Congo-Kinshasa: Guéguerre Pouvoir/Opposition - De la querelle sémantique à la guerre de légitimité

Les remises en causes socio-politiques indicatives d'un nouvel ordre mondial en gestation touchent presque tous les continents. Hormis la lointaine Océanie dont les soubresauts de ce douloureux accouchement nous sont imperceptibles, ceux de l'Afrique nous interpellent chaque jour, en particulier la République démocratique du Congo en proie à de multiples crises.

Quand l'épidémie d'Ebola inquiète par le nombre de victimes et sa progression exponentielle, les sempiternelles querelles de clocher de sa classe politique viennent ajouter leur part de pincement au coeur pour ce pays, parfaite illustration des tribulations des jeunes Etats à la recherche d'un ciment national.

Pas plus tard que le jeudi 27 août dernier, on saluait les signes d'espoir dans la lutte contre l'épidémie après les annonces gouvernementales sur la construction d'infrastructures nouvelles pour améliorer la surveillance épidémiologique. 72 heures après, on n'est plus que sceptique quant à la capacité de la classe politique de la RDC à s'élever à la hauteur des défis qui sont ceux de son pays. En face d'un pouvoir vermoulu d'attentisme devant les graves crises qui affectent le pays, s'agite une opposition grincheuse, incapable de faire la distinction entre la guerre de libération nationale du Congo et les luttes partisanes pour le pouvoir.

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De l'incompétence du pouvoir à l'appétence pour le pouvoir, les politiques congolais donnent plus que raison aux contempteurs de la démocratie pluraliste qui, en Afrique, divisent, déstructure, détruit plus qu'elle ne rassemble ou impulse le développement, le progrès social, l'unité nationale, quand bien même la souveraineté et l'intégrité territoriale d'un pays ou l'autre sont en jeu.

Y a-t-il plus grave danger pour la survie d'un Etat, le bien-être de ses populations, que la guerre civile, l'invasion extérieure, le désordre institutionnel ou social ? Sommes-nous trop loin du Congo pour comprendre ces "arrangements à l'africaine" ou plutôt ces compromissions de politiciens non éclairés qui font désespérer de la gouvernance des Etats dans les républiques bananières ?

En effet, tandis que l'est de la RDC est sous occupation rebelle qui l'administre, en tire dividendes sous forme de rançons des populations, de rapines des ressources minières et forestières, les politiciens à Kinshasa pinaillent de savoir s'il faut organiser des ''consultations nationales" ou un "dialogue national inclusif".

Au président Félix Tsishekedi, soutenue par ses partisans en front politique dite "Union sacrée pour la nation", désireux d'organiser une "large consultation des forces vives de la nation" sans les rebelles du M23/AFD, l'opposition politique, regroupée dans la "coalition 64" brandit un non catégorique. Elle enjoint le pouvoir d'organiser plutôt "un dialogue national inclusif", c'est-à-dire des assises où les rebelles auront voix au chapitre y compris les opposants en exil, particulièrement l'ancien président, Joseph Kabila.

"Union sacrée pour la nation" contre "Coalition 64", "consultation nationale élargie" versus "dialogue national inclusif", ce n'est pas seulement une question de sémantique. Le diable est dans le détail de cette chamaillerie de caniveau de politiciens aux tubes digestifs proéminents, cherchant à qui mieux mieux la légitimité pour soi. Les politiciens ridicules ne sont pas seulement en Afrique, mais ces postures d'incapacité à taire les contradictions secondaires partisanes pour s'unir face aux contradictions principales de survie de l'Etat ou de stabilité institutionnelle, sont plus que récurrentes sous nos tropiques.

C'est à croire que dans les crises à répétition qui ont affecté et affectent les pays du continent, d'une génération à l'autre, les leçons ne sont pas tirées ou ont été mal tirées, pire, n'ont pas été assilées. On en arrive à désespérer comme le dramaturge qui fait dire à son héro dans La tragédie du roi Christophe, ''je demande trop aux hommes, pas assez aux Nègres...".

Dans cette logique, on ne demande pas trop aux politiques, pardon aux politiciens congolais, d'avoir un supplément de sursaut patriotique pour abandonner les guéguerres partisanes au profit d'une guerre de libération nationale. Mais qui pour donner le la, diapason centripète des Congolais pour reconquérir la souveraineté de leur pays ?

Toute la question est là, car le président Félix Tshisekedi, après un premier quinquennat au bilan mitigé, malgré sa disposition au dialogue, a perdu en légitimité de leadership surtout qu'il s'évertue à opérer une reforme constitutionnelle afin de briguer un 3e mandat. Dès lors, toute initiative de sa part devient suspecte aux yeux d'une opposition qui ronge ses freins pour arriver au pouvoir. Une opposition qui n'est pas exempte de critiques, elle dont des responsables mangent à tous les râteliers, y compris dans les mains des parrains connus de la rébellion qui a coupé le pays en 2.

Bref, dans cette guéguerre politicienne où "consultations nationales exclusives" s'opposent à "dialogue nationale inclusif", c'est la classe politique congolaise qui bafouille sa dignité. Ces leaderders de partis, à force de se regarder en chiens de faïence, ne sont pas loin d'avoir perdu toute légitimité. En attendant pire ?

A quand l'Afrique, dixit Joseph Ki-Zerbo, dans sa quête d'un système de gouvernance pertinent, à l'aune de ses réalités sociologiques ?

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