Luanda — L'Angola et le Gabon entretiennent des relations d'amitié et de solidarité qui évoluent progressivement vers un partenariat stratégique et pragmatique, a déclaré l'Ambassadrice du Gabon, Edwige Koumby Missambo, dans une interview accordée à l'Agence Angola Presse (ANGOP), à Luanda.
« Nous avons de bonnes perspectives à court et moyen termes, notamment en ce qui concerne la coopération dans les domaines de la formation et du partage d'expériences militaires, des hydrocarbures et du pétrole, de l'économie bleue, entre autres », a-t-elle souligné.
Edwige Koumby Missambo s'exprimait à l'occasion du 66e anniversaire de l'Indépendance du Gabon, célébré le 17 août. Elle a plaidé, à cette occasion, en faveur du renforcement de la coopération économique avec l'Angola et estimé que le volume des échanges commerciaux, qui s'élevait à 3,5 millions de dollars en 2024, demeure très en deçà du potentiel des deux pays.
Elle a également révélé que les préparatifs de la prochaine Commission mixte de coopération Angola-Gabon, qui se tiendra à Luanda dans les prochaines semaines, étaient déjà en cours.
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Au cours de l'entretien, Edwige Koumby Missambo a abordé les principaux défis auxquels le Gabon est confronté, les acquis enregistrés au cours des six décennies d'indépendance, la situation politique actuelle, les réformes institutionnelles en cours, la diversification de l'économie ainsi que la transformation locale des matières premières.
Elle a également évoqué les perspectives de développement social, le rôle de la jeunesse dans la construction du Gabon, ainsi que d'autres questions d'intérêt national.
Madame l'Ambassadrice, le Gabon a accédé à l'indépendance de la France le 17 août 1960. Le processus de décolonisation s'est déroulé de manière pacifique et négociée, sous la conduite du leader nationaliste et premier Président de la République, Léon M'Ba. Que vous inspire cette date si importante pour le peuple gabonais ?
Edwige Koumby Missambo (EKM) - Le 17 août 1960 demeure une date fondatrice de l'histoire du Gabon. Elle évoque, pour chaque Gabonaise et chaque Gabonais, la fierté d'appartenir à une Nation libre et souveraine, mais également la responsabilité de préserver cet héritage.
Soixante-six ans après l'indépendance, cette date nous invite à porter un regard sur notre histoire avec reconnaissance envers les pères fondateurs, sur notre présent avec responsabilité et sur notre avenir avec foi et sérénité.
ANGOP - Au cours de ces 66 années d'indépendance, quels sont les principaux acquis enregistrés par le Gabon ?
EKM - Le Gabon a accompli beaucoup de choses au cours de ces 66 années en tant qu'État libre, mais je dois dire que ce dont nous sommes le plus fiers, en tant que Gabonais, est d'avoir réussi à bâtir une Nation indivisible, unie dans la concorde et la fraternité.
Nous devons une grande part de cet héritage de paix et d'unité nationale à feu le Président Omar Bongo Ondimba.
Je soulignerais également la consolidation des fondements de l'État et de la souveraineté nationale, la stabilité politique et institutionnelle, le développement des infrastructures, la valorisation des ressources naturelles, ainsi que les progrès réalisés sur les plans social et économique.
ANGOP - Quelle appréciation faites-vous de la situation politique et sécuritaire actuelle dans votre pays ?
EKM - Le Gabon se trouve dans une phase de consolidation de ses acquis politiques. La vie politique, comme nous le savons, est animée par les partis politiques et rythmée par les élections, le tout dans un environnement favorable à la libre expression de la volonté de chaque citoyen.
La phase dans laquelle se trouve mon pays depuis la transition politique de 2023 est marquée par une grande effervescence politique, résultant de l'intérêt croissant des Gabonais pour la vie publique, ce qui constitue également un élément d'appréciation positive.
Sur le plan sécuritaire, le Gabon demeure un pays sûr, même si, à l'instar de nombreux pays, il peut être confronté à des défis internes liés notamment à la délinquance juvénile et à ses conséquences.
C'est pourquoi les politiques publiques visent, de manière générale, à favoriser l'emploi des jeunes.
ANGOP - Depuis que le Président Brice Clotaire Oligui Nguema a pris les rênes du pays, quel bilan dressez-vous du processus de réformes institutionnelles en cours, notamment en ce qui concerne le plein fonctionnement des institutions de l'État, le renforcement de la démocratie, la promotion de la bonne gouvernance et la consolidation de la souveraineté nationale ?
EKM - Depuis son accession à la tête de l'État, le Président Oligui Nguema a placé au coeur de son action la refondation de l'État autour d'un ensemble de principes consacrés par la Charte de la Transition, fondés sur notre expérience nationale et en cohérence avec les aspirations profondes des Gabonais, parmi lesquelles figure la volonté légitime de prendre en main leur propre destin.
Ces aspirations ont été clairement exprimées dans le cadre du Dialogue inclusif tenu en avril 2024 et se trouvent reflétées dans la nouvelle Constitution de la République gabonaise.
Les institutions sont désormais établies et sont mises à l'épreuve de la réalité, avec pour objectif de consolider la transparence du jeu politique, le respect des droits des citoyens et la bonne gouvernance, le tout au service d'un plus grand bien-être des Gabonais, d'une plus grande attractivité économique du pays et d'une meilleure reconnaissance internationale.
Il n'aura certainement pas échappé à l'observation que, depuis le début de ce mois d'août, le Président de la République s'est particulièrement investi sur le terrain afin d'accélérer la mise en oeuvre des grands projets structurants et d'inaugurer ceux qui ont été récemment achevés.
Comme le dit l'adage : « c'est au pied du mur que l'on juge le maçon ».
Cela étant, dans plusieurs domaines, notamment dans le secteur administratif, les réformes se poursuivent au fur et à mesure que le Gouvernement avance dans la mise en oeuvre du Plan national de développement et de croissance (PNDC), toujours avec pour objectif d'améliorer l'accès équitable aux services, de rationaliser les ressources de l'État et de mieux protéger les citoyens.
Nous avons un Président de la République proche de la population, qui accorde une importance particulière au suivi personnel de l'action de l'État sur le terrain. Cela constitue une source de confiance non seulement pour nous, en tant que citoyens, mais également pour les investisseurs potentiels.
ANGOP - Quels sont actuellement les principaux défis auxquels le Gabon est confronté dans les domaines social et économique, et quelles mesures les autorités mettent-elles en oeuvre pour y faire face ?
EKM - Le Gabon est confronté à des défis à la hauteur de son héritage et de l'ampleur de son ambition, dans un contexte social marqué par une population très jeune, qui aspire à l'emploi, au bien-être et à des services publics de qualité.
En résumé, ces défis concernent la diversification de l'économie, la maîtrise de la dette et des finances publiques, la création d'emplois, notamment à travers l'industrialisation et la transformation locale, le coût de la vie et le pouvoir d'achat, la forte dépendance à l'égard des matières premières, l'accès à l'eau et à l'énergie, les infrastructures, entre autres.
Pour relever ces défis, les mesures mises en oeuvre par les autorités comprennent la formation professionnelle, l'entrepreneuriat, le soutien au secteur privé, la réhabilitation et le renforcement du réseau routier, le développement des secteurs de l'agriculture, de l'industrie, des mines et du tourisme, ainsi que la transformation locale, qui constituent autant d'atouts pour la relance sociale et économique.
Ces efforts s'accompagnent de réformes administratives, d'une meilleure gestion des ressources publiques et d'une amélioration de la gouvernance, comme indiqué précédemment.
ANGOP - Le Gouvernement gabonais mise sur le développement de l'agro-industrie, de l'écotourisme et sur la transformation locale des matières premières, avec pour objectif de réduire la dépendance historique à l'égard du secteur pétrolier. Quel bilan faites-vous de ces initiatives et quels sont les résultats les plus significatifs obtenus à ce jour ?
EKM - Lorsque le Président Oligui Nguema a pris la décision audacieuse et courageuse de mettre fin à l'exportation des matières premières brutes et de procéder à leur transformation locale, les Gabonais ont applaudi, tandis que certains partenaires qui tirent les plus grands bénéfices de nos matières premières manifestaient leur mécontentement.
Le fait est qu'avec le temps et la fermeté, les partenaires commencent à s'aligner et nous avançons à pas sûrs vers la formalisation de partenariats destinés à atteindre les objectifs fixés, notamment en ce qui concerne le manganèse.
Le bilan à mi-parcours est encourageant. Le Chef de l'État poursuit ses efforts pour promouvoir cette vision et rechercher des partenaires afin de consolider les progrès réalisés.
À titre d'exemple, le Gabon a déjà obtenu des résultats tangibles en matière de transformation locale, notamment dans le secteur du bois, avec la Zone industrielle spéciale (ZIS) de Nkok.
L'agro-industrie et l'écotourisme connaissent également une nouvelle dynamique, mais leur potentiel demeure encore largement sous-exploité.
Le défi des prochaines années consistera donc à généraliser cette logique de transformation à l'ensemble des richesses du pays, afin de créer davantage de valeur ajoutée, davantage d'emplois et de réduire durablement la dépendance à l'égard du pétrole.
ANGOP - L'Angola et le Gabon entretiennent depuis longtemps des relations diplomatiques historiques, initialement formalisées dans le cadre de l'Accord général de coopération et de la création de la Commission mixte bilatérale, dans les années 1980. Comment évaluez-vous la coopération entre les deux pays ?
EKM - Le Gabon et l'Angola entretiennent des relations politiques et diplomatiques anciennes et partagent des intérêts communs au sein de la Communauté économique des États de l'Afrique centrale (CEEAC), notamment en matière de stabilité régionale, de sécurité maritime et de développement économique.
Il est regrettable que l'excellence de ces relations ne se reflète pas encore pleinement dans la coopération et dans le volume des échanges économiques entre les deux pays.
En réalité, la relation entre nos deux pays est aujourd'hui une relation d'amitié et de solidarité qui évolue progressivement vers un partenariat stratégique et pragmatique.
À cet égard, nous avons de bonnes perspectives à court et moyen termes, notamment en matière de coopération dans les domaines de la formation et du partage d'expériences militaires, des hydrocarbures et du pétrole, de l'économie bleue, entre autres.
Le principal défi consiste désormais à traduire les accords et les engagements politiques en projets concrets, en investissements et en échanges commerciaux plus significatifs.
Des contacts ont été établis au mois de mai dernier, dans le cadre de la visite d'État que le Président Oligui Nguema a effectuée à Luanda, à l'invitation de son homologue, le Président João Lourenço.
Ces contacts font actuellement l'objet de discussions et devraient se traduire par des projets concrets. Je suis très confiante quant à la concrétisation de ces perspectives.
Dans cette même perspective, nous préparons également la prochaine grande Commission mixte de coopération Angola-Gabon, qui se tiendra à Luanda dans les prochaines semaines.
Ce sera l'occasion de dresser un bilan détaillé de notre coopération et d'en définir les perspectives, au bénéfice des deux peuples.
ANGOP - L'Angola et le Gabon ont signé, en mai dernier à Luanda, trois nouveaux accords dans les domaines de la gestion durable des ressources forestières et fauniques, de la sécurité et de l'ordre public, ainsi que de l'extradition des personnes condamnées pour des infractions pénales, à l'occasion de la visite du Président Brice Clotaire Oligui Nguema. Où en est la mise en oeuvre de ces accords ?
EKM - Trois mois après la signature de ces accords, il est encore trop tôt pour en analyser les résultats opérationnels, d'autant que les accords dans le domaine judiciaire ne peuvent être mis en oeuvre qu'en cas de survenance de situations nécessitant leur application effective.
En ce qui concerne l'accord relatif à la gestion des ressources forestières et fauniques, il nous appartient de proposer des plans d'action en vue de sa mise en oeuvre, à travers des échanges techniques et des projets conjoints, par exemple.
ANGOP - Quel est le volume des échanges commerciaux entre les deux pays ?
EKM - Les échanges économiques bilatéraux entre nos deux pays s'élèvent à environ 3,5 millions de dollars en termes de volume global, selon les données relatives à la fin de l'année 2024.
Cette valeur est très faible au regard du potentiel des deux pays. Cela indique que nous disposons d'une marge de progression considérable.
ANGOP - Quels sont les principaux produits exportés par le Gabon vers l'Angola et vice versa ?
EKM - Il s'agit d'échanges très peu diversifiés, qui concernent principalement les produits du bois, dans l'un des sens du commerce bilatéral. Le commerce bilatéral demeure, de manière générale, déséquilibré et concentré sur certaines catégories de biens.
Notre défi consiste donc à le diversifier, notamment dans les domaines de l'agriculture et de l'agroalimentaire, du bois transformé, des produits manufacturés, des services, des hydrocarbures et des équipements industriels.
Les accords conclus en mai 2026 devraient précisément nous servir de levier pour accroître ces échanges et promouvoir davantage de partenariats entre les entreprises de nos deux pays.
ANGOP - Combien de ressortissants gabonais résident actuellement en Angola, quelle est leur situation juridico-migratoire et quelles sont les principales activités qu'ils exercent dans le pays ?
EKM - Nous avons enregistré, à ce jour, environ soixante ressortissants gabonais établis en Angola. Certains travaillent au sein d'entreprises multinationales du secteur pétrolier et de la logistique, tandis que d'autres exercent des activités à leur propre compte.
Toutefois, compte tenu des liens socio-historiques existant entre nos deux pays, nous demeurons convaincus que certains de nos compatriotes ne sont pas enregistrés, en raison notamment de leur double nationalité.
ANGOP - Quelle appréciation faites-vous du processus de consolidation de la démocratie et du développement en Angola ?
EKM - Étant en fonctions depuis un an, je constate un remarquable éveil politique, comme cela se produit d'ailleurs dans plusieurs de nos pays.
L'histoire particulière de l'Angola a, dans une certaine mesure, structuré le jeu politique autour de partis politiques historiques bien connus.
Cela constitue à la fois une garantie de stabilité politique et un défi quant à la prise en compte des aspirations de la nouvelle génération.
Ce que l'Angola a réussi à accomplir en une génération de paix est assez exceptionnel. Je ne fais pas uniquement référence aux infrastructures portuaires et aéroportuaires, médicales, routières, énergétiques, etc., mais également à l'ensemble du travail accompli par les autorités angolaises pour projeter le pays et en faire à la fois une référence diplomatique de premier plan sur le continent et une destination touristique prometteuse.
Pour la diplomate que je suis, tous ces avantages comparatifs constituent un terreau particulièrement favorable au développement de notre diplomatie économique.
Profil
Edwige Koumby Missambo est titulaire d'une licence en Lettres modernes de l'Université Paris XII et d'un master en Science politique de l'École des hautes études politiques (HEP) de Paris, en France.
Nommée, le 19 décembre 2024, Ambassadrice extraordinaire et plénipotentiaire du Gabon en Angola, la diplomate a auparavant exercé les fonctions de Représentante permanente adjointe auprès des Nations Unies et de Chargée d'affaires au sein de la Mission permanente de son pays à Genève, en Suisse.
Sa carrière comprend également plusieurs fonctions au sein du ministère des Affaires étrangères du Gabon, où elle a notamment coordonné des dossiers liés à la sécurité internationale, aux droits de l'homme et à la coopération économique.
Outre le français, Edwige Koumby Missambo maîtrise l'anglais et possède des connaissances de base en espagnol.