Maroc: La rentrée arrive - Les prix ne sont jamais partis

L'inflation recule, assure le HCP. Excellente nouvelle. Reste à en convaincre le portefeuille des familles marocaines qui, entre cartables, cahiers, vêtements, transport et dépenses courantes, voient septembre arriver calculette à la main.

Il existe au Maroc un moment très précis où les vacances cessent sans que personne n'ait officiellement annoncé leur fin. Il ne dépend ni de la météo ni du calendrier. C'est celui où un parent entre dans une grande surface pour acheter deux cahiers et en ressort avec un ticket de caisse assez long pour servir de marque-page.

Nous y sommes. Sur les plages, août fait encore de la résistance : parasols plantés, terrasses pleines, enfants uniquement préoccupés de savoir combien de minutes supplémentaires ils pourront rester dans l'eau. Mais dans les rayons, septembre a déjà pris le pouvoir. Cartables, trousses, cahiers, stylos, compas et calculatrices ont remplacé bouées et glacières. La rentrée scolaire n'a pas encore commencé que son addition, elle, est déjà arrivée.

L'inflation baisse. Merci de prévenir la caisse

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Les statistiques apportent pourtant une bonne nouvelle. Selon le Haut-Commissariat au plan, l'indice des prix à la consommation (IPC) a reculé de 1% en juillet par rapport à juin. Les produits alimentaires ont diminué de 1,9%, avec des baisses marquées pour les légumes (-7,6%), les poissons et fruits de mer (-3,9%), les fruits (-3,7%) et les viandes (-1,2%). Sur un an, l'IPC affiche même un recul de 0,6%, porté par une baisse de 3,7% des produits alimentaires. L'inflation sous-jacente est elle aussi légèrement négative. Sur le papier, le thermomètre refroidit. Du côté des ménages, la sensation thermique reste plus compliquée.

Non que le HCP se trompe. Un indice des prix mesure une évolution moyenne d'un panier de consommation, pas le choc particulier provoqué par plusieurs dépenses obligatoires arrivant en même temps. Et septembre possède précisément ce talent. Le problème n'est donc pas que chaque produit coûte plus cher que l'an dernier, mais que tout doit être acheté presque simultanément. Un cahier ne ruine personne. Quinze commencent à discuter sérieusement avec le budget.

Le cartable n'arrive jamais seul

Prenons l'exemple d'un enfant. Il lui faut un cartable, des cahiers, protège-cahiers, stylos, crayons, gomme, taille-crayon, matériel de géométrie, parfois une calculatrice, sans oublier les fournitures exigées par l'établissement. Ajoutons chaussures, vêtements et, selon la situation familiale, transport, cantine ou autres frais scolaires. Prenons maintenant l'exemple de deux enfants. Puis trois. La rentrée devient alors moins une date scolaire qu'une réelle opération comptable.

Les catalogues promotionnels actuellement déployés donnent une idée de la bataille commerciale engagée autour du portefeuille familial. Sacs à dos d'entrée de gamme entre 40 et 70 dirhams, d'autres dépassant 150. Cahiers à quelques dirhams qui grimpent vite selon format et qualité. Calculatrice scientifique entre quelques dizaines de dirhams et près de 180. Pris séparément, rien de spectaculaire. Additionnés, ces petits prix deviennent une grosse dépense, et le marketing l'a parfaitement compris. Partout fleurissent «spéciale rentrée», «petits prix», lots et réductions. Chaque enseigne promet de sauver le budget familial, à condition, naturellement, que celui-ci commence par entrer dans son magasin. Le commerce a parfois une définition très généreuse du sauvetage.

Septembre commence en août

Le calendrier officiel prévoit le retour des personnels éducatifs le 1er septembre, avant la reprise progressive de l'activité scolaire. Mais pour les parents, septembre commence bien plus tôt : devant une liste de fournitures, en ressortant le cartable de l'année précédente pour juger s'il tiendra une saison de plus, en inspectant les chaussures, en retrouvant trois cahiers presque neufs et en se demandant si une nouvelle étiquette pourrait leur offrir une seconde carrière.

La rentrée est devenue un art de la récupération. Les familles comparent, étalent leurs achats, profitent des promotions, arbitrent entre l'indispensable, le souhaitable et ce qui attendra le mois suivant. Car derrière les fournitures scolaires demeure le reste. Le réfrigérateur n'a pas appris que septembre était un mois coûteux. Le loyer non plus. L'eau et l'électricité ignorent superbement le calendrier scolaire. La voiture réclame toujours du carburant, les transports continuent de présenter leur facture. C'est ici que se situe le véritable sujet.

Le prix et le pouvoir d'achat ne racontent pas la même histoire

Une baisse de l'inflation ne signifie pas que les ménages retrouvent instantanément l'aisance perdue pendant les années de fortes tensions sur les prix. L'inflation mesure une vitesse d'évolution. Le pouvoir d'achat raconte ce qu'un revenu permet réellement d'acquérir. Et les moyennes nationales ne décrivent jamais parfaitement les situations individuelles.

Une famille qui consacre une part importante de ses revenus à l'alimentation ressent davantage le prix du marché qu'un ménage plus aisé. Celle qui compte trois enfants scolarisés ne vit évidemment pas septembre comme un célibataire sans enfant. Celle qui dépend quotidiennement de la voiture regarde le prix du litre autrement que celle qui travaille près de son domicile.

Il existe donc une inflation statistique et une inflation vécue. Elles ne se contredisent pas forcément, elles ne racontent simplement pas la même chose. Le HCP peut parfaitement constater que les légumes ont baissé de 7,6 % en juillet tandis qu'une famille estime que son budget reste sous pression. Les deux affirmations peuvent être vraies en même temps. C'est même toute la difficulté du débat sur le coût de la vie.

Le mois des arbitrages

Dans les foyers modestes, septembre transforme le budget en exercice d'équilibriste. On reporte un achat pour en financer un autre, on choisit un cartable moins cher, on récupère ce qui peut l'être, on achète les fournitures en plusieurs fois. Une dépense vestimentaire attendra octobre. Une possible sortie familiale disparaît discrètement du programme.

Rien de spectaculaire, et c'est précisément pour cela que le phénomène compte. Le pouvoir d'achat ne se dégrade pas toujours dans le fracas. Il se manifeste aussi dans cette succession de petits renoncements presque invisibles : une marque remplacée par une autre, un achat différé, une quantité réduite, une réparation préférée au remplacement.

Le consommateur marocain est devenu expert en micro-arbitrages. Il compare le prix au kilo, surveille les promotions, change d'enseigne, alterne marché, commerce de proximité et grande distribution. Le panier n'est plus rempli seulement selon les besoins mais selon les occasions. Faire les courses ressemble parfois davantage à une séance de trading qu'à une activité domestique.

Les enfants, eux, connaissent très bien l'inflation

Il existe enfin dans cette rentrée un acteur économique particulièrement redoutable : l'enfant. Il ignore généralement l'IPC, l'inflation sous-jacente et les subtilités méthodologiques du HCP. En revanche, il connaît parfaitement le cartable qu'il veut, lequel présente l'étrange particularité d'être rarement le moins cher du rayon. C'est ici que l'économie rencontre la sociologie.

Les fournitures scolaires ne répondent plus uniquement à une nécessité fonctionnelle. Elles participent aussi à l'intégration sociale, aux marques, aux personnages à la mode, aux comparaisons entre camarades. Le parent calcule, l'enfant compare, et le fabricant arbitre la rencontre. Au milieu, le portefeuille tente de négocier un cessez-le-feu.

Une rentrée qui révèle davantage qu'elle ne coûte

Il serait pourtant réducteur de transformer septembre en simple complainte sur les prix. La rentrée agit plutôt comme un révélateur. Elle montre les différences de capacité entre familles lorsqu'une même obligation, scolariser correctement ses enfants, rencontre des revenus très différents. Pour certains ménages, la rentrée constitue une dépense supplémentaire absorbable. Pour d'autres, elle oblige à réorganiser plusieurs semaines de consommation.

Le même cahier a le même prix à la caisse. Il ne pèse pas le même poids dans tous les budgets. C'est peut-être là que les statistiques nationales atteignent naturellement leur limite : elles peuvent dire avec précision comment évoluent les prix, elles ne peuvent pas mesurer avec la même finesse l'effort nécessaire à chacun pour les payer.

Le HCP annonce le calme, septembre la facture

Septembre arrive donc avec un paradoxe presque parfait. Les chiffres disent que l'inflation s'est calmée. Les rayons affichent des promotions. Les enseignes promettent des « petits prix». Et pourtant, dans beaucoup de foyers, on continue de compter. Pas nécessairement parce que tout coûte davantage, mais parce que tout arrive ensemble.

Dans quelques jours, les cartables seront bouclés, les cahiers couverts, et les enfants reprendront le chemin de l'école. Les familles auront absorbé, tant bien que mal, cette concentration annuelle de dépenses. Le HCP pourra continuer à surveiller l'indice des prix. Les parents, eux, disposent d'un indicateur beaucoup plus rudimentaire: ce qu'il reste sur le compte une fois la rentrée payée. L'inflation peut ralentir. Septembre, lui, n'a jamais appris à lever le pied.

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