Près de deux ans après la mort de Johnson Marguerite au poste de police de La Ferme, à Rodrigues, ses quatre enfants et héritiers ont choisi la voie judiciaire pour obtenir des réponses. Dans une plaint with summons déposée devant la Cour suprême, ils réclament Rs 50 millions de dommages moraux au commissaire de police et à l'État. L'Independent Police Complaints Commission (IPCC) est appelée comme co-défenderesse.
Les plaignants - Jason Marguerite, Marie Corina Marguerite, Marie Corinne Marguerite et Desirée Joelle Bernard - affirment que leur père était en bonne santé, mentalement apte, sans problème médical, sans traitement et qu'il n'avait «jamais eu de tendances suicidaires».
Le 24 septembre 2024, Johnson Marguerite avait été arrêté à la suite d'allégations de son ancienne concubine, qui l'accusait d'avoir sexuellement abusé d'un enfant en juin 2018. Une charge provisoire avait été retenue devant la cour de district de Rodrigues. La police s'était opposée à sa remise en liberté, invoquant notamment les risques de récidive, de manipulation des preuves et d'interférence avec les témoins. Il avait été placé en cellule jusqu'au 30 septembre.
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Ses enfants soutiennent désormais que ces allégations étaient «frivolous», et que la police avait eu tort de l'arrêter, de le détenir, de retenir une charge provisoire contre lui et de s'opposer à sa caution. Puis, dans la même journée, leur père est mort en détention.
Selon la plainte, l'autopsie réalisée par le Dr Chamane, Police Medical Officer, situe l'heure du décès à 19 h 50 et attribue la cause à une asphyxie due à la pendaison. Johnson Marguerite a été inhumé au cimetière de Bois-Marchand le 26 septembre 2024.
Mais la famille ne croit pas à la version du suicide. Elle affirme que les circonstances de la mort «smack of foul play and cover up» et dit avoir demandé à l'IPCC une enquête approfondie, estimant que leur père aurait pu être assassiné et qu'une histoire de suicide aurait été concoctée pour couvrir des actes répréhensibles.
Le doute avait déjà été publiquement exprimé en novembre 2024 : les avocats de la famille avaient alors évoqué deux versions différentes concernant le décès, l'une indiquant qu'il était mort au poste de police, l'autre faisant état d'un décès à l'hôpital.
La famille dit avoir saisi la justice pour obtenir les photographies et le rapport d'autopsie, sans succès. Elle affirme également avoir voulu faire exhumer le corps pour un examen et une seconde autopsie, et avoir retenu les services du Dr Satish Boolell, ancien Police Forensic Medical Officer. La demande, disent les plaignants, est restée sans réponse.
Ils attendent toujours les conclusions de l'enquête de l'IPCC et une décision du Directeur des Poursuites publiques sur l'institution d'une judicial inquiry.
La plainte met aussi en cause le cadre constitutionnel de la responsabilité de l'État. Les plaignants invoquent notamment la section 69 de la Constitution concernant le commandement de la force policière par le commissaire de police, ainsi que la section 71 concernant le rôle de l'Attorney General et la responsabilité de l'État pour les actes de ses employés et agents.
Ils allèguent que les policiers impliqués dans l'arrestation, la détention, l'enquête et l'escorte de Johnson Marguerite ont commis une faute. Ils évoquent notamment une arrestation arbitraire, une détention injustifiée, une opposition arbitraire à la caution, de la torture et des agressions, lesquelles auraient conduit à sa mort.
La famille affirme que ces faits ont porté atteinte aux droits fondamentaux de Johnson Marguerite à la liberté, à la protection contre les traitements inhumains et dégradants et au droit à la vie, tout en leur causant un «tremendous moral trauma».
Une mise en demeure, datée du 9 juillet 2026, a été signifiée le même jour aux défendeurs et à la co-défenderesse. Selon la plainte, aucune suite n'a été donnée à la demande de Rs 50 millions, avec intérêts et frais.
L'affaire sera appelée devant la Cour suprême le 2 octobre. La plainte précise que les accusations formulées contre les policiers constituent, à ce stade, les allégations des plaignants et restent à être établies devant la justice.