Kenya: La polémique enfle autour des menaces d'expulsions de commerçants étrangers sans papiers

Au Kenya, les nouvelles directives du gouvernement qui visent à expulser les petits commerçants étrangers sans papiers, continuent de faire polémique. La journée de mardi 8 septembre a été marquée par une avalanche de communiqués et réactions, du monde politique comme de la société civile. Tous s'inquiètent de la montée de la xénophobie et refusent de prendre le chemin de l'Afrique du Sud, où la pression de groupe antimigrants a provoqué le départ de centaines de milliers d'étrangers ces derniers mois. Elles redoutent également des conséquences négatives pour le pays au sein de l'EAC, la Communauté des États d'Afrique de l'Est.

Pour l'opposition kényane, la manoeuvre de William Ruto est claire. Le président se cache derrière son petit doigt, en essayant de blâmer les étrangers pour l'échec de sa politique économique. « Aucun Africain ne devrait devenir un bouc émissaire pour justifier le chômage et la crise du coût de la vie », s'indigne Martha Karua, du Parti pour la Libération du peuple. « Cette politique n'est fondée sur aucune loi », ajoute David Maraga, ancien président de la Cour suprême et candidat à la présidentielle de 2027.

Ahmed Rashi, candidat aux législatives de 2027 à Langa'ta, estime : « Le président Ruto utilise cet argument pour faire monter le nationalisme dans ce pays, pour mettre le chômage des pauvres sur le dos des étrangers. Il n'a pas créé un seul emploi depuis qu'il a pris le pouvoir. »

La Commission nationale kényane des droits de l'homme, s'inquiète également des conditions d'expulsion des étrangers. Elle dénonce une répression « globale » alors que les situations devraient être évaluées au cas par cas, et affirme avoir déjà enregistré des plaintes de réfugiés.

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« Les Burundais, Ougandais, Tanzaniens, apportent plus au Kenya que l'inverse »

Sur les réseaux sociaux et les télévisions kényanes, on ne parlait même que de cela mardi. Odhiambo Ramogi, directeur d'Elim capital, cabinet d'analyse économique, redoute quant à lui, que ces mesures ne fragilisent la position du Kenya au sein de la Communauté des États d'Afrique de l'Est (EAC), qui est aussi une zone de libre-échange et un marché commun. « Le président a été irresponsable, négligent et égoïste. Il faut rassurer l'EAC sur notre engagement. Les Burundais, Ougandais, Tanzaniens, apportent plus au Kenya, que l'inverse. Donc on perdra beaucoup si l'on poursuit dans la direction xénophobe que nous impose le président. » L'Association du droit en Afrique de l'Est, s'inquiète également du respect des traités de la sous-région.

De son côté, le gouvernement kényan persiste et signe. Esther Muthoni Passaris, députée de la majorité à Nairobi. Mardi 8 septembre, la présidence kényane a annoncé accorder 90 jours aux ressortissants étrangers, engagés dans le commerce, pour régulariser leur situation.

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