Les citoyens approuvent majoritairement l'enseignement de l'éducation à la sexualité et le maintien des filles enceintes à l'école.
Key findings
- Seule une minorité de Maliens estiment que les filles et les femmes devraient pouvoir décider elles-mêmes si et quand se marier (35%), ainsi que du nombre d'enfants qu'elles souhaitent avoir et du moment où les avoir (27%).
- Plus de la moitié (54%) des Maliens estiment que les contraceptifs devraient être accessibles à tous indépendamment du statut matrimonial, tandis que seuls quatre répondants sur 10 (41%) pensent qu'ils devraient être accessibles sans distinction d'âge.
- La majorité des Maliens sont favorables à l'enseignement de l'éducation sexuelle à l'écoles (61%) et au droit des jeunes filles de poursuivre leurs études lorsqu'elles tombent enceintes ou ont des enfants (78%).
- Un Malien sur quatre (25%) déclarent que des interruptions volontaires de grossesse se pratiquent « souvent » ou « occasionnellement » dans leurs communautés.
- o La majorité des Maliens estiment que l'avortement n'est « jamais justifié » lorsque la grossesse résulte d'un viol ou d'un inceste (59%), lorsque la femme connaît des difficultés économiques et ne peut pas s'occuper d'un enfant (75%) et lorsque la grossesse est non désirée, quelle qu'en soit la raison (73%). En revanche, six répondants sur 10 (59%) considèrent que l'avortement est « parfois justifié » ou « toujours justifié » lorsque la grossesse met en danger la santé ou la vie de la femme enceinte.
Restez informé des derniers gros titres sur WhatsApp | LinkedIn
Les droits sexuels et reproductifs sont l'ensemble des droits permettant à chaque personne d'accéder aux services de santé sexuelle et reproductive, de recevoir une éducation appropriée à la sexualité, de préserver l'intégrité de son corps, de choisir ses partenaires sexuels, de disposer d'une autonomie concernant le mariage avec égalité entre conjoints, de mener une vie sexuelle sûre et satisfaisante, et de choisir librement sa sexualité, son orientation sexuelle et son identité de genre (Starrs et al., 2018).
Cette définition intégrée souligne l'importance de la santé et des droits sexuels et reproductifs pour le développement économique et social, ainsi que leur lien direct avec l'égalité des genres. Dans de nombreux pays, y compris le Mali, l'accès aux services de santé sexuelle et reproductive et le droit de prendre des décisions concernant son propre corps, à l'abri de la stigmatisation, de la discrimination et de toute forme de coercition, ne sont pas un acquis, et ce malgré qu'ils soient garantis de manière égale aux hommes et aux femmes par la loi (Fonds des Nations Unies pour la Population, 2025).
En 2023, le taux d'utilisation des méthodes modernes de contraception ne s'élevait qu'à 22%, avec des disparités régionales marquées (Institut National de la Statistique, 2024). La même année, 49% des femmes n'ont pas été assistées lors de leur accouchement et 14% n'ont effectué aucune visite prénatale, avec des écarts importants entre les milieux ruraux et urbains.
Ces insuffisances dans l'accès aux services de santé reproductive se reflètent également dans les indicateurs de santé maternelle. Le taux de mortalité maternelle, en 2018, était estimé à 325 décès pour 100.000 naissances vivantes, un niveau largement supérieur à la cible fixée par les Nations Unies (UNICEF, 2024).
L'accès aux services de qualité en santé sexuelle et reproductive reste limité en raison de plusieurs facteurs, notamment l'insuffisance des infrastructures socio-sanitaires, la faible couverture sanitaire (76% dans un rayon de 15 km) et le poids des normes socioculturelles pouvant affecter la santé des groupes vulnérables (Direction Nationale de la Santé, 2017 ; Ministère de la Santé et des Affaires Sociales, 2019).
Pour améliorer l'accès et la qualité des services de santé, y compris celles liées à la santé sexuelle et reproductive, le Mali a adopté plusieurs politiques et stratégies (Ministère de la Santé et des Affaires Sociales, 2019). Les premiers documents de Politique, Normes et Procédures en Santé Familiale, élaborés en 1987, ont été révisés à plusieurs reprises pour intégrer progressivement la santé de la reproduction et l'approche genre. Leur dernière mise à jour, réalisée en 2019, a permis d'établir un cadre de référence pour les interventions en santé sexuelle et reproductive.
D'autres mesures ont également été prises, notamment l'intégration de programmes de santé sexuelle et reproductive dans la formation des techniciens supérieurs de santé (KIT Institute, n.d.).
C'est dans ce contexte que cette dépêche analyse les opinions et expériences des Maliens relatives à la santé et aux droits sexuels et reproductifs à partir des données du module spécial introduit dans le Round 10 d'Afrobarometer.
Au Mali, les perceptions sur la santé et les droits sexuels et reproductifs sont contrastées. Seule une minorité de citoyens reconnaissent aux filles et aux femmes le droit de décider elles-mêmes de leur mariage et de leur fécondité. En revanche, une majorité de Maliens se montrent favorables à un accès aux contraceptifs indépendamment du statut matrimonial et soutiennent l'enseignement de l'éducation sexuelle à l'école ainsi que le droit des filles de poursuivre leurs études lorsqu'elles tombent enceintes.
Par ailleurs, un quart des Maliens indiquent que des interruptions volontaires de grossesse (IVG) sont pratiqués dans leur communauté « souvent » ou « occasionnelle-ment ». L'avortement est majoritairement considéré comme justifié lorsque la grossesse met en danger la santé de la femme, mais pas lorsque la grossesse résulte d'un viol ou d'un inceste, pour des raisons économiques ou lorsque la grossesse est non désirée, quelle qu'en soit la raison.
Ousmane Traoré Ousmane Z. Traoré is a permanent researcher at the Research Group in Applied and Theoretical Economics (GREAT).
Fatoumata Binta Sow Fatoumata Binta Sow est assistante de recherche au Groupe de Recherche en Economie Appliquée et Théorique (GREAT).