C'est un exercice qui s'apparentait à une descente dans la fosse aux lions. Hier 8 septembre 2026, le Premier ministre (PM) sénégalais, Al Aminou Mohamed Lô, a en effet prononcé devant l'Assemblée nationale (AN) réunie en séance extraordinaire, son discours de politique générale (DPG), en application de l'article 55 de la Constitution, un peu plus de trois mois après sa nomination, le 25 mai 2026, et la formation de son gouvernement le 1er juin.
On se rappelle qu'il avait remplacé à ce poste Ousmane Sonko, viré par le président Bassirou Diomaye Faye, à l'issue de longs mois de tension entre les deux chefs de l'Exécutif. Depuis, Sonko s'est retranché sur le Perchoir, où il mène une sorte de guérilla politique avec le soutien des 130 députés que compte le PASTEF, sur un total de 165. Une majorité plus que confortable donc qui en fait le premier parti d'opposition.
C'est devant cet Hémicycle que le nouveau chef du gouvernement s'est plié à cet exercice républicain, dans un contexte particulièrement difficile : Politique d'abord, comme on vient de le voir, mais aussi social avec la vie chère qui a amené les Sénégalais à battre le pavé pas plus tard que samedi dernier, pour réclamer des mesures fortes. Economique ensuite, dans la mesure où le Pays de la Téranga traverse une situation singulièrement ardue, née en partie de la fameuse dette cachée que l'ancien régime aurait contractée.
Pour pallier ce problème, le FMI avait d'ailleurs fini par concéder un prêt de 2,2 milliards de dollars, soit environ 1 243 milliards de F CFA annoncé le 1er septembre dernier pour colmater les brèches, et Dieu seul sait si elles sont nombreuses.
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A la tribune de l'AN, le chef du gouvernement n'a d'ailleurs pas utilisé de faux-fuyants, affirmant que le pays est dans une situation d'ajustement structurel, cette horrible expression qui rappelle dans de nombreux pays les périodes d'austérité, voire de diète noire imposée à nos Etats dans les années 80-90 par les institutions de Bretton Woods.
A-t-il vraiment convaincu son auditoire ? On peut bien se poser la question. Le moins que l'on puisse dire c'est que l'exercice s'est déroulé dans une ambiance particulièrement électrique. Les réactions des députés ont oscillé entre des critiques acerbes de l'opposition et les interrogations de la majorité parlementaire, le PASTEF, et sont articulées autour de plusieurs axes majeurs. Il y a notamment des critiques sévères de l'opposition sur le bilan économique, des demandes de clarifications budgétaires et financières...
En réalité, en entrant dans l'Hémicycle, il y a comme l'épée de Damoclès d'une motion de censure qui pendait sur la tête de Al Aminou Mohamed Lô. De nombreux observateurs se demandaient en effet si la majorité parlementaire allait débarquer le PM, même si d'aucuns estimaient que ce n'était vraiment pas nécessaire. Il n'en fut effectivement rien. Une personnalité a même déclaré avant ce grand oral qu'il ne fallait pas tirer sur une ambulance. C'est dire la haute estime que le PASTEF a vis-à-vis du président Bassirou Faye et son équipe.
On notera l'annonce sur la date des élections locales. Ces dernières semaines dans les rangs de l'opposition, on suspectait le pouvoir de vouloir s'embarquer dans un glissement électoral, le temps de permettre au nouveau parti présidentiel, le « Kiiraay-Les patriotes républicains », qui signifie « bouclier » ou « protection », porté sur les fonts baptismaux le 25 juillet de l'année en cours à Dakar, de mieux s'implanter en vue d'aller à la bataille électorale.
Finalement la date du scrutin a été fixée au 17 janvier 2027. Il est vrai que le glissement électoral aurait ouvert un nouveau front dont le président et ses fidèles n'ont certainement pas besoin par ces temps qui courent. Au bout du compte, Al Aminou Mohamed Lô est sorti vivant de la fosse au lions, même si ce n'est qu'un répit accordé à un PM dont la priorité est de relever l'économie sénégalaise en banqueroute.