Dans moins de trois mois, Dakar devra accueillir le premier événement olympique de l'histoire organisé sur le sol africain. Un rendez-vous censé faire vibrer toute une génération, transformer la capitale en vitrine de la jeunesse du continent et inscrire le Sénégal dans la grande histoire du sport mondial. Sur le papier, c'est magnifique. Dans les rues, c'est un autre décor peu mordant, loin des euphories habituelles des jeux olympiques. État des lieux
Le promeneur qui traverse la capitale est invité à une étrange chasse au trésor : retrouver les JOJ. Entre deux embouteillages, un chantier et quelques panneaux épars, il faut parfois disposer d'une vision quasi mystique pour percevoir l'imminence des Jeux.
Dakar accueillera donc les JOJ 2026 du 31 octobre au 13 novembre prochain. Mais manifestement, Dakar n'est pas dans les habits colorés, sons et lumières presque inexistants et beaucoup reste à faire. Pourtant, les réunions s'enchaînent à un rythme olympique. Conseils interministériels, mesures d'urgence, échéances révisées, coordinations renforcées, arbitrages budgétaires. À mesure que l'ouverture approche, la communication officielle ressemble de plus en plus à un bulletin médical : « tout va bien », suivi immédiatement d'une nouvelle séance de réanimation organisationnelle. La realite est toute autre.
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Le 11 août dernier, trente nouvelles mesures ont encore été décidées pour accélérer les préparatifs. Une excellente nouvelle, sauf qu'à quelques semaines du coup d'envoi, on aimerait davantage entendre parler de célébration que de rattrapage.
Parfum de fiasco et retard à l'allumage du branding événementiel
Au centre de cette vaste mécanique trône, Mamadou Diagna Ndiaye. Il fait office de mandarin supersonique. Diagna Ndiaye s'est battu sur tous les fronts pour décrocher le quitus d'abriter ces Jeux Olympiques sur sa terre natale. Il s'est essayé à tout pour faire bouger les lignes. Dans l'univers olympique sénégalais, l'homme est partout. Président du COJOJ, patron du mouvement olympique national, interlocuteur privilégié des instances internationales, maître des réseaux, des sommets et des salons feutrés. Personne ne contestera sa capacité à naviguer dans les couloirs du CIO. La vraie question est ailleurs : les couloirs du CIO mènent-ils jusqu'aux rues de Pikine, Guédiawaye ou Rufisque ? Les Sénégalais et les Dakarois particulièrement ont leur réponse. En lieu et place, une nonchalance les habite, car, la pédagogie de l'appropriation de ces JOJ n'est pas au rendez-vous.
On peut dire ouvertement que les Jeux olympiques de la jeunesse ne sont pas un congrès de dirigeants sportifs. Ce sont, par définition, des Jeux destinés aux jeunes. Ils devraient déjà s'afficher sur les murs, s'inviter dans les écoles, envahir les réseaux sociaux, alimenter les conversations dans les quartiers. Or l'impression dominante reste celle d'un événement soigneusement organisé entre experts mais encore en attente de son appropriation populaire. C'est à l'évidence le Talon d'Achille de ces JOJ 2026 de Dakar.
Comme si l'événement appartenait davantage à un comité qu'à une ville. Les dernières bisbilles entre la ville de Dakar pilotée par Abass Fall, un dur à cuire, proche de l'ancien Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko et l'Agetip sur une des corniches les plus fréquentées de la capitale en rajoutent au malaise.
L'autre sujet sensible demeure celui des infrastructures. Les chiffres officiels parlent d'un taux d'avancement très élevé. Avec en prime, de gros ouvrages finis. C'est rassurant. Mais dans la gestion des grands événements, les pourcentages ont souvent mauvais caractère.
Les derniers points manquants sont généralement les plus coûteux, les plus complexes et les plus imprévisibles.
Le Village olympique, présenté depuis des mois comme une priorité absolue, continue d'ailleurs d'apparaître dans les préoccupations officielles. Rien d'alarmant en soi. Mais suffisamment pour rappeler qu'une compétition internationale ne se gagne pas avec des promesses de livraison. Elle se gagne avec des clés remises à temps.
Besoin de clarification sur la gestion du budget des JOJ 2026
Et puis, il y a la question dont tout le monde parle à voix basse : l'argent. C'est là que commence le véritable examen olympique. Combien coûtent exactement ces Jeux ? Comment les budgets sont-ils répartis ? Quels marchés ont été attribués, à qui et selon quels critères ? Quels mécanismes de contrôle permettent aujourd'hui au citoyen de suivre l'utilisation des ressources mobilisées ?
Ce ne sont pas des questions hostiles. Ce sont des questions normales.
Dans une démocratie moderne, la transparence ne devrait jamais être vécue comme une agression mais comme une obligation. Le problème n'est pas qu'un scandale ait été démontré. Le problème est que les Sénégalais disposent encore de trop peu d'éléments pour évaluer eux-mêmes la gestion d'un événement aussi prestigieux financé en grande partie par l'instance internationale et l'effort collectif du guichet public.
À force de répéter que tout est sous contrôle, les organisateurs prennent le risque d'alimenter exactement l'interrogation qu'ils souhaitent éteindre.
Car la confiance ne se décrète pas. Elle se documente. Dakar 2026 peut encore être un immense succès. Le Sénégal possède le savoir-faire, l'expérience et l'ambition nécessaires pour réussir ce pari historique. Mais à quelques semaines de l'allumage de la flamme, les JOJ ont besoin de plus qu'un discours enthousiaste.
Ils ont besoin d'une ville mobilisée, d'une population associée et de comptes parfaitement lisibles. Faute de quoi, l'Afrique accueillera peut-être des Jeux historiques.
Et Dakar assistera simplement à un événement organisé chez elle, sans jamais avoir vraiment eu le sentiment d'en être l'hôte.