Ile Maurice: Ce que les jeunes parlementaires ont mis sur la table

Les deux journées consacrées au cinquième National Youth Parliament (NYP) se sont achevées le vendredi 28 août. Fuite des cerveaux, criminalité, drogues synthétiques, discours de haine en ligne, cybercriminalité, souveraineté maritime, fracture entre l'île Maurice et les îles éparses : les sujets débattus par les jeunes parlementaires ont dessiné la carte de ce qui préoccupe la jeunesse mauricienne.

Adressée au Premier ministre adjoint du NYP, Dishaant Kumar Luckeenarain, la Private Notice Question a porté sur le départ de jeunes diplômés à l'étranger et les mesures pour inverser la tendance. Ce dernier a cité la National Employment Policy 2024-2028, selon laquelle plus de 70 % des étudiants qui vont étudier à l'étranger ne reviennent pas. Il a détaillé plusieurs dispositifs pour y remédier : le Graduate Training for Employment Scheme, dont le soutien par diplômé est passé de Rs 100 000 à Rs 120 000 dans le Budget 2026-2027, le Youth Employment Programme, qui a bénéficié à 6 320 jeunes diplômés depuis 2015, et un cadre fiscal pouvant s'étendre jusqu'à dix ans pour les startup éligibles. «On ne mesure pas le succès au nombre de programmes, mais aux opportunités et aux résultats qu'on crée pour notre jeunesse», a-t-il résumé.

La Première ministre, Tahseen Oozeerally, a répondu aux six questions lors de la Prime Minister's Question Time, chacune bâtie sur un modèle étranger adapté à Maurice. Sur le fossé avec Rodrigues et les îles éparses, elle a proposé un corridor artisanal inspiré du modèle japonais One Village, One Product et une mobilité étudiante interinsulaire calquée sur Erasmus+. Sur le dialogue intergénérationnel, elle a proposé un conseil statutaire inspiré du modèle gallois et un poste d'Ombudsperson dédié.

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Concernant les drogues synthétiques, elle a rappelé que 1 008 admissions liées à la consommation avaient été enregistrées en 2022, dont près de 66 % chez les 15-34 ans, et a annoncé un système d'alerte à 72 heures pour identifier les nouvelles substances. Au sujet des discours de haine en ligne, elle a déclaré qu'«un clavier ne doit pas devenir un détonateur social», misant sur la répression ciblée, l'éducation aux médias et la lutte contre les inégalités qui nourrissent la polarisation. Sur la cybercriminalité, elle a évoqué l'adhésion de Maurice à la Convention de Budapest et un portail dédié du Computer Emergency Response Team Mauritius.

Enfin, sur la zone économique exclu sive, elle a détaillé un dispositif de détection des navires qui coupent leur transpondeur, combinant imagerie satellite et patrouilles de la National Coast Guard, rappelant : «Éteindre vos transpondeurs ne vous rend pas invisibles. Cela fait de vous notre cible prioritaire.»

Les motions

Parmi les trois motions débattues, à savoir sur l'intelligence artificielle (IA), la sécurité alimentaire et les Objectifs de développement durable (ODD), l'une portait sur l'ODD 16, Paix, justice et institutions fortes. Motionnaire du texte, le député de l'opposition, James Andrew Zaza, s'est appuyé sur des chiffres en forte hausse : un taux de récidives à 74,4 %, des cas de violence et d'exploitation sexuelle passés de 682 à 778 en un an et des infractions liées à la drogue passées de 4 373 à 4 913. «Le peuple a peur», a-t-il averti. Il a également cité l'ancien président Dwight D. Eisenhower est : «Si la civilisation doit survivre, elle doit choisir le règne du droit.»

La motion demandait la numérisation de la justice, l'élargissement des protections constitutionnelles aux personnes handicapées et aux membres de la communauté LGBT, et une réforme carcérale inspirée des modèles norvégien et salvadorien. Clôturant le débat, il a maintenu sa position face aux réserves de la Chambre : «Notre position ne change pas. La justice doit être accessible à tous.»

La deuxième motion portait sur le déploiement de l'IA, avec un volet santé publique, portée par la Première ministre. Elle a posé le constat sanitaire, les maladies non transmissibles représentant environ 81 % des décès annuels à Maurice, et cité le système singapourien SELENA+, qui dépiste plus de 100 000 patients diabétiques par an avec une précision comparable à celle d'un spécialiste. Elle a aussi présenté un projet de numérisation des dossiers des patients sous le principe «Un patient, un dossier» et des bornes de triage assistées par IA pour désengorger les centres de santé.

Le député Udhav Kaulesarsingh, motionnaire, a, lui, défendu le coût de la formation de 50 000 citoyens en compétences numériques en s'appuyant sur le Future of Jobs Report 2025 du Forum économique mondial, selon lequel chaque roupie investie dans la reconversion rapporterait quatre fois sa valeur en productivité. Sur l'exode des jeunes, il a cité un sondage d'Afrobarometer de 2026 selon lequel 76 % des Mauriciens de 18-25 ans auraient envisagé de quitter le pays, argument mis au service du financement de jeunes entrepreneurs de moins de 30 ans.

Le National Youth Parliament reste un exercice de simulation, mais plusieurs propositions ont dépassé le cadre de l'exercice scolaire. Le dépistage par IA calqué sur le modèle singapourien, le corridor artisanal pour Rodrigues et les îles éparses ou encore le système d'alerte à 72 heures sur les nouvelles drogues se sont appuyés sur des données réelles et des modèles étrangers déjà éprouvés. De quoi rappeler qu'au-delà du jeu de rôle, ces jeunes ont réfléchi à des solutions qui pourraient nourrir le débat public, bien après la fin de la session.

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