Du 31 octobre au 13 novembre prochain, le Sénégal accueille les jeux olympiques d'été de la jeunesse (JOJ). Après la coupe du monde de football en 2010, celle du rugby qui l'avait précédée en 1995, c'est une première pour le continent d'accueillir le monde de l'olympisme, fût-il dans sa franche jeune.
2700 jeunes âgés de 14 à 17 ans, athlètes des 5 continents, vont rivaliser de compétition dans une vingtaine de disciplines pendant 14 jours au Sénégal, principalement à Dakar. En vue d'accueillir dignement cet événement mondial, le pays de la Teranga s'y prépare activement depuis 2 bonnes années. A 45 jours de l'ouverture officielle, si les petits plats continuent d'être mis dans les grands pour une fête olympique digne du nom, ce n'est pas évident que le Sénégal soit prêt à donner une ambiance festive aux jeux.
Entre guéguerre politique pour les élections locales annoncées pour janvier 2027, grogne sociale pour cause de vie chère, tension de trésorerie publique pour dérives d'endettement de l'Etat, c'est peu de dire que les populations sénégalaises et même le gouvernement de Bassirou Diomaye Faye n'ont pas le coeur à la fête. Dernier signe annonciateur de ce malaise socio-politique rampant, ce don querellé de 500 millions de FCFA de la part de la Fondation Sénégal solidaire (FSS) pour des achats de billets d'accès aux stades où auront lieu les compétitions.
Générosité mal placée, car "conjoncturellement inopportune", titrions-nous dans notre parution du 8 septembre courant. En effet, pour dédramatiser l'atmosphère de grande polémique qui entoure cette casse de sa tirelire par la FSS, nous chatouillions le marabout virtuel du président Diomaye Faye d'avoir été mal inspiré en ne déconseillant pas son talibé de faire une telle zakat.
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Et pour cause ! Ce n'est pas quand la population crie famine et que l'opposition est vent débout contre le nouvel accord de financement du FMI pour près de 1,5 milliard de dollars US que l'Etat, fortement endetté, va distribuer un demi milliard de FCFA pour permettre à des jeunes défavorisés, justifie-t-on, d'assister à des spectacles olympiques.
La conjoncture socio-politique et économique du Sénégal n'autorise pas cette largesse, même si elle vient de fonds d'une ONG de bienfaisance. Et les conjectures les plus salaces le font savoir à qui de droit. Elles ne sont pas loin d'accuser Diomaye Faye et son Premier ministre Ahmadou Lo de détournement déguisé de fonds publics, car la Fondation Sénégal solidaire, en moins d'un an d'existence, n'a pas les moyens de cette politique de libéralité, encore que l'une des Première Dame est son ambassadrice, ou plus exactement son avocate auprès des mécènes. Mieux ou pis, c'est selon, c'est le président Diomaye Faye lui-même qui a annoncé "la bonne nouvelle" du grand don. De quoi donner des urticaires à ses opposants.
C'est dans cette polémique d'un Sénégal toujours groggy du divorce retentissant entre le père et le fils fondateurs des Patriotes africains du Sénégal pour le travail éthique et la fraternité (PASTEF), le président Diomaye Faye et son ancien mentor et ancien Premier ministre, Ousmane Sonko, qu'arrive la Flamme olympique aujourd'hui à Dakar.
Elle devrait être accueillie par 450 personnalités du monde du sport, de la culture, des arts et de la politique au pied du monument de la Renaissance africaine, construite pour célébrer le passage du continent au 21e siècle. Inauguré en janvier 2000 par le président d'alors, Abdoulaye Wade, c'est tout un symbole que la Flamme olympique qui arrive en Afrique pour la première fois y soit accueillie et célébrée par une foule en liesse, majoritairement jeune, sportive, culturellement et politiquement engagée.
Par ailleurs, cette Flamme vient de Grèce, berceau de la civilisation européenne et plus généralement occidentale, même si à la fin du 20e siècle, outre Pacifique, chez l'Oncle Sam, on stigmatisait "la vieille Europe", appelée à passer le flambeau des Lumières à continents plus dynamiques. Dans cette perspective, des côtes helléniques au golfe de Guinée, ce voyage de la Flamme olympique est aussi un symbole, une vision d'un monde en mutation. La polémique qui entoure son arrivée au Sénégal également. Elle est la traduction d'un continent en marche, et qui de remise en cause à remise en cause, veut inventer par ses jeunes valeureux, de meilleurs horizons d'avenir.
La raison n'est pas qu'Hélène, et l'émotion n'est pas que nègre dans la civilisation universelle en construction. Au demeurant, hasard de calendrier ou pas, la Flamme olympique arrive sur le continent, au lendemain de l'adoption par l'ONU de la résolution qui enjoint d'abandonner la vieille "projection Mercator" pour cartographier les continents au profit de la "projection Equal Earth" qui représente l'Afrique dans ses dimensions réelles, c'est-à-dire territorialement 30 fois plus massive que dans la vision réductrice du colonisateur depuis le 16e siècle. Nagan deff donc à la Flamme olympique, symbole d'une Afrique qui revendique un passage de témoin et son poids réel dans le monde.