Afrique: Démocratie - Une demande en berne sur le continent ?

10 Septembre 2026

Moins de la moitié des citoyens considèrent leur pays comme une démocratie et se disent satisfaits de son fonctionnement.

Key findings

  • Dans le plus récent round d'enquêtes Afrobarometer, menées dans 38 pays en 2024/2025, moins de la moitié des Africains considèrent leur pays comme une démocratie (47%) et se disent satisfaits du fonctionnement de la démocratie dans leur pays (38%).
  • o Ces deux évaluations positives augmentent avec le bien-être économique des citoyens.
  • A travers 28 pays étudiés de manière constante au cours de la dernière décennie, la proportion de ceux qui perçoivent une pleine offre de démocratie (c'est-à-dire ceux qui pensent que leur pays est une démocratie et qui sont satisfaits de son fonctionnement) a augmenté de 3 points de pourcentage depuis 2021/2023, récupérant ainsi la moitié d'une baisse de 6 points enregistrée depuis 2014/2015.
  • Une forte majorité de répondants déclarent préférer la démocratie (64%) et rejettent trois types d'autoritarisme : la dictature (79%), la règle du parti unique (76%) et le pouvoir militaire (65%).
  • Mais les quatre indicateurs de soutien démocratique se sont affaiblis au cours de la dernière décennie, notamment une baisse de 11 points de pourcentage de l'opposition au régime militaire.
  • Seuls 36% des Africains expriment une « pleine demande de démocratie », c'est-à dire qu'ils préfèrent la démocratie à tout autre régime et rejettent les trois alternatives autoritaires. Cette proportion de « démocrates convaincus » varie considérablement d'un pays à l'autre, allant de seulement 8% au Mali à 64% en Zambie.
  • En moyenne, la demande de démocratie a diminué de 10 points de pourcentage au cours de la dernière décennie, avec des baisses allant jusqu'à 37 points au Gabon.
  • Bien que la demande de démocratie dépasse toujours l'offre perçue, l'écart s'est réduit de 11 à 4 points de pourcentage depuis 2014/2015.
  • L'analyse des données révèle que les évaluations de plus en plus négatives de l'action gouvernementale constituent un facteur clé associé au déclin de l'engagement populaire envers la démocratie.

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La démocratie en Afrique a été confrontée à des défis considérables au cours de la dernière décennie. Selon l'Indice Lexical de la Démocratie Electorale (Skaaning, 2021), si la plupart des démocraties étudiées par Afrobarometer il y a une décennie ont maintenu un régime démocratique, plusieurs ont connu un recul démocratique au cours des années suivantes pour devenir des « autocraties multipartites » (Bénin, Nigéria, Côte d'Ivoire, Mozambique, Sierra Leone et Tanzanie) ou des régimes militaires (Burkina Faso, Madagascar et Mali).

Un seul pays a amélioré sa situation : la Zambie, qui a retrouvé le statut de « démocratie électorale » en 2021 (Herre, Rodés-Guirao, & Ortiz-Ospina, 2026a ; France24, 2026). D'après les indices de démocratie libérale de V-Dem (2026), de nombreux autres pays ont enregistré une dégradation de la qualité des compétitions électorales et des libertés politiques durant la même période (Herre, Rodés Guirao, & Ortiz-Ospina, 2026b).

Ces développements soulèvent la question suivante : A quel point les Africains ordinaires ont-ils soif de démocratie ?

Depuis la création d'Afrobarometer, ses enquêtes comportent des séries de questions qui mesurent à quel point les gens souhaitent vivre dans une société démocratiquement gouvernée (ou ce que nous appelons « demande de démocratie ») et dans quelle mesure ils pensent vivre dans une démocratie (ce que nous appelons « offre de démocratie » perçue).

Au cours de la dernière décennie, les enquêtes Afrobarometer ont montré que l'évaluation par les Africains de l'offre démocratique est en retard par rapport à leur demande de démocratie, révélant un écart persistant entre ce que les citoyens veulent et ce qu'ils reçoivent de leurs régimes politiques (Mattes, 2019 ; Afrobarometer, 2023, 2024).

Les résultats de la dernière enquête Afrobarometer suggèrent d'importants ajustements à ce tableau d'ensemble. L'écart entre la demande populaire de démocratie et l'offre perçue de celle-ci se réduit. Cependant, malgré une légère amélioration de la pratique démocratique, les systèmes politiques n'ont pas encore permis de progrès significatifs en la matière. En réalité, cet écart se réduit parce que les citoyens de nombreux pays sont de plus en plus enclins à envisager des formes de gouvernement non démocratiques.

Trois principaux ensembles de facteurs ont contribué à la baisse de la demande globale : une diminution disproportionnée de l'engagement parmi les groupes traditionnellement pro démocratiques, une réduction de la taille de bon nombre de ces mêmes groupes et, peut être le plus important, des évaluations de plus en plus négatives de la performance du gouvernement dans tous les domaines.

Robert Mattes Robert Mattes is a professor of government and public policy at the University of Strathclyde and a co-founder of Afrobarometer.

Suhaylah Peeraullee Suhaylah Peeraullee is the capacity building trainer for Afrobarometer.

Rehan Visser Rehan Visser is an editor at Afrobarometer

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