La rencontre nationale des cadres syndicaux organisée le 6 septembre au Théâtre Mohammed V à Rabat, sous la présidence du Premier secrétaire de l'USFP, Driss Lachguar, a dépassé la seule démonstration de mobilisation. Par la diversité des cadres venus des différentes régions du Royaume, elle a surtout posé une question de fond : comment renouveler l'articulation entre action politique et action syndicale alors que les mutations économiques, sociales et technologiques transforment profondément le travail et les attentes des citoyens ?
Après plus de deux décennies d'expérience partagée entre l'Union socialiste des forces populaires et la Fédération démocratique du travail, l'enjeu n'est plus de démontrer la nécessité du dialogue. Il est de franchir une nouvelle étape : faire de cette relation un partenariat stratégique capable de transformer les réalités vécues par les travailleurs en propositions, puis les propositions en décisions et politiques publiques.
Issu moi-même de l'expérience syndicale, notamment dans le secteur de la santé publique, et ayant contribué au parcours de la FDT, je mesure combien cette articulation est aujourd'hui essentielle. Salaires, pouvoir d'achat, emploi, retraites, protection sociale et services publics ne sont pas des questions périphériques : elles interrogent directement nos choix économiques et notre modèle de développement.
Une histoire commune, deux fonctions, un horizon social
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Depuis la création de la FDT, de nombreux militantes et militants issus de l'USFP ont contribué, aux côtés d'autres acteurs syndicaux, à consolider cette expérience, avec une conviction : il ne peut y avoir de démocratie politique solide sans démocratie sociale, ni de progrès durable sans droits et dignité dans le travail.
Mais l'histoire ne doit pas devenir un argument d'autorité. Elle doit constituer un point d'appui pour construire l'avenir.
La FDT exerce librement sa fonction de représentation, de revendication et de négociation. L'USFP assume sa fonction politique, programmatique, parlementaire et institutionnelle. Il ne s'agit donc ni de confondre les rôles ni de subordonner le syndical au politique, mais d'organiser leur complémentarité autour d'objectifs sociaux partagés.
Du terrain à la décision publique :
C'est là que se trouve le véritable chantier
Le syndicat dispose d'une connaissance directe des réalités professionnelles; le parti dispose des instruments permettant de porter les questions d'intérêt général dans l'espace politique et institutionnel. Le défi consiste à construire une chaîne efficace : du problème constaté au dossier documenté, du dossier à la proposition, et de la proposition à l'initiative politique, législative ou gouvernementale.
Cette démarche devient indispensable face aux nouvelles mutations : numérisation, intelligence artificielle, précarisation de certaines formes d'emploi, formation continue, insertion professionnelle des jeunes, avenir des retraites ou fragilisation des classes moyennes.
Il faut donc dépasser une relation activée principalement lors des grandes échéances pour construire des mécanismes permanents de réflexion, d'expertise et de proposition.
Le 23 septembre : Faire du social un choix démocratique
La rencontre du 6 septembre s'inscrit aussi dans le contexte des élections législatives du 23 septembre 2026. Elle a permis de présenter et de discuter les engagements du programme électoral de l'USFP concernant notamment l'emploi, les salaires, le pouvoir d'achat, les retraites, la protection sociale et les services publics.
Le soutien exprimé par les cadres syndicaux à ces orientations et leur volonté de participer activement au scrutin donnent à cette mobilisation une portée supplémentaire. Car soutenir un programme ne peut signifier signer un chèque en blanc : c'est aussi accepter d'en suivre demain l'exécution et d'en évaluer les résultats.
La participation électorale devient ainsi le premier acte d'une responsabilité qui doit se prolonger après les urnes.
Du national aux territoires : l'épreuve de la concrétisation
C'est probablement sur ce terrain que se jouera la crédibilité de cette nouvelle étape.
Aux niveaux régional, provincial et local, les cadres politiques et syndicaux doivent transformer l'orientation nationale en méthode de travail : identifier quelques priorités sociales par territoire, établir des diagnostics, formuler des propositions précises, organiser le suivi et évaluer les résultats.
Les responsabilités doivent rester clairement définies : au syndicat, l'écoute, l'encadrement, la revendication et la négociation ; au parti, la proposition, le plaidoyer, le contrôle et l'initiative institutionnelle.
La réussite du 6 septembre ne se mesurera donc pas seulement au nombre de participants présents au Théâtre Mohammed V, mais à ce que cette dynamique produira dans les mois et les années à venir.
Le 23 septembre est une étape. Le véritable défi commence après : suivre les engagements, interpeller les élus, porter les attentes des travailleurs et construire des réponses durables.
C'est là, à mon sens, que peut se dessiner une nouvelle ambition commune : faire de l'autonomie du syndical et de la responsabilité du politique non pas deux chemins parallèles, mais deux forces complémentaires au service d'un même horizon : transformer les revendications en droits, les engagements en politiques publiques et la démocratie sociale en progrès concret dans la vie des citoyens.