Le nouveau Président du Bénin, qui a pris fonction officiellement le 24 mai 2026, vient de boucler les premiers jours à la magistrature suprême de son pays, et on peut dire d'ores et déjà qu'il imprime progressivement sa marque à son magistère, si l'on se réfère aux grandes orientations déclinées lors de la cérémonie de son investiture.
Les premiers signaux montrent en effet une option pour la coopération sous-régionale dictée par un contexte d'insécurité grandissant, qui n'épargne pas le Bénin, même si la menace n'est pas si présente que dans les autres pays voisins.
Ses premiers déplacements aussitôt après son investiture furent réservés, d'abord au puissant voisin nigérian pour des raisons économiques évidentes eu égard au poids des échanges entre les deux pays, ensuite ce fut le tour des pays de l'AES, de la Côte d'Ivoire et du Togo.
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Au-delà de l'aspect courtoisie protocolaire, il faut en effet voir dans cette démarche une approche diplomatique singulière à la fois pour lever ou aplanir certains « malentendus » au passif de son prédécesseur, notamment vis-à-vis du Niger, mais aussi pour rassurer les partenaires régionaux. En cela, Romuald Wadagni semble tracer sa voie, pose des actes non sans regarder les dossiers internes brûlants à la fois politiques et économiques.
Il manœuvre sans perdre de vue qu'il doit encore compter sur deux grands partis qui sont ses soutiens et qui doivent lui garantir la stabilité nécessaire pour engager le train de réformes qu'il compte lancer. Il en faudra et il lui faudra aussi une majorité politique pour les porter. A priori le challenge n'est pas trop compliqué, dès lors qu'il jouit de l'appui de l'ancien Président Talon, qui aujourd'hui occupe le perchoir du Sénat nouvellement installé, mais aussi ne comporte pour l'actuel Président aucun risque politique, en ce sens qu'il est frappé par la limite d'âge (Talon aura 75 ans au terme du mandat du président Wadagni). Toutefois, il lui faudra un leadership fort au plan politique pour traverser les 7 ans de mandat qui lui sont ouverts à la tête d'une aussi large coalition présidentielle qui l'a porté au pouvoir et dans laquelle il doit imprimer sa marque.
De ce point de vue, le Président Wadagni est attendu sur des questions cruciales pour son mandat et au-delà. Le premier chantier sera sans doute la réconciliation nationale, car nul n'ignore que le magistère de son prédécesseur a été marqué par des conflits ouverts, d'une part au sein de son propre camp pour une affaire de coup d'État, et d'autre part avec l'opposition dont le dossier emblématique reste la condamnation, dès décembre 2021, de Mme Reckya Madougou, membre du parti « Les Démocrates » et ancienne ministre de la Justice du gouvernement de Yayi Boni, à 20 ans de réclusion et une amende de 50 millions de francs, pour complicité d'actes terroristes, par la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (Criet). Bien qu'antérieur de plusieurs années à la fin du mandat de Talon, ce dossier demeure un point de crispation persistant dans le paysage politique béninois.
Ce chantier de politique intérieure pourrait bien être un point essentiel dans le processus de pacification de l'espace politique. Bref, il pourrait, d'une part, par ce biais tourner la page de la lutte politique sous Talon, dont il a grandement bénéficié, et d'autre part se donner une ouverture plus large pour lui-même et pour sa mouvance. En effet, il ne faut pas oublier que même s'il n'a pas encore déclaré ses ambitions, le Président de l'Assemblée Nationale Me Djogbénou, leader politique de l'Union Progressiste le Renouveau (UPR), pourrait être un potentiel candidat d'ici la fin du septennat, car il remplit parfaitement la condition d'éligibilité de la limite d'âge.
D'ici là, Romuald Wadagni, qui s'est déjà mis sous les couleurs d'un nouveau Bénin plus social et plus intégré au niveau régional, devra tracer sa voie et assurer son leadership. Il sera attendu.