Maroc: Pauvre SMIG !

À l'approche des échéances électorales, le salaire minimum interprofessionnel garanti retrouve soudain une popularité insoupçonnée. Les deux premiers partis du pays rivalisent de promesses pour en annoncer la revalorisation, chacun s'efforçant d'avancer un chiffre plus retentissant que celui du voisin. Ainsi fonctionne la surenchère électoraliste : quand les idées s'essoufflent, on fait monter les enchères.

Le SMIG devient alors un slogan, presque un accessoire de campagne. On le brandit à la tribune, on le décline en publication sur les réseaux sociaux, on l'utilise pour séduire des millions de salariés dont le pouvoir d'achat a été rongé par l'inflation. Mais derrière les effets d'annonce, où sont les études d'impact ? Où est le calendrier d'application ? Où est le dialogue avec les partenaires sociaux ? Où sont les mesures pensées pour les très petites et moyennes entreprises ? Et surtout, quelle vision économique porte réellement les chiffres jetés dans le débat public ?

Rien, ou presque rien.

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Disons-le sans détour : revaloriser les bas salaires n'est ni un luxe ni une générosité de circonstance. C'est une nécessité sociale et économique. Quand les prix de l'alimentation, du logement, du transport et des services essentiels grimpent, laisser les salaires stagner revient à organiser, dans le silence, l'appauvrissement de ceux qui vivent de leur travail. La question n'est donc pas de savoir s'il faut relever le SMIG, mais de déterminer comment, à quel rythme, et au service de quelle politique globale des revenus, de l'emploi et de la production.

Un gouvernement responsable ne fixe pas un salaire minimum au son des applaudissements électoraux. Il commence par mesurer le coût réel de la vie, l'évolution de la productivité, les capacités des entreprises, les disparités entre secteurs et territoires, ainsi que les conséquences possibles sur l'emploi déclaré. Il trace ensuite une trajectoire claire, négociée, soutenable. Il accompagne les petites structures, combat la fraude sociale et protège les travailleurs contre le contournement de la loi.

Car annoncer une hausse sans stratégie économique peut produire un paradoxe cruel : améliorer le salaire légal sur le papier tout en laissant progresser le travail informel, la sous-déclaration des salaires et la précarité. Un SMIG que la loi promet mais que des milliers de salariés ne touchent jamais reste un droit théorique. Et un droit théorique ne remplit ni le panier de la ménagère ni le réfrigérateur des familles.

La vraie question, la seule qui compte, est celle-ci : veut-on augmenter le revenu réel des travailleurs, ou seulement le rendement électoral des promesses ?

Il y a quelque chose d'assez singulier à voir des partis qui détiennent depuis des années les principaux leviers du gouvernement et de l'économie découvrir, à quelques semaines du scrutin, l'urgence salariale. Pourquoi avoir attendu la fièvre électorale pour s'intéresser à la souffrance des salariés ? Pourquoi n'avoir pas indexé, progressivement, les revenus les plus faibles sur l'évolution du coût de la vie ? Pourquoi n'avoir pas ouvert plus tôt un débat national sérieux sur le partage de la richesse produite ?

On ne gouverne pas à la calculette des intérêts pour ensuite faire campagne le coeur en bandoulière.

La dignité salariale ne tient pas à un seul chiffre. Elle suppose une fiscalité plus juste, une protection sociale effective, des services publics accessibles, un logement abordable, des transports dignes, et une politique déterminée contre les rentes de situation et les marges excessives. Augmenter le SMIG en laissant les prix absorber immédiatement cette hausse serait, pour les salariés, une opération blanche. Pour ceux qui l'annoncent, ce serait une opération politiquement rentable.

Le Maroc a besoin d'un véritable pacte national pour les salaires et le pouvoir d'achat. Ce pacte devrait reposer sur une revalorisation programmée du SMIG, fondée sur des indicateurs transparents ; une convergence progressive entre les différents salaires minimums ; un soutien ciblé aux petites entreprises réellement fragiles ; un contrôle renforcé du respect de la législation sociale ; et une politique économique qui favorise l'investissement productif, l'emploi stable et une répartition plus juste de la richesse.

Voilà ce que serait une proposition sérieuse.

Le salaire minimum est une question trop grave pour être abandonnée à une compétition de chiffres entre appareils électoraux. Il engage la dignité de millions de Marocaines et de Marocains. Il mérite mieux que des promesses improvisées, mieux que des déclarations de circonstance, mieux qu'une bataille de communication entre deux partis qui semblent moins soucieux de défendre les salariés que de se disputer leurs voix.

À force de tirer le SMIG dans tous les sens, on finit par oublier ceux qui vivent avec.

Pauvre SMIG ! Tout le monde promet de l'augmenter. Personne, sérieusement, n'explique comment permettre à ceux qui le perçoivent de vivre dignement.

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