Niger: Le ver est-il dans le fruit?

3 Septembre 2026

Le coup d'état manqué survenu au Niger dans la nuit du 28 au 29 août 2026 interroge à plusieurs niveaux, notamment par le timing choisi, le modus opérandi et surtout les incidences de l'attaque à l'intérieur, comme en dehors des immenses limites frontalières du Niger.

Pour rappel, il faut dire que c'est la troisième attaque que subit le régime du président Abdourahamane Tiani depuis sa prise du pouvoir le 26 juillet 2023, à la suite du coup d'état qui a renversé le régime du Président élu Mohamed Bazoum.

Cette dernière attaque, assimilée à un coup d'état militaire manqué, est cependant assez différente de celles qui l'ont précédée, qui elles, venaient de l'extérieur si l'on se réfère aux déclarations faites à l'époque sur l'origine et le profil terroriste de leurs auteurs.

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« La mutinerie » du 28-29 août 2026, appelons-la ainsi, reste néanmoins singulière, si l'on en croit la déclaration d'un officier de commandement, relayée sur les ondes de la Radiotélévision du Niger (RTN), selon laquelle il y a eu des appels venant de pays étrangers et cherchant à faire pencher le cours des événements. Même si cette déclaration mérite d'être analysée en profondeur, pour être corroborée par des preuves par la suite, il reste clair qu'il y a un lien entre les deux types d'attaque armée, du point de vue de l'objectif et aussi de la cible visée.

Cette fois, c'est de l'intérieur que les opérations ont démarré à la base militaire 101, dans l'enceinte de l'aéroport de Niamey, et au palais présidentiel, avec les affrontements armés entre les soldats des forces spéciales, qui selon les sources officielles appartiennent au bataillon de sécurité et de renseignement stationnés à la Base 101, et la puissante Garde présidentielle. Pour l'heure, il est difficile d'écarter la thèse de la main étrangère que beaucoup d'observateurs brandissaient, lorsque les attaques venaient de la frontière à partir de « convois de fortune ».

Mais la facilité avec laquelle les troupes djihadistes atteignaient l'aéroport Hamani Diori de Niamey était pour le moins surprenante, au regard du dispositif sécuritaire qu'il fallait franchir jusqu'à cette position stratégique dans la capitale, au point que l'on ait pu penser à des complicités au sein des Forces armées nigériennes.

Cette mutinerie vient conforter la thèse que cette vulnérabilité naguère relevée au sein du commandement militaire aurait pu aussi trouver sa source dans les profondes divisions qui traversent actuellement l'armée nigérienne, et qui constituent autant de menaces pour sa stabilité, malgré les appuis des forces russes et ceux de l'AES.

La coïncidence entre la visite du 1er ministre Ali Mahaman Lamine Zeine à Alger, et le coup d'état qui s'est produit 24h après, n'est pas innocente de ce point de vue, quoiqu'elle ait pu déclencher une ferme condamnation du pouvoir algérien, qui d'ailleurs s'est dépêché d'envoyer des aéronefs visibles sur le tarmac de Niamey. À y regarder de plus près, en attendant la fin des prochaines enquêtes, il y a fort à parier que l'enjeu de ce coup d'état manqué dépasse la simple mutinerie d'officiers frustrés. Il y a plus.

Le Niger, considéré depuis le départ comme le point faible de la sécurité de l'AES, au regard de son immense territoire, frontalier à 7 pays, mais aussi de son dispositif militaire quasi concentré sur la base 101, où étaient établis les mutins et où logent les soldats russes qui gèrent le radar aérien du Niger, présente une fragilité structurelle évidente. Cette même base abrite en effet les drones et hélicoptères de combat de l'armée nigérienne, et un stock de concentré d'uranium y est entreposé depuis plusieurs mois — autant d'éléments qui constituent un point de fragilité du dispositif sécuritaire et qui mettent en danger la sécurité du régime.

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