Le calendrier de la concertation nationale risque de serrer les délais de la Refondation. Les résolutions ne sont attendues qu'après mai 2027, alors qu'une première échéance électorale devrait se tenir entre mai et juillet.
Un casse-tête. Les techniciens électoraux et certains juristes commencent à cogiter sur la formule idoine pour tenir les délais impartis dans le chronogramme inscrit dans le document intitulé Programme de la Refondation de la République.
Le chronogramme de la concertation nationale, confectionné par le Conseil oecuménique des Églises chrétiennes de Madagascar (FFKM), prévoit la publication des résolutions de la concertation nationale après mai 2027. Un calendrier qui pourrait réduire considérablement la marge de manoeuvre pour respecter les échéances électorales annoncées dans le Programme de la Refondation de la République.
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Selon le timing inscrit dans le document remis à la Communauté des États d'Afrique australe (SADC), le 28 février, il est indiqué en effet qu'une première échéance électorale devrait se tenir entre mai et juillet 2027. Il devrait s'agir d'un référendum ou d'une élection constitutionnelle. Un planning qui est déjà serré, de l'avis d'un ancien membre de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), mais qui devrait pourtant permettre de tenir l'engagement d'organiser la présidentielle avant fin 2027.
Les deux chronogrammes, celui des Églises et celui de l'État, sont donc interdépendants. La rédaction d'un ou des projets de Constitution devra en effet se baser sur les résolutions de la concertation nationale. « Il sera vraiment difficile d'avoir une première élection pour la période mai et juillet 2027 si les résolutions de la concertation nationale ne sont connues qu'après mai 2027 », reconnaît un technicien électoral.
Selon les explications de la source, il faut prendre en compte le temps pour la rédaction du ou des projets de Lois fondamentales et les différentes procédures d'examen et d'adoption préalables à la soumission au vote des citoyens. Elle suggère également de prendre en compte une période de vulgarisation du ou des projets de Constitution, afin que la population soit au fait du contenu et des enjeux pour pouvoir voter en connaissance de cause. De même pour l'éventualité que la concertation ne décide la mise en place d'une Assemblée constituante.
Dans leurs discours durant la cérémonie de lancement de la concertation nationale, au village Voara Andohatapenaka, mardi, le colonel Thierry Rampanarivo, haut conseiller de la Refondation, et Mamitiana Rajaonarison, Premier ministre, se sont voulus rassurants quant à la volonté de l'État de respecter ses engagements sur le chronogramme de la Refondation.
« Le gouvernement que je conduis apportera son soutien total à la concertation nationale afin de ne pas aller au-delà du chronogramme établi. Pour que la Refondation [institutionnelle] soit concrétisée en 2027, et pour que les Malgaches aient un Gouvernement légalement élu », assure le locataire de Mahazoarivo.
Une autre voie
Le haut conseiller Rampanarivo, quant à lui, affirme que « l'objectif est de respecter le délai imparti et de procéder à des élections dans des conditions transparentes, crédibles, pacifiques et acceptées de tous ». Il rappelle que les consultations politiques que mènent le colonel Michaël Randrianirina, chef de l'État, portent sur la recherche de consensus sur la gouvernance électorale. Selon lui, la concertation nationale et la réforme de la gouvernance électorale peuvent être menées de front.
Le processus politique qui se tiendra en parallèle à la concertation nationale pourrait, justement, être la voie qui permettra aux tenants du pouvoir de respecter le timing inscrit dans le Programme de la Refondation de la République. Du moins, pouvoir organiser une élection présidentielle avant fin 2027. À son retour du Sommet de la SADC, le 18 août, le colonel Randrianirina a justement expliqué que son initiative est dans le but d'accélérer le processus vers l'organisation des élections.
En coulisse, certains avancent l'éventualité que les consultations ou le dialogue politique actent l'organisation de la présidentielle, avant un référendum constitutionnel pour tenir l'engagement de boucler la transition en vingt-quatre mois. L'idée serait que les acteurs politiques trouvent un consensus sur la gouvernance électorale d'abord. Procéder à l'élection d'un nouveau président de la République, ensuite. Et laisser à ce dernier le soin d'organiser un référendum ou une élection constitutionnelle.
Ce scénario pourrait avoir comme base légale la décision de la Haute Cour constitutionnelle (HCC), du 6 novembre 2025. Il s'agit d'une réponse à une demande d'interprétation de sa décision du 14 octobre 2025, notamment, sur l'impossibilité matérielle de tenir l'élection présidentielle dans un délai de trente à soixante jours, en cas de vacance de la présidence de la République, comme le veut la Constitution.
« (...) compte tenu des circonstances qui ont généré la vacance de la magistrature suprême de l'État, le report du scrutin présidentiel sur la base d'une appréciation objective des conditions politiques, sécuritaires, financières et techniques de nature à garantir un scrutin libre, transparent et accepté par tous (...) », est la réponse de la HCC dans cette décision du 6 novembre 2025.