La rentrée scolaire croise cette année la rentrée électorale, avant que la Botola Pro 1 et 2 n'entre en jeu le 24 septembre, au lendemain des législatives. Cartables pour les uns, programmes pour les autres, crampons pour les derniers : en une quinzaine de jours, le Maroc aura remis tout le monde au travail. Même le ballon.
Du tableau noir aux urnes, puis des urnes aux pelouses, le pays n'aura même pas le temps de changer de tenue. Les élèves retrouveront leurs classes, les candidats leurs estrades, les footballeurs leurs pelouses et les parents leur calculatrice. A chacun ses fournitures, avec la même promesse : cette année sera meilleure que la précédente.
Dur, le calendrier
Les élèves devront apprendre leurs leçons, les candidats convaincre qu'ils ont retenu les leurs, les clubs jurer qu'ils ont corrigé leurs erreurs. Septembre aime les bonnes résolutions. Le 23, les adultes passeront l'examen dans l'isoloir. Vingt-quatre heures plus tard, on cessera de compter les bulletins pour compter les points.
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Ces trois rentrées racontent aussi les mêmes préoccupations : école, emploi, pouvoir d'achat, transports, services publics, jeunesse. Et cette passion nationale qui permet de discuter un hors-jeu avec plus de précision qu'un programme économique de cent pages.
Première épreuve : survivre à la rentrée
Pour les familles, la rentrée commence rarement devant le portail de l'école, plutôt devant une addition. Fournitures, manuels, transport, cantine : un enfant peut retourner gratuitement en classe entouré d'une remarquable quantité de choses payantes.
Août range à peine ses parasols que septembre sort la liste des fournitures. Le Marocain redécouvre alors une loi économique absente des manuels : un cahier ne coûte presque rien, vingt cahiers achetés le même jour prennent les proportions d'un investissement. Avec deux ou trois enfants, la rentrée devient un plan de financement. Septembre ne ramène donc pas seulement les enfants à l'école, il ramène aussi les familles à leurs comptes.
Deuxième épreuve : promettre sans sécher les cours
Pendant que les parents épluchent les listes scolaires, les candidats révisent leurs programmes, avec ce phénomène saisonnier bien connu : l'intérêt soudain et très documenté pour les problèmes quotidiens du citoyen. Emploi, santé, école, logement, monde rural, pouvoir d'achat, itou itou. Au moins saura-t-il que ses difficultés sont parfaitement identifiées.
Le parallèle scolaire s'impose : les élèves reçoivent leurs programmes, les partis présentent les leurs ; les premiers ont neuf mois pour progresser, les seconds cinq ans pour tenir leurs engagements. A l'école, rendre plusieurs fois la même copie finit par attirer l'attention du professeur.
L'exercice électoral exige toutefois davantage qu'une bonne formule : transformer les problèmes en propositions crédibles, chiffrer les ambitions et convaincre un électeur muni d'un instrument de contrôle difficile à contourner, son quotidien. Un programme supporte beaucoup de promesses. Un embouteillage, lui, argumente sans PowerPoint.
GMT : septembre remet aussi les pendules à l'heure
GMT, GMT+1, horaires scolaires et professionnels, Ramadan : le Maroc entretient avec le temps une relation assez compliquée pour qu'un changement d'heure devienne une affaire de société. Le fuseau horaire cesse d'être théorique dès qu'il faut réveiller les enfants et rejoindre l'école ou le travail.
A 8 heures, une bonne partie du pays tente d'être partout en même temps, et Casablanca conserve ce talent de transformer vingt minutes de trajet en cinquante sans déplacer les deux points d'un centimètre. Pourquoi concentrer encore école, bureaux et administrations aux mêmes heures alors que les villes se sont étendues et les rythmes familiaux transformés ? Le problème n'est parfois plus de savoir quelle heure il est, mais pourquoi tout le monde doit vivre à la même heure.
L'école s'invite dans l'urne
Difficile de promettre l'avenir lorsque des millions d'élèves reprennent les classes sans parler de qualité des apprentissages, d'école publique, de langues, d'orientation ou de décrochage. Derrière ces débats demeure la question qui accompagne les familles jusqu'à l'Université : que fera l'enfant après ?
L'école n'est plus seulement sommée d'instruire, elle doit préparer à l'emploi. L'élève entre en classe avec son cartable pendant que ses parents regardent déjà quinze ans plus loin. Aux candidats d'expliquer comment cet enfant devenu adulte trouvera sa place dans l'économie, une question qui mériterait peut-être plus de place sur les affiches que certains visages.
Le 24, des bulletins aux points
Le 24, la Botola entre en scène. La veille, chacun aura défendu son candidat ; le lendemain, son club. Dans les deux cas, les débats pourront se conclure par l'inusable «Tu n'as rien compris ».
A l'approche de 2030, le football est devenu investissement, infrastructures et vitrine internationale, tandis que la Botola conserve son ancrage populaire: un club, une ville, parfois plusieurs générations d'une même famille. Le supporter retrouvera ses réflexes : commenter la composition avant sa publication, discuter l'arbitrage après chaque action et contester l'entraîneur avant même de lui avoir laissé le temps de se tromper.
A l'école, les premières notes attendent quelques semaines. En football, quatre-vingt-dix minutes suffisent.
Trois rentrées, un même portefeuille
Ecole, élections, football : septembre leur trouve un dénominateur commun, le portefeuille. Fournitures, transport, carburant, cantine rappellent que la rentrée se mesure autant au calendrier qu'au solde bancaire. Croissance, investissements et milliards mobilisés ont leur importance, mais le ménage qui vient d'équiper deux ou trois enfants dispose de son propre baromètre : combien reste-t-il sur le compte le 30 du mois ?
Ce n'est pas de la macroéconomie. Mais l'échantillon est considérable. Ces trois rentrées offrent finalement une photographie assez fidèle du pays. Dans les classes, on parlera de mérite et de résultats. Dans la campagne, de projets et de bilans. Sur les terrains, de stratégie et, là encore, de résultats. Les élèves devront apprendre, les candidats convaincre, les footballeurs gagner. Et les Marocains feront ce qu'ils font très bien dans les trois domaines : commenter.
Le Maroc passe ses examens
Entre l'école qui doit préparer demain, les responsables publics censés le rendre possible et les footballeurs chargés d'égayer le présent, se trouvent les familles, confrontées à des réalités moins abstraites : l'école est un enfant à conduire, le transport un bus qui arrive ou pas, le pouvoir d'achat le prix à la caisse.
La santé est le temps nécessaire pour obtenir un rendez-vous. Pour l'emploi, le fils ou la fille diplômé qui décroche enfin son premier contrat. Et la circulation, cet endroit mystérieux où disparaissent plusieurs heures de vie sans qu'aucune administration ne délivre encore de certificat de décès.
Septembre 2026 aura ainsi transformé le Maroc en salle d'examen avant de l'envoyer au stade. Les élèves auront neuf mois pour rendre leur copie. Les élus, cinq ans. Les clubs, une saison. Et les parents, comme toujours, devront signer en bas. Quant aux supporters, ils auront déjà commencé à demander le changement d'entraîneur. Probablement dès le 25 septembre, si ce n'est déjà fait.