Congo-Kinshasa: Est du pays - À Goma, la suspension des activités académiques décrétée par Kinshasa inquiète les étudiants

Le gouvernement congolais a annoncé suspendre les activités académiques dans les zones sous contrôle de l'AFC/M23, dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC). Cette décision suscite indignation et inquiétude parmi les milliers d'étudiants qui fréquentent les établissements publics dans les grandes villes de Goma et de Bukavu.

Parmi les grandes universités touchées par cette suspension dans l'est de la RDC, il y a l'université de Goma (Unigom). Sur le campus du lac, Laetitia et Hubert, étudiants tous les deux, sont encore abasourdis par cette annonce.

« On est juste perdu, lâche Laetitia. On ne sait pas. On est stressé, choqué... Nous avons besoin de cette éducation, d'achever nos cursus, comme l'ont fait avant nous ceux qui nous dirigent. C'est d'ailleurs bien la preuve qu'eux-mêmes ont pu faire leurs études ».

Hubert acquiesce : « Ça nous prive de notre droit à l'éducation. Quel est notre avenir ? On ne sait pas quand cette situation va prendre fin. Nous avons pourtant toujours considéré que l'école et le milieu estudiantin étaient apolitiques... »

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« Nos carrières et cursus académiques sont déjà en danger »

Assis dans son studio au quartier Mabanga, Xavier, étudiant en dernière année de médecine à l'Unigom, plaide pour davantage de concertation. « Notre carrière ou cursus académique est déjà en danger, lance-t-il. En tant que jeunes, nous demandons que ces mesures soient levées et qu'un consensus soit trouvé entre les autorités actuelles du Nord-Kivu et celles de Kinshasa. En attendant, nos familles se posent beaucoup de questions ».

Dans un communiqué, l'AFC/M23 dit rejeter la décision de Kinshasa et appelle à la poursuite des activités académiques. Le mouvement assure qu'il prendra en charge les frais des personnels académiques, dont les salaires sont suspendus par Kinshasa, certains étant accusés d'avoir prêté allégeance au groupe politico-militaire.

Est de la RDC: quelles alternatives pour les étudiants dans les zones AFC/M23 ? Les étudiants de 11 établissements publics de Goma et Bukavu, dans des zones sous contrôle de l'AFC/M23, ne pourront pas y commencer l'année académique 2026-2027. Le gouvernement y a suspendu les inscriptions, les cours, les évaluations et les délibérations, jusqu'à nouvel ordre.

Pour éviter une interruption complète des études, le ministère congolais de l'Enseignement supérieur décide d'organiser une prise en charge en-dehors des zones de conflit.

La mesure ne concerne pas seulement les universités publiques : les établissements privés peuvent également accueillir les étudiants déplacés. Mais plusieurs questions financières et pratiques restent en suspens.

Première option : achever un cursus déjà presque terminé. Les finalistes de l'année 2025-2026 peuvent passer leurs évaluations restantes ou accomplir les activités nécessaires dans un autre établissement public ou privé reconnu par Kinshasa. Ils ne sont donc pas obligés d'attendre la réouverture de leur université à Goma ou Bukavu.

Deuxième option : être accueilli et intégré ailleurs. Cette éventualité concerne les étudiants régulièrement inscrits dans les établissements des zones en conflit. Ils devront présenter des éléments permettant de vérifier leur niveau et leur parcours académique.

Troisième disposition : un traitement particulier pour la médecine. Les établissements qui organisent les mêmes filières doivent faciliter l'accueil de ces étudiants, leur participation aux jurys et, pour les finalistes, l'achèvement du cursus.

L'instruction adressée aux établissements est donc de vérifier les parcours, d'organiser l'intégration et de tenir compte des difficultés provoquées par le conflit.

Mais le dispositif reste à ce stade incomplet : aucun établissement d'accueil n'est nommément désigné. Et aucun financement n'est annoncé pour les frais académiques, le déplacement ou le logement. L'État ouvre ainsi une possibilité de poursuivre les études, sans encore garantir que tous les étudiants pourront matériellement en bénéficier, dénoncent d'ailleurs certains étudiants contactés par RFI.

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