Que s'est-il passé dans la salle des fêtes de Lingwala, une commune dans la périphérie de Kinsasha, dans la nuit du vendredi 4 au samedi 5 courant ? Ou plus exactement, qu'est-ce qui y a provoqué cet incendie dramatique qui fit entre 12 et 22 morts et une trentaine de blessés plus ou moins graves ?
Près de 48 heures après le drame, l'heure est plutôt à la polémique sur le bilan de la catastrophe, notamment le nombre des victimes décédées, hospitalisées ou libérées sous surveillance médicale. Du dilatoire, car la survenue même de l'incendie est déjà inacceptable qui plus est, un jour de fête et pas n'importe quelle fête : celle d'une noce.
Un seul blessé, une seule hospitalisation, un seul macchabée et ce n'est plus une fête de noces mais bien un gâchis des épousailles, de ce jour toujours spécial, désormais inoubliable, non plus à cause de la joie du couple, parents et amis, mais bien à cause de la noire fumée qui a enfumé les convives et précipité la mise en bière des plus malheureux d'entre eux.
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Ce mariage endeuillé, pour s'être terminé dans la cendre du mobilier, de la décoration, des lambris de la salle des fêtes, sans oublier la plus de la dizaine de vies et corps d'invités boucanés, est désormais à inscrire sur le registre des catastrophes qui interrogent, révoltent et donnent des frissons. Au-delà de Kinsasha et de la RDC, les organisateurs de mariages et plus largement de tout événementiel qui amasse foules, ne se feront plus prier pour inspecter plus d'une fois les sites de leurs jamborées. C'est du moins en théorie l'attitude idoine que commande la catastrophe de ce mariage endeuillé à Kinsasha.
Mais de la théorie à la pratique, il y a souvent un fossé que le temps, l'insouciance ou l'incurie des hommes ne comblent pas. A ce propos, cette autre fête cauchemardesque survenue en Suisse pendant le réveillon de la Saint Sylvestre 2025 pendant que des centaines de jeunes s'enivraient de décibels dans un discothèque de Cross Montana est l'illustration la moins lointaine qui s'impose. Le bilan officiel de cet incendie fut de 41 morts et 115 blessés graves. L'enquête indexa l'utilisation de fontaines pyrotechniques fixées à des bouteilles de champagnes dont les jets enflammèrent le plafond de la salle des fêtes de la Constellation, le nom du bar qui avait fait son plein de monde ce jour- là.
Dans la tragédie de Lingwala, l'enquête est à peine ouverte. On souhaite qu'elle soit minutieuse, exhaustive et objective dans la détermination des responsabilités aussi bien au pénal qu'en matière civile. D'ores et déjà, le maire de la dite commune, à la fin d'une première inspection du lieu du sinistre samedi matin, a pointé du doigt une possible défaillance électrique, les difficultés des convives à atteindre l'issue de secours et la panique.
Il a aussi déclaré que les propriétaires de la salle "exerçaient en cachette", laissant la porte ouverte à toutes les conjectures. Le bâtiment a-t-il été érigé illégalement, sans respect des normes exigibles en la matière ? Cette salle de fête en était-elle vraiment une avec les installations spécifiques aux normes : branchements électriques, issus de secours, ventilation ? N'était-elle pas exiguë pour le nombre d'invités présents cette nuit fatidique ?
En attendant les réponses à toutes ces questions, les autorités congolaises prennent ce drame à la mesure du tragique de la situation. Le ministre de l'Intérieur a très vite réagi en ordonnant par arrêté à l'ensemble des gouverneurs de province de procéder immédiatement à des inspections des établissements accueillant des événements publics, de fermer ceux qui n'ont pas les normes sécuritaires requises et de rendre compte dans une quinzaine de jours pour les communes de Kinsasha.
Gardons-nous d'ironisez sur le médecin qui se précipite après la mort du patient ! Cette prompte réaction ministérielle, c'est déjà cela de gagner devant l'hécatombe de ces noces dramatiques qui voient des convives finir enfumés, à l'hôpital, ou mises en bière.
