela pourrait retarder la prise en charge d'autres maladies et entraîner des décès évitables.
« Pour les familles que nous soignons, il n'existe pas de hiérarchie entre les crises », souligne le docteur Yvan Mbangi, coordinateur médical adjoint de MSF à Goma.
Dans ses priorités opérationnelles, l'OMS recommande une coordination intégrée des réponses contre le choléra, le Mpox et la fièvre typhoïde dans les provinces concernées.
L'organisation demande également davantage de financements, une surveillance renforcée, des structures de traitement fonctionnelles, et un meilleur approvisionnement en médicaments, tests et équipements.
MSF appelle de son côté les autorités, les bailleurs de fonds et les acteurs humanitaires à maintenir et à renforcer leurs investissements dans l'ensemble des réponses sanitaires
L'organisation redoute que la concentration des moyens sur Ebola, ajoutée à la diminution des financements humanitaires, fragilise davantage les soins de santé de base.
Pour l'OMS comme pour MSF, le défi consiste à contenir simultanément plusieurs urgences dans un système de santé déjà affaibli par les conflits, les déplacements de population et le manque de ressources.