Afrique: Le retour des mines antipersonnel dans les guerres inquiète

Trente ans après la Convention d'Ottawa, plusieurs pays européens reviennent aux mines antipersonnel face à la menace russe. Une décision qui inquiète.

Raheela Bibi jouait dehors avec ses frères et soeurs lorsqu'une mine a explosé. Âgée de douze ans à l'époque, elle a dû être amputée des deux mains après l'accident survenu en août 2020. Sa soeur a été grièvement blessée à la jambe et son frère à l'oeil. En 2023, Raheela confiait à la DW qu'elle avait beaucoup de difficultés à faire ses devoirs, mais qu'elle tenait absolument à poursuivre ses études.

Chaque année, des milliers de personnes à travers le monde connaissent un sort similaire à celui de cette famille pakistanaise. Selon une évaluation préliminaire de l'ONG Landmine and Cluster Munition Monitor, plus de 5 000 personnes ont été tuées ou blessées en 2025 par des mines ou des restes explosifs de guerre, principalement des civils comme Raheela et sa fratrie. Au Soudan du Sud, les enfants représentaient l'an dernier 90 % des victimes de mines.

Une arme perfide aux effets durables

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De nombreux enfants sont tués par les mines, tandis que celles-ci sont souvent conçues pour mutiler gravement les adultes plutôt que pour les tuer. Selon cette logique cynique, un soldat blessé mobilise davantage de ressources chez l'ennemi qu'un soldat mort. Les mines continuent par ailleurs de représenter un danger mortel bien après la fin des conflits. Trente ans après les guerres des Balkans, des incidents causant morts et blessés surviennent encore régulièrement en Croatie et en Bosnie-Herzégovine.

Dans les années 1990, on recensait environ 25 000 victimes de mines chaque année dans le monde. Face à cette situation, une forte mobilisation de la communauté internationale et de la société civile a conduit à l'adoption de la Convention d'Ottawa. En 1997, les représentants de 121 États ont signé dans la capitale canadienne ce traité international juridiquement contraignant interdisant les mines antipersonnel. Depuis lors, 166 États y ont adhéré, même si certaines grandes puissances comme les États-Unis, la Chine, la Russie et l'Inde n'en font toujours pas partie.

L'interdiction des mines antipersonnel s'effrite

Cet accord est aujourd'hui fragilisé. À la suite de l'invasion russe de l'Ukraine, cinq pays membres de l'Otan partageant une frontière avec la Russie ont quitté la Convention d'Ottawa. Quant au retrait de l'Ukraine, il ne prendra effet juridiquement qu'une fois l'état de guerre terminé.

"C'est un précédent dangereux, d'autant plus qu'il est créé par des États européens", explique Simone Wisotzki, chercheuse à l'Institut Leibniz de recherche sur la paix et les conflits (PRIF) de Francfort. "D'autres États parties à la Convention d'Ottawa, confrontés à des situations extrêmes similaires, pourraient être tentés de faire de même. Nous pourrions alors assister à davantage de retraits, ce qui affaiblirait naturellement la légitimité de l'ensemble de la convention."

Le tournant : l'invasion russe de l'Ukraine

L'Ukraine justifie son retour à l'utilisation des mines antipersonnel par les pratiques de la Russie, qui n'a jamais adhéré à la Convention d'Ottawa et qui a miné des territoires ukrainiens. " Nous ne pouvons pas rester liés par des contraintes alors que notre ennemi n'en a aucune", déclarait mi-2025 Roman Kostenko, président de la commission de la Défense du Parlement ukrainien.

Selon une estimation du Service de la lutte antimines des Nations unies (UNMAS), environ 25 % du territoire ukrainien était suspecté d'être miné. Cela concerne non seulement les zones contrôlées par Kiev, mais aussi les territoires occupés par la Russie dans l'est et le sud-est du pays. Au cours des trois premières années et demie de guerre, plus de 1 150 civils ont été tués ou blessés par l'explosion de mines ou de munitions non explosées. Le coût du déminage est estimé à environ 35 milliards de dollars, soit près de 30 milliards d'euros.

Les voisins de la Russie misent sur les mines comme moyen de dissuasion

La guerre en Ukraine a également poussé les voisins directs de la Russie, qui ont eux-mêmes connu l'occupation ou la domination soviétique, à revoir leur position. La Pologne, la Lettonie, la Lituanie, l'Estonie ainsi que la Finlande, entrée dans l'Otan après l'invasion de l'Ukraine, ont toutes décidé en 2025 de se retirer de la Convention d'Ottawa.

Le Premier ministre polonais Donald Tusk a expliqué à plusieurs reprises que son pays souhaitait pouvoir miner rapidement sa frontière orientale en cas de conflit.

Les responsables militaires finlandais affirment, pour leur part, qu'ils n'emploieraient les mines qu'« de manière responsable », en cartographiant précisément leur emplacement et en prévoyant leur déminage futur.

Les acquis du contrôle des armements s'érodent

Alors que les opérations de déminage se poursuivent dans plusieurs régions du monde, l'organisation Landmine and Cluster Munition Monitor constate que de vastes territoires sont à nouveau minés, notamment au Myanmar et en Ukraine.

Cette évolution intervient dans un contexte plus large de recul du contrôle des armements. Ces dernières années, trois grands accords entre Washington et Moscou ont expiré ou ont été dénoncés : le traité INF sur les missiles à portée intermédiaire, le traité New START limitant les arsenaux nucléaires stratégiques et le traité "Open Skies", qui autorisait des vols d'observation mutuels afin de renforcer la confiance. Le retrait définitif de la Russie en 2023 a également mis fin au traité sur les Forces conventionnelles en Europe (FCE), qui imposait des plafonds aux armements lourds sur le continent.

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