Selon un communiqué de l'État-major de l'armée tchadienne en date du 22 août 2026, des bombardements aériens de l'armée soudanaise ont été enregistrés le soir du 20 août 2026 dans le département de Mourdi à l'extrême nord-est du pays dans la province de l'Ennedi-Est. Les vérifications menées le lendemain des frappes par des moyens terrestres et aériens ont confirmé que des aéronefs et drones attribués aux Forces armées soudanaises ou à leurs alliés avaient poursuivi une colonne de véhicules depuis le Soudan en pénétrant sur plus de 100 km à l'intérieur du Tchad.
Aucune victime tchadienne n'a été signalée dans ce dernier incident mais l'armée condamne avec force cette atteinte à l'intégrité territoriale et met en garde contre le risque d'extension du conflit soudanais au Tchad. L'Assemblée nationale a immédiatement condamné " une violation grave et inacceptable de l'intégrité territoriale" malgré les mises en garde répétées des autorités tchadiennes et apporté son soutien au président Mahamat Idriss Deby Itno.
Ce n'est pas un incident isolé puisque la frontière longue de plus de 1000 km entre les deux pays est constamment sous haute tension. De plus, le Tchad accueille déjà plusieurs centaines de milliers de réfugiés ayant fui les affrontements entre l'armée soudanaise et les Forces de soutien rapide (Fsr) depuis avril 2023. Pour rappel , en décembre 2025, deux soldats tchadiens avaient été tués dans une attaque de drone à Tiné, près de la frontière. Puis en janvier 2026, sept autres militaires tchadiens ont été tués et plusieurs blessés lors d'affrontements avec les Fsr le long de la frontière orientale après que des paramilitaires soient entrés illégalement sur le territoire tchadien et refusé de se désarmer.
N'djamena toujours pas convainquant selon Khartoum et l'Onu
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Pourtant, le gouvernement tchadien martèle depuis le début de la crise sa stricte neutralité et affirme que le Tchad n'est partie prenante à aucun camp Cette neutralité affichée qui est contestée par Khartoum.
Depuis fin 2024, le gouvernement soudanais accuse ouvertement N'Djamena de servir de base arrière aux Fsr. Selon le ministre soudanais des Affaires étrangères les enquêtes montrent que ces drones sont assemblés aux Émirats arabes unis et lancés depuis le Tchad près de la frontière soudanaise. Le porte-parole du gouvernement soudanais estime donc que la guerre a pris une tournure dangereuse avec l'implication du Tchad.
Khartoum a même déposé plainte contre le Tchad devant la Commission africaine des droits de l'Homme, accusant N'Djamena d'avoir joué un rôle essentiel dans les crimes commis par la milice rebelle. Ces accusations ont trouvé un écho au-delà de Khartoum. Puisque les experts des Nations unies chargés de surveiller l'embargo sur les armes au Darfour ont qualifié de crédibles les accusations selon lesquelles les Émirats arabes unis auraient acheminé des armes aux Fsr via le Tchad.
Par ailleurs une investigation de l'agence Reuters appuyée sur des images satellitaires de trajectoires aériennes analysées et registres de vols a pointé la piste d'Amdjarass dans l'Est du Tchad qui aurait servi de corridor clé pour le transfert d'armements en provenance des Émirats arabes unis vers les Fsr. La fréquence élevée des vols d'avions cargos Ilyushin 76, la coïncidence entre rotations et offensives des Fsr et la réhabilitation de la piste dessineraient un schéma logistique structuré. Une enquête plus récente évoque également trois avions cargo exploités par des sociétés liées aux Émirats et stationnés dans une zone militaire de l'aéroport de N'Djamena qui auraient effectué au moins seize atterrissages pour approvisionner les Fsr.
Face à ces soupçons N'Djamena dément catégoriquement. "Le Tchad n'a aucun intérêt à alimenter la guerre au Soudan par des livraisons d'armes" avait déclaré son ministre des Affaires étrangères en octobre 2024. Les autorités assurent n'avoir jamais autorisé de tels vols.
Reste que l'incident du vingt août avec une pénétration de plus de cent kilomètres marque un cap. Pour l'armée soudanaise frapper si loin à l'intérieur du Tchad revient à signifier qu'elle considère que la colonne poursuivie bénéficiait d'une protection ou d'une base arrière tchadienne. Pour N'Djamena c'est la preuve que la guerre soudano-soudanaise est en train d'être exportée sur son sol.