Sénégal: 'Pa Wane', une fidélité à toute épreuve au Gamou de Tivaouane

A 72 ans, le vieux Ibrahima Wane, malgré une santé fragile, a tenu à voyager de la banlieue de Dakar jusqu'à Tivaouane - près de 100 kilomètres - pour répondre à l'appel de Maodo, comme il l'a fait depuis presque trente ans, à la tête de son "dahira".

Même affaibli par la maladie, une jambe enveloppée dans un bandage, Ibrahima Wane, dit "Pa Wane", n'a pas voulu manquer le Gamou de Tivaouane.

Le responsable du "dahira" Moutahabina Fillah (Ceux qui s'aiment pour Allah, en arabe), une association confrérique de 80 membres, dont ses propres fils, ses proches et condisciples, rallie chaque année la cité religieuse, perpétuant ainsi une fidélité à l'héritage d'El Hadji Malick Sy.

À Khalkhouss, un quartier situé à quelques minutes de marche de la grande mosquée de Tivaouane, les préparatifs du Gamou vont bon train avant la nuit de la célébration de la naissance du Prophète (PSL). Les tentes ont poussé çà et là, pour contenir le trop-plein de visiteurs qui arrivent dans les maisons. Parents, disciples et autres se côtoient dans une ambiance où les voix des prêcheurs, récitateurs, chanteurs religieux et les salutations se mêlent au bruit des moteurs.

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Au premier étage d'un imposant bâtiment R+1, le "dahira" Moutahabina Fillah a établi son quartier général. À l'intérieur, les allées et venues témoignent de l'intense activité qui accompagne les préparatifs du Gamou.

Une fidélité plus forte que la maladie

Dans cette effervescence, la présence de Pa Wane ne passe pas inaperçue. Le patriarche se lève avec difficulté du matelas sur lequel il était allongé, un bandage enroulé autour de sa jambe gauche enflée. Le visage marqué par les années, il garde pourtant un regard serein.

"Ñëw naa doonte yaram bi saful suukër (Je suis venu malgré mon état de santé)", lance-t-il en wolof, usant d'une métaphore évoquant le manque sucre, pour évoquer sa faiblesse physique. "Il y a quelques jours, j'étais encore alité", confie-t-il.

Ce qui ne l'a pas dissuadé de répondre à l'appel du Gamou. Non content de faire le déplacement, il s'efforce de contribuer, comme tous les autres membres du "dahira", au bon déroulement de la manifestation.

Cette année encore, Pa Wane voulait s'acquitter de sa cotisation de 50 000 francs CFA, pour participer aux dépenses liées à la célébration.

Le groupe a décidé de l'en exonérer. "Quand j'ai voulu donner mes 50 000 francs, ils ont refusé", raconte-t-il dans un sourire.

Le lien qui unit Pa Wane à Tivaouane s'inscrit dans une histoire personnelle et familiale construite au fil des décennies.

Une dévotion devenue héritage familial

Polygame, Pa Wane dit avoir veillé à transmettre à ses 27 enfants l'attachement qu'il voue à Tivaouane et à la famille de Maodo.

"Ma maison à Darou Missette, à Keur Massar, est appelée Tivaouane, parce que tous mes enfants portent des prénoms que l'on retrouve dans la famille de Maodo, même les filles", explique-t-il avec fierté.

Dans son cas, Tivaouane, c'est plus qu'un simple lieu de pèlerinage et de rendez-vous annuel, la cité religieuse étant devenue une référence familiale, au même titre que les valeurs spirituelles qu'il s'efforce de transmettre.

Le nom de son "dahira", Moutahabina Fillah (Ceux qui s'aiment pour Allah), lui a été choisi par Serigne Abdoul Aziz Sy Al Amine, sixième khalife général des Tidianes. Ce qui, en soit, apparaît comme un acte fondateur et un lien solide avec cette ville.

"C'est en 1997 que je suis allé le voir pour lui faire part de mon intention de créer un dahira. Le guide religieux m'a alors donné le nom qu'allait porter ce dahira et m'a mis en rapport avec son fils, Serigne Moustapha Sy", se souvient Pa Wane.

Cette appellation traduit, à ses yeux, l'esprit qui anime le groupe : solidarité, fraternité et attachement à Tivaouane. Tous les membres, dont ses propres enfants, disent mesurer l'influence de cet homme qui a fait de la transmission du legs une part essentielle de son engagement.

"Depuis des décennies, Pa Wane nous enseigne les préceptes de l'islam, les bonnes manières et nous conseille. C'est une très bonne personne qui aime Mame Maodo et sa famille, notamment son premier khalife, Serigne Babacar Sy", témoigne Adama Diaw, trésorier du "dahira".

Dans la maison, les conversations, les entrées et sorties se poursuivent, à mesure que les préparatifs avancent.

À l'extérieur, Tivaouane continue de se remplir au rythme des prières, des chants religieux et des retrouvailles.

Assis sur une chaise, Pa Wane observe ce bouillonnement avec sérénité, non sans nourrir une certaine nostalgie de ses moments de jeunesse. Le corps lui rappelle ses limites, mais la volonté demeure intacte.

Après près de trois décennies de présence au Gamou, sa fidélité à Tivaouane s'est muée en tradition, puis en héritage familial.

Pour lui, le Mawlid est bien plus qu'une célébration religieuse : c'est un rendez-vous avec Maodo, avec une communauté de disciples et avec une histoire spirituelle qu'il entend continuer à vivre et à transmettre aussi longtemps que ses forces le lui permettront.

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