L'actualité politique de la République Démocratique du Congo est dominée notamment par la controverse autour de la participation de Joseph Kabila et de Corneille Nangaa au futur dialogue national, initié par le Chef de l'Etat Félix Tshisekedi. En effet, cette question divise profondément la classe politique congolaise entre les partisans d'une "inclusivité" totale et les tenants de la ligne dure face aux fauteurs de troubles présumés.
Dans le camp de ceux qui prônent l'inclusion de l'ancien Président de la République et de l'ex-président de la Centrale électorale dans ce forum, voulu inclusif, il y a l'opposant Martin Fayulu qui, lors d'une récente intervention dans la capitale belge, avait estimé notamment qu'exclure Joseph Kabila et Corneille Nangaa de cette rencontre entre les parties prenantes congolaises ne permettra pas de trouver une solution durable à la crise politico-sécuritaire dont le pays fait face dans sa partie orientale.
Un point de vue que rejette catégoriquement le Professeur André Sitty Mulumba, Coordinateur du Collectif des Professeurs des Universités Acquis au Changement de la Constitution (CPACC) qui pense, pour sa part, que convier ces deux individus, impliqués dans l'entreprise subversive et criminelle contre l'État congolais serait une façon de consacrer l'impunité et d'accorder une prime à ceux qui ont le sang des congolais dans leurs mains.
« Dans une récente prise position sur la question, j'avais indiqué être d'accord avec la tenue d'un éventuel dialogue, tel que prôné par le Président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, c'est-à-dire un forum qui ne soit pas la reproduction du fameux dialogue entre congolais de Sun-City, lequel avait débouché sur la mise en place d'un Gouvernement 1+4, dans lequel siègaient des seigneurs de guerre ayant participé au massacre des congolais.
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Tirant les leçons du passé, nous excluons donc catégoriquement tout dialogue avec des individus que nous considérons comme des ennemis de la nation et des alliés de la rébellion armée de l'AFC/M23, soutenue par le Rwanda.
Pour moi, associer Corneille Nangaa et son mentor Joseph Kabila à cette rencontre revient à légitimer les rebelles et à donner une tribune ou une forme de légitimité politique à un mouvement armé qui endeuille l'Est de la République démocratique du Congo », a-t-il martelé, tout en rappelant que les deux individus et plusieurs de leurs complices sont sous le coup des sanctions internationales et des condamnations judiciaires.
« En ma qualité de défenseur de l'État de droit et artisan de la lutte contre l'impunité, je ne peux pas cautionner le fait qu'on implique dans le dialogue national, au nom de la fameuse inclusivité, des personnes dont pèsent des graves soupçons de complicité dans l'insurrection, en passant par pertes et profits les crimes graves dont ils sont accusés », s'est-il indigné.
Pour cet intellectuel et Coordonnateur du CPACC, on ne peut pas, au nom de la réconciliation nationale, accorder une place, lors de ce dialogue, aux auteurs de crimes de guerre et crimes contre l'humanité. Ce serait une façon de cracher sur la mémoire des millions de victimes congolaises.
« Vous allez vous réconcilier avec des auteurs des crimes, alors que faites-vous de tous nos frères et soeurs tués à l'Est du pays par ces criminels et leurs associés rwandais ? Dialoguer avec ceux qui sont en rupture de ban avec l'ordre constitutionnel banalise les souffrances des populations de l'Est et met en mal l'autorité de la justice congolaise », a-t-il dit avec force, tout en déplorant le fait que certains congolais aient fait de la politique une profession et, pour accéder au pouvoir, ils vont chercher leur parrain rwandais Kagame pour atteindre leur objectif.
« Bien sûr que nous souhaitons tous que la paix soit rétablie dans la partie orientale du pays, en proie à la guerre d'agression, mais j'estime que la paix ne doit pas servir de prétexte à un partage du pouvoir avec des politiciens professionnels et surtout avec ceux qui ne défendent pas les intérêts du peuple congolais mais qui s'associent avec les forces étrangères, pour faire la guerre à leur propre pays, afin d'avoir une place dans les institutions de l'État.
Je mets donc en garde contre la transformation d'un dialogue en un marché politique de redistribution des charges étatiques. Pour moi et pour le Collectif des Professeurs Acquis au Changement de la Constitution, la crise dans l'Est du pays relève d'une agression extérieure et ne peut être réglée par de simples arrangements internes entre acteurs politiques congolais. Pour vous en convaincre, malgré la multitude d'accords politiques, depuis la guerre du MLC et du RCD, en passant par ceux conclus avec le CNDP et le M23 originel, la paix n'est toujours pas au rendez-vous en RDC.
Bien au contraire, ces deals politiques ont produit une mauvaise jurisprudence et encourager d'autres congolais à refaire refaire la même aventure. », a-t-il insisté.
Pour rappel, le Professeur André Mulumba Sitty est Coordonnateur du Collectif des Professeurs Acquis au Changement de la Constitution, une organisation qui milite pour des profondes réformes institutionnelles, devant permettre au pays de renforcer sa gouvernance globale, pour devenir un État fort et redoutable, au coeur de l'Afrique.