Maroc: Le smartphone fait sa rentrée scolaire - L'élève marocain entre connexion et déconnexion

10 Septembre 2026

Il distrait, filme, bavarde et offre parfois une antisèche de poche. Mais le même smartphone ouvre Massar, donne accès à des ressources pédagogiques et rassure les parents lorsqu'un enfant parcourt plusieurs kilomètres pour rejoindre son école. Entre l'élève urbain submergé de notifications et celui du rural qui cherche une barre de réseau, le téléphone raconte surtout les paradoxes de l'école marocaine à l'heure du numérique.

Il est sans doute le seul élève marocain à ne jamais rater la rentrée. Il dort près du lit, prend le petit déjeuner à côté du cartable, monte dans le bus, le taxi, le transport scolaire ou accompagne à pied son propriétaire jusqu'à l'école. A Casablanca, il voyage parfois en tramway. Dans l'Atlas, il peut parcourir quelques kilomètres dans une poche avant d'apercevoir le premier réseau.

Le smartphone est partout. Et l'école marocaine se retrouve devant une équation que même le professeur de mathématiques aura du mal à résoudre: comment numériser davantage l'enseignement tout en empêchant le numérique de dévorer l'attention de l'élève ?

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Car le téléphone n'est plus seulement le perturbateur que l'on surprend sous la table. Il est aussi dictionnaire, calculatrice, appareil photo, navigateur, accès aux ressources pédagogiques et porte d'entrée vers Massar. Le problème commence lorsque Massar partage le même écran avec TikTok.

Massar devant, WhatsApp derrière

Le Maroc pousse depuis plusieurs années la numérisation de l'enseignement. Plateformes, contenus interactifs, équipements et connectivité entrent progressivement dans le paysage scolaire. Massar permet aux familles et aux élèves de consulter notes, absences, emplois du temps et informations scolaires.

Le smartphone devient donc difficile à traiter comme un corps étranger à l'école. A 8h15, il consulte une information pédagogique. A 8h17, il reçoit un message WhatsApp. A 8h18, TikTok estime que l'avenir intellectuel de son propriétaire exige immédiatement une vidéo de vingt secondes. Entre les trois, l'algorithme ne connaît pas la récréation.

Autrefois, bavarder exigeait au moins un camarade assis à proximité. Aujourd'hui, trente élèves peuvent rester silencieux tout en entretenant une vie sociale remarquablement active sous leurs pupitres. Le chahut est devenu muet.

Un professeur contre quelques milliards de notifications

La concurrence est légèrement déloyale. D'un côté, un enseignant tente d'expliquer une équation, une règle grammaticale ou la photosynthèse. De l'autre, des plateformes mobilisant des armées d'ingénieurs travaillent précisément à empêcher l'utilisateur de détourner les yeux de son écran. Et on demande au professeur de gagner le match avec un tableau et cinquante minutes.

Le téléphone pose aussi des problèmes moins souriants : photos et vidéos prises sans consentement, diffusion sur les réseaux sociaux, cyberharcèlement, triche, circulation d'un sujet d'évaluation et désormais intelligence artificielle (IA) capable de produire une réponse avant même que certains élèves aient fini de lire la question.

L'encadrement pendant le cours est donc indispensable. Mais confisquer le téléphone ne suffira jamais à résoudre le problème numérique. Il attendra la sortie de l'établissement avec la patience d'un fonctionnaire devant son café. Car le véritable enjeu n'est pas d'apprendre aux jeunes à appuyer sur un écran. Ils maîtrisent déjà assez bien cette discipline. C'est de leur apprendre quand ne pas appuyer.

A Casablanca, trop de réseau ; dans le douar, pas assez

Et puis il existe cet autre Maroc scolaire que les débats sur «l'addiction aux écrans» oublient parfois. Dans certaines zones rurales ou montagneuses, la difficulté du matin n'est pas de résister à TikTok. C'est d'arriver à l'école. Des élèves parcourent plusieurs kilomètres à pied ou empruntent un transport scolaire lorsqu'il existe. Là, le smartphone cesse d'être uniquement un concurrent du professeur. Il devient aussi le fil reliant l'enfant à sa famille. « Wach wselti ? » - Tu es arrivé ? -

Quelques mots suffisent. Prévenir que le transport est en retard, annoncer son arrivée, appeler en cas de problème : pour des parents dont l'enfant étudie loin du douar, le téléphone peut être davantage qu'un écran. Il rassure. A condition, naturellement, que le réseau soit d'accord.

Voilà peut-être l'une des plus belles ironies de notre modernité numérique : posséder dans sa poche un appareil capable d'accéder instantanément aux bibliothèques du monde et devoir parfois marcher jusqu'au bon endroit pour envoyer trois mots à sa mère.

Le ministère fait état de plus de 11.800 établissements raccordés à Internet, soit un taux supérieur à 94%. Mais ce chiffre exclut les écoles satellites, précisément celles qui rappellent que la géographie marocaine n'a pas encore été entièrement convertie en Wi-Fi. Entre la fibre d'un quartier urbain et la barre de réseau cherchée sur une hauteur, le smartphone porte le même nom mais ne rend pas le même service.

L'inégalité numérique

L'inégalité numérique ne consiste d'ailleurs plus seulement à être connecté ou non. Il y a celui qui possède smartphone récent, ordinateur, tablette, Wi-Fi familial et forfait généreux. Et celui dont le téléphone contient autant de mémoire que possible, dont le forfait commence le mois avec optimisme et le termine en régime sec.

Dans certaines familles, plusieurs enfants utilisent encore le même appareil. L'école peut envoyer le même contenu à tous. Cela ne signifie pas que tous le recevront dans les mêmes conditions. La technologie réduit certaines distances et en photographie d'autres avec une précision remarquable.

Ni dehors, ni maître des lieux

Déclarer la guerre au smartphone serait donc aussi simpliste que lui remettre les clés de la classe. Sa place doit dépendre de son usage : rangé pendant le cours sauf nécessité pédagogique, neutralisé pendant les évaluations, strictement encadré lorsqu'il s'agit d'images ou d'enregistrements.

Mais surtout, l'école doit enseigner ce qu'aucune application ne télécharge automatiquement : vérifier une information, protéger ses données, respecter l'image d'autrui, reconnaître une manipulation et comprendre qu'une notification n'est pas un ordre de mobilisation générale. Les parents ont également leur part du devoir.

Il serait particulièrement confortable d'exiger du professeur qu'il règle entre 8h30 et 16h un problème que la famille, les réseaux sociaux, les influenceurs, les publicitaires et les algorithmes entretiennent consciencieusement jusqu'à minuit.

Le smartphone n'est finalement ni l'ennemi ni le sauveur de l'école marocaine. Il en est presque le miroir. A Casablanca, il faut parfois apprendre à l'élève à se déconnecter pour étudier. Dans un douar de montagne, il faut encore parfois lui permettre de se connecter pour ne pas être isolé. Entre celui qui cherche à échapper aux notifications et celui qui cherche simplement le réseau, toute la fracture numérique marocaine tient peut-être dans une seule petite barre en haut d'un écran.

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