L'Union socialiste des forces populaires a récemment présenté son programme électoral pour les élections législatives de 2026. 20 engagements, organisés autour d'un mot d'ordre unique, le développement équitable. Libération en propose une lecture engagement par engagement. Premier arrêt : l'industrie.
« Nous ne vendons pas l'espoir, nous en construisons les conditions », a résumé le premier secrétaire du parti, Driss Lachguar, en ouvrant la présentation. La formule donne le ton de l'ensemble du programme, pensé comme un contrat politique évaluable plutôt que comme un inventaire de promesses. Le premier des 20 engagements en porte l'exemple le plus direct: « Industrie marocaine... et profit pour les Marocains ».
Derrière la formule, un constat que le parti porte depuis plusieurs années, et qu'il replace aujourd'hui au coeur du débat public. Le Maroc a industrialisé ses paysages avant d'industrialiser ses revenus. Zones franches, usines de montage, chaînes de sous-traitance automobile ou aéronautique se sont installées sur le territoire. La valeur, elle, continue trop souvent de se former ailleurs.
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L'USFP appelle cela la souveraineté industrielle productive. L'expression a un sens précis dans le référentiel du parti. Elle ne désigne ni l'autarcie ni le repli protectionniste, mais la capacité d'un pays à décider de ce qu'il produit, à en capter la valeur ajoutée, et à ne plus dépendre d'arbitrages extérieurs pour ses besoins vitaux. Une lecture qui prolonge un vieux combat ittihadi, celui d'une économie mise au service du citoyen, et non l'inverse.
Trois secteurs, une même vulnérabilité
Le programme cible trois filières prioritaires : l'agroalimentaire, le médicament, les énergies renouvelables. Le choix n'a rien d'arbitraire. Chacune renvoie à une fragilité que la dernière décennie a mise à nu. La pandémie a montré la dépendance d'un pays qui importe l'essentiel de ses principes actifs pharmaceutiques. Les sécheresses successives et la volatilité des marchés mondiaux ont rappelé que la sécurité alimentaire ne s'achète pas au meilleur prix du moment, elle se cultive sur la durée. La transition énergétique, enfin, n'a de portée stratégique que si le Maroc fabrique lui-même les équipements qu'il installe, plutôt que d'importer panneaux et turbines pour produire une électricité verte à la valeur ajoutée grise.
Sur ces trois fronts, l'USFP ne promet pas des incantations mais des contrats de programme. Le mécanisme n'est pas nouveau dans l'histoire industrielle marocaine récente, mais le parti entend en changer la philosophie. L'État s'engage sur le foncier, la fiscalité, le financement, la formation et l'accélération des procédures ; l'investisseur s'engage en retour sur des résultats vérifiables : taux d'intégration locale, transfert de technologie, emplois stables, volumes de production et d'exportation. La puissance publique cesserait ainsi de distribuer des avantages à fonds perdus pour les indexer sur des obligations chiffrées. Une manière, une fois de plus, de traiter la question qui traverse tout le programme ittihadi : substituer à la rente qui s'octroie le mérite qui se prouve, et au soutien qui se donne le soutien qui se gagne.
Le chiffre comme discipline
Le parti a choisi de chiffrer son ambition plutôt que de la déclamer : 1,5 point de croissance supplémentaire par an, imputable notamment à la dynamique industrielle ; 250.000 emplois industriels créés sur la durée de la législature ; une progression de plus de 40 % des exportations à contenu technologique élevé. Ces chiffres n'ont pas vocation à impressionner, mais à engager. Un parti qui grave des objectifs précis dans son programme s'expose à en répondre devant les Marocains. C'est aussi une manière de sortir du confort du slogan pour entrer dans l'exigence du bilan, exactement ce que Driss Lachguar formulait en présentant l'ensemble du programme : faire passer l'action publique « de la rhétorique des intentions au contrat de résultats ».
Cette approche prolonge un référentiel que l'USFP revendique sans détour, celui d'un État stratège, capable d'orienter l'investissement sans étouffer l'initiative privée, au service d'une économie dont la finalité reste la dignité humaine et non l'accumulation abstraite de statistiques. L'industrie n'est un objectif en soi que si elle se traduit, au bout du compte, par des salaires plus dignes, une facture énergétique allégée et une économie moins vulnérable aux chocs venus d'ailleurs.
Un premier maillon, pas une case isolée
En ouvrant sa série d'engagements par la production plutôt que par la redistribution, l'USFP fait un choix de méthode révélateur : pas de justice sociale durable sans richesse créée sur place. L'ordre n'est pas anodin. Il tranche avec une tentation classique du discours électoral, celle qui consiste à annoncer d'abord les dividendes sociaux -- pensions, aides, gratuités -- avant de s'interroger sur qui, demain, produira la richesse nécessaire pour les financer. En plaçant l'usine avant le guichet, le parti renoue avec une lecture sociale-démocrate qu'il revendique depuis sa fondation : la démocratie politique ne vaut que doublée d'une démocratie économique, et celle-ci suppose un appareil productif national, non une rente distribuée sur fonds empruntés ou importés. C'est aussi un pari sur la crédibilité : un programme qui commence par des emplois à créer plutôt que par des droits à accorder s'expose davantage au jugement des faits. L'USFP a fait ce choix les yeux ouverts, et c'est là, la meilleure garantie que le parti offre à ses électeurs : celle d'un engagement lucide où l'audace politique ne se mesure plus aux déclarations d'intention, mais à la capacité réelle de transformer l'économie nationale en bouclier social pour chaque citoyen.