Burkina Faso: Masculinité positive - La vaisselle de Fabrice Darga

Au Burkina Faso, la lutte contre les violences basées sur le genre ne peut pas être uniquement l'affaire des femmes. Le Mouvement FEMIN-IN et son partenaire, le Réseau africain pour l'éducation et la santé (RAES), misent sur l'approche de la masculinité positive pour faire des hommes des alliés dans la promotion des droits des femmes. À travers la promotion de cette approche, l'organisation entend transformer les rapports de domination et faire des hommes des acteurs de la défense des droits des femmes.

Fabrice Darga est un jeune homme de 24 ans. Dans sa famille, les travaux ménagers sont habituellement exécutés par sa mère et ses soeurs. Lui ne s'en préoccupait guère. Un jour pourtant, sa mère l'a surpris en train de faire la vaisselle. Ce fut la surprise totale au sein de la famille Darga. Sa mère et sa petite soeur se sont alors mises à observer la scène.

« Avant, je me disais que faire la vaisselle n'était pas une affaire de garçon. Dorénavant, j'ai pris l'initiative d'effectuer certaines tâches ménagères afin d'apporter un coup de main à ma mère et à ma soeur », déclare Fabrice Darga.

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Ce changement a été possible grâce à une formation reçue auprès du Mouvement FEMIN-IN sur l'approche de la masculinité positive. Il s'agit d'une approche qui encourage les hommes et les garçons à rejeter la violence et la domination, à exprimer leurs émotions et à s'engager activement en faveur de l'égalité entre les femmes et les hommes.

« De base, je n'étais pas un militant. C'est à travers les activités de sensibilisation que j'ai découvert cette approche et j'ai trouvé que c'était un sujet intéressant, à travers lequel je pouvais changer de comportement et ma vision de la masculinité », soutient le jeune Darga.

Depuis qu'il s'est engagé dans cette voie, Fabrice Darga dit avoir constaté des changements importants dans sa propre vie. Il affirme avoir appris à mieux se maîtriser et à accorder davantage d'importance aux opinions des autres.

Avec l'appui de son partenaire, le Réseau africain pour l'éducation et la santé (RAES), le Mouvement FEMIN-IN fait la promotion de cette approche au Burkina Faso, particulièrement dans la région du Nakambé.

Pour la chargée de projet au Mouvement FEMIN-IN, Sabine Gampene, démographe, activiste engagée sur les questions des droits et de la santé sexuelle et reproductive, la masculinité positive invite les hommes à exprimer leurs émotions, à partager les responsabilités familiales et domestiques et à considérer les femmes comme leurs partenaires et non comme leurs subalternes. « La masculinité positive constitue une approche essentielle dans la construction d'une société fondée sur l'égalité et l'équité », affirme-t-elle.

Avec l'appui du RAES, le Mouvement FEMIN IN a formé une cinquantaine de jeunes garçons à cette approche. Fabrice Darga fait partie de ce groupe. Ces jeunes ont été formés au respect de l'égalité de genre et à la promotion des droits des femmes. Après leur formation, ils ont mené des campagnes digitales et animé des causeries éducatives avec leurs pairs afin de les sensibiliser à la masculinité positive. Ils sont devenus des relais dans leur communauté.

Les messages qu'ils véhiculent portent, entre autres, sur la lutte contre les violences basées sur le genre (VBG), la promotion des droits en matière de santé sexuelle et reproductive (DSSR), ainsi que la participation des femmes et des jeunes au renforcement de la cohésion sociale.

« De nature, on dit souvent que c'est l'homme qui a le pouvoir. Mais à travers nos discussions et nos séances de sensibilisation, nous arrivons à leur faire comprendre que l'homme et la femme ont les mêmes droits et les mêmes devoirs », explique-t-il.

Une approche pour prévenir les violences

Au sein de FEMIN-IN, l'approche de la masculinité positive est transversale. Dans tous les projets du mouvement, les hommes sont impliqués. Cependant, cette approche a été spécifiquement mise en oeuvre dans le cadre de l'« École des alliés », un projet réalisé dans la région du Nakambé.

L'École des alliés forme exclusivement des hommes sur la masculinité positive, la lutte contre les violences basées sur le genre, ainsi que la promotion de l'égalité et la défense des droits des femmes au sein des communautés.

La sensibilisation s'est notamment appuyée sur le kit pédagogique du programme C'est la vie ! qui contient plusieurs thématiques relatives aux droits en matière de santé sexuelle et reproductive.

« Deux ans après le projet, les bénéficiaires nous contactent pour nous demander de reprendre l'initiative. Certains jeunes continuent également de sensibiliser sur les réseaux sociaux. Cela signifie que notre message est passé et continue de porter ses fruits », soutient Sabine Gampene.

Dans l'ensemble de ses initiatives, FEMIN-IN prend en compte la masculinité positive, que ce soit à travers l'Arbre à palabre féministe, l'École des alliés ou encore l'Université d'été féministe qu'elle organise.

Le mouvement accorde une importance particulière à cette approche, estimant qu'elle contribue à prévenir les violences basées sur le genre.

« Pendant nos sessions, nous apprenons aux participants à prévenir les violences basées sur le genre. Nous disons aux jeunes qu'ils doivent maîtriser leur colère, savoir exprimer leurs besoins ou leurs émotions dans le calme et dans le respect des droits de l'autre. Lorsqu'on apprend à un homme à combattre les VBG, on contribue à les prévenir », affirme la chargée de projet.

Dans un contexte marqué par la persistance des violences basées sur le genre, cette approche mérite, selon la chargée de projet, d'être davantage promue au Burkina Faso. Elle estime que la lutte contre ces violences doit mobiliser aussi bien les femmes que les hommes.

« Il est important que ce ne soit pas une lutte des femmes uniquement, mais que les hommes puissent également s'impliquer dans la lutte contre les violences basées sur le genre et dans la promotion des droits des femmes », souligne-t-elle.

Fabrice Darga abonde dans le même sens. « Il ne faut pas penser que parce qu'on est un homme ou un garçon, on doit dominer les autres. Être un homme, c'est respecter les autres, assumer ses responsabilités et être à l'écoute. Tous, nous avons notre part de responsabilité et tous, nous pouvons avancer ensemble », conclut-il.

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