Au plus fort de la polémique sur l'origine du virus vecteur du Sida dans les années 1984-1985, l'ancien président zambien, Kennet Kaunda, déclarait : "Le plus important n'est pas de savoir d'où il vient, mais où il va".
En effet, pendant que la pandémie prenait des proportions inquiétantes, surtout en Afrique, les chercheurs s'évertuaient, les uns à lier la source du virus aux grands singes de la forêt équatoriale africaine, les autres aux homosexuels européens, ou encore aux toxicomanes américains qui s'injectent la drogue.
Faut-il opposer la réponse pertinente de Kennet Kaunda aux questionnements qui fusent en RDC sur les responsabilités de la dégradation de la situation épidémiologique dans le pays en matière d'Ebola ? De fait, à la date du 1er septembre 2026, l'OMS et le Centre africain de contrôle et de prévention des maladies, Africa CDC, organisme spécialisé de l'Union africaine, ont déclaré que la 17e épidémie d'Ebola a tué 3007 personnes sur un total de 6186 cas de contagions confirmées, soit un taux de létalité de 48,6%.
Restez informé des derniers gros titres sur WhatsApp | LinkedIn
Avec plus de 3000 morts en 115 jours, le cap du désespoir est franchi dans la progression de la maladie selon les plus pessimistes. Faut-il alors, ipso facto, désespérer de la riposte contre l'épidémie quand on sait qu'à la mi-août, 100 jours après l'alerte officielle sur la situation d'épidémie, on s'inquiétait des plus de 2000 victimes pour environ 5000 contagions ?
En rappel, à la fin du mois de juin, l'OMS et Africa CDC, par la voix de leurs premiers responsables, indexaient déjà le gouvernement de Félix Tshisekedi quant à la riposte timide contre le fléau. Quand Theodoros A. Ghebreyesus appelait le gouvernement congolais à "faire davantage dans la lutte contre l'épidémie", Jean Kaseya d'Africa CDC lui emboîtait le pas de manière plus incisive : "Un gouvernement ne se plaint pas, il agit".
Réponse du berger à la bergère, des partenaires techniques et financiers à un exécutif qui exprimait ouvertement son agacement au sujet des retards dans l'acheminement de l'aide, le décaissement des financements mobilisés pour lutter contre l'épidémie. Aujourd'hui, la timidité de l'action gouvernementale, conjuguée aux lenteurs bureaucratiques dans la concrétisation des annonces de mobilisation financière, près d'un milliard et demi de dollars US, n'ont pas permis une riposte efficace contre le mal, particulièrement dans les 55 districts des 6 régions affectées à l'est du pays.
De quoi alimenter la défiance des populations à l'égard des autorités gouvernementales, du système de santé et plus globalement vis-à vis de tous ceux qui sont sur le front de la riposte. Par ailleurs, la situation d'insécurité et les déplacements forcés des populations sont autant de facteurs aggravants des risques de contagions.
Du reste, peu réceptifs aux campagnes de sensibilisation, beaucoup de Congolais refusent le dépistage préventif, les soins dans les centres de référence ou médicaux ordinaires, manipulent sans protection spéciale les cadavres suspects, s'ils ne se disputent pas avec le personnel soignant pour les enterrer eux-mêmes.
C'est dans ce contexte de manque de synergie d'action du système de santé d'avec les populations, d'attentes du gouvernement non satisfaites par les partenaires techniques et financiers et d'appel de ces derniers à plus d'engagement, de coordination dans la lutte contre l'épidémie que le cap de plus de 3000 décès a été franchi.
De quoi nourrir un grand scepticisme quant à l'efficacité des actions pour contenir et faire reculer la maladie. Or les enfants congolais reprennent le chemin de l'école en ce début septembre. Une rentrée scolaire, c'est connu, est toujours source de convergence de populations, de multiplication des contacts avec une plus large exposition des enfants, l'une des couches vulnérables à la contagion. Et l'on repose la question, ne fallait-il pas ajourner la rentrée scolaire ? La multiplication des risques d'exposition au virus ne donne-t-elle pas à désespérer d'enrailler cette épidémie ?
Non, il y a des signes d'espoir en une victoire prochaine contre le fléau, tempère Jean Kaseya, le directeur d'Africa CDC, dans une interview publiée ce 3 septembre. Il met en avant à ce propos un arrêt des contagions dans le L'Ituri, aucun nouveau cas n'ayant été déclaré pendant 7 jours ; le taux de contagion en baisse de 4 à 0,5% dans la majorité des 55 districts sanitaires sinistrés ; l'engagement plus franc du président Félix Tsishekedi dans la politique de riposte.
C'est vrai, il y a une dizaine de jours, le gouvernement est comme sorti de son immobilisme en annonçant la construction de 40 postes de surveillance épidémiologique sur le fleuve Congo pour endiguer la circulation du virus de l'est à l'ouest et du nord au sud du pays. Cette voie navigable relie ces régions du pays et est effectivement la plus utilisée dans les relations commerciales intérieures.
Autre signe d'espoir, l'Ouganda qui dans les premières semaines de déclaration de l'épidémie avait été touché, est aujourd'hui hors de cause après 42 jours sans nouvelles contagions, selon l'OMS. Par ailleurs, 1409 personnes au total ont été guéries en RDC depuis le début de l'épidémie et des volontaires ont commencé à être vaccinés le 28 juillet dans le L'Ituri avec une molécule réputée efficace contre le virus de souche Zaïre.
Tout n'est donc pas sombre sur le tableau de la riposte. Il y a comme plusieurs hirondelles qui annoncent le printemps d'une RDC venant à bout de l'épidémie, lentement mais surement. On croise les doigts pour que ces éclaircis soient le crépuscule d'une victoire franche sur l'épidémie.