Qwen, DeepSeek, Kimi ou GLM gagnent du terrain auprès des entreprises africaines. Moins chers, souvent téléchargeables et parfois meilleurs sur les langues locales, ils offrent une alternative aux outils américains. Sans pour autant mettre fin aux dépendances technologiques du continent.
En Ouganda, Sunflower fournit aux agriculteurs des prévisions météorologiques et des conseils sur leurs cultures dans plus de 30 langues locales. Le système repose sur Qwen, un modèle d'intelligence artificielle conçu par le géant chinois Alibaba. Ses développeurs avaient aussi testé des outils de Meta et de Google, mais Qwen comprenait mieux les langues ougandaises, encore largement absentes des données qui servent à entraîner les grandes intelligences artificielles.
Ce retard linguistique coûte cher. Une langue faiblement numérisée nécessite davantage de travail et de données avant de pouvoir être correctement traitée. Les modèles chinois, plus faciles à adapter, permettent de construire des outils spécialisés sans repartir de zéro.
Le prix fait la différence
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La même logique gagne les entreprises. Le pays d'origine du modèle importe moins que son prix et son efficacité sur une tâche précise.
Au Kenya, certains systèmes chinois sont utilisés pour numériser des archives juridiques ou automatiser des services bancaires et administratifs. Ils peuvent traiter de gros volumes de documents pour une fraction du prix demandé par les principaux fournisseurs américains.
Au Nigeria, la plateforme d'assurance Curacel utilise notamment GLM pour le codage, l'extraction de données, la classification ou certaines demandes adressées au service client. Pour les opérations plus complexes ou sensibles, elle continue de faire appel aux modèles occidentaux.
Il n'y a donc pas de grand basculement d'un écosystème vers un autre. Les entreprises font leur marché. Un modèle chinois pour les tâches répétitives et peu coûteuses, un modèle américain lorsque la précision ou le raisonnement priment.
Les données restent, la dépendance se déplace
Autre avantage : beaucoup de modèles chinois peuvent être téléchargés, adaptés et installés directement sur les serveurs d'une entreprise.
Pour les banques et les fintechs, c'est un réel enjeu. Données financières, documents d'identité ou dossiers clients peuvent rester sur place au lieu d'être transmis à une plateforme extérieure.
Mais faire fonctionner un modèle en interne exige des compétences techniques, des puces puissantes et des serveurs. La dépendance ne disparaît donc pas : elle se déplace vers les fournisseurs de matériel et de cloud.
Les modèles chinois présentent aussi d'autres risques. Sunflower avait ainsi livré des réponses favorables à Pékin sur le système politique chinois et évité certaines questions sensibles. Ses développeurs se sont donc tournés vers un modèle de Google pour un autre projet.
Pékin et Washington poussent leurs pions
Cette adoption croissante des modèles chinois intervient alors que Pékin et Washington cherchent à consolider leurs alliances technologiques sur le continent.
La Chine soutient activement leur diffusion en Afrique : formations, assistance technique et parfois accès gratuit à des capacités de calcul. Huawei dispose déjà d'un solide réseau de centres de données et de services cloud sur le continent.
Les États-Unis cherchent, eux aussi, à défendre leur avance et pourraient accroître la pression sur les gouvernements tentés de rejoindre les initiatives chinoises.
Sur le terrain, pourtant, beaucoup refusent cette logique de blocs. Les modèles chinois dominent certains usages, les Américains en conservent d'autres. Pour les acteurs africains, le meilleur moyen de ne pas dépendre d'un camp reste encore de travailler avec les deux.