Maroc: PISA 2025 - Le rapport qui fait mal

10 Septembre 2026

Les résultats publiés par l'OCDE sont sévères : 355 points en mathématiques, 321 en lecture et 358 en sciences. Mais ils racontent davantage qu'un mauvais classement. Le Maroc scolarise plus largement et tente désormais de remettre les fondamentaux au centre de la classe. Reste la question essentielle : que sait réellement faire un élève après des années passées à l'école ?

Le classement fait mal à l'orgueil, les compétences interrogent l'avenir. Mieux vaut donc oublier les places distribuées entre pays, d'autant que le nombre de participants varie selon les indicateurs : être 82e ici ou 86e ailleurs produit une manchette, mais savoir ce qu'un adolescent de 15 ans est capable de lire, comprendre, calculer et raisonner décrit bien mieux un système éducatif.

Le bulletin, lui, ne pardonne rien. Les élèves marocains obtiennent 355 points en mathématiques, 321 en compréhension de l'écrit et 358 en sciences. Depuis 2022, le Maroc y perd respectivement 10, 18 et 7 points. Le recul n'est pas exclusivement marocain, l'OCDE enregistrant elle aussi une baisse en mathématiques et en lecture. Le monde entier semble donc avoir quelques difficultés avec ses devoirs. Cela console peut-être. Mais cela ne corrige pas la copie marocaine.

La réalité derrière les moyennes

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Les scores moyens ne sont d'ailleurs pas les chiffres les plus préoccupants. Seulement 16% des élèves marocains atteignent au moins le niveau 2 en mathématiques, environ 13% en lecture et 23% en sciences. Plus révélateur encore, 73,2 % se situent simultanément sous le niveau minimal dans les trois matières à la fois. Voilà la réalité des réalités.

PISA ne demande pourtant pas à un adolescent de résoudre les équations d'Einstein avant la récréation. L'évaluation mesure sa capacité à utiliser ce qu'il a appris : comprendre un texte, interpréter une information, mobiliser un raisonnement mathématique simple ou expliquer un phénomène scientifique. La question n'est donc plus de savoir ce que l'élève a étudié, mais ce qu'il sait en faire. Et entre les deux, l'école marocaine perd encore beaucoup de monde.

La bonne nouvelle cachée dans le mauvais résultat

Réduire PISA 2025 à un constat d'échec serait pourtant injuste. Les 6.978 élèves de 179 établissements ayant participé à l'enquête représentent environ 535.800 jeunes de 15 ans, soit 87% de cette classe d'âge. Surtout, entre 2018 et 2025, le nombre d'adolescents représentés par PISA a augmenté de plus de 30%, alors que leur population totale est restée relativement stable : davantage de jeunes restent aujourd'hui scolarisés dans le secondaire, notamment parmi ceux issus de populations auparavant moins présentes dans le système, selon le rapport.

Cette massification change la lecture des résultats. Lorsqu'une école accueille plus largement, notamment des élèves confrontés à des conditions d'apprentissage difficiles, sa moyenne peut mécaniquement reculer. L'OCDE souligne d'ailleurs qu'une fois cet élargissement pris en compte, l'évolution marocaine depuis 2018 apparaît moins défavorable que ne le suggèrent les seuls scores bruts. Le Maroc a gagné une bataille, davantage d'enfants restent à l'école. Il découvre maintenant que la suivante est plus difficile : faire entrer davantage l'école dans l'enfant.

Les lacunes voyagent avec le cartable

Le ministère de l'Education nationale ne cherche pas à maquiller l'essentiel. Il reconnaît que la maîtrise des apprentissages fondamentaux reste insuffisante et que les difficultés constatées à 15 ans commencent souvent dès le primaire. C'est probablement le coeur du problème. Un enfant qui lit difficilement à huit ou neuf ans ne dépose pas sa lacune devant la porte du collège, il l'emporte avec lui.

Puis viennent les textes plus longs, les mathématiques plus complexes, les sciences et les langues. Le système a ainsi longtemps laissé voyager les difficultés avec le cartable : le primaire les transmet au collège, le collège au lycée, le lycée à l'université, et celle-ci parfois au marché du travail. C'est ainsi que l'on obtient, quelques années plus tard, cet étrange dialogue national entre des diplômés qui ne trouvent pas d'emploi et des entreprises qui disent ne pas trouver les compétences.

Les établissements pionniers auront leur heure de vérité

La défense du ministère repose précisément sur les fondamentaux : les adolescents évalués en 2025 ont effectué l'essentiel de leur parcours sous l'ancien modèle, sans bénéficier des «établissements pionniers». Les résultats actuels ne peuvent donc pas servir d'évaluation de la Feuille de route 2022-2026, une réforme récente ne pouvant réécrire rétroactivement dix années de scolarité. Le choix effectué mérite néanmoins attention : intervenir dès le primaire, diagnostiquer les lacunes, renforcer la remédiation, replacer lecture, écriture et mathématiques au centre des apprentissages. Pour une fois, on répare les fondations avant de repeindre le dernier étage.

Mais cet argument a une date de péremption. Lorsque les premières cohortes ayant réellement bénéficié du modèle pionnier atteindront l'âge de PISA, le jugement ne portera plus sur le nombre d'établissements généralisés, mais sur ce que les élèves savent réellement faire.

Tout n'est pas à jeter

Les résultats contiennent quelques signaux encourageants. En sciences, domaine principal de PISA 2025, les élèves marocains obtiennent 369 points dans l'évaluation des démarches de recherche scientifique, 374 en modélisation et 369 en programmation. Plus intéressant encore, 16% des élèves marocains issus du quart socio-économique le moins favorisé rejoignent le quart supérieur des performances nationales en sciences, contre 12% en moyenne dans l'OCDE.

La réussite existe donc, y compris là où elle est statistiquement moins probable. La bonne question consiste à comprendre pourquoi certaines écoles, certains enseignants et certains élèves obtiennent de meilleurs résultats, puis à transformer ces réussites en méthode. Une réforme intelligente ne doit pas seulement réparer ce qui échoue, elle doit savoir reproduire ce qui fonctionne.

Après l'accès, l'apprentissage

Le Maroc a investi dans la scolarisation, le préscolaire, les infrastructures, la formation et désormais les établissements pionniers. L'élargissement de l'accès montre que ces efforts ont produit des résultats. Mais PISA rappelle que la prochaine frontière est qualitative. Longtemps, la priorité fut que l'enfant marocain entre à l'école et y reste. Aujourd'hui s'impose une question plus exigeante : qu'en sort-il réellement ?

Un élève peut être inscrit, assidu et progresser administrativement de classe en classe tout en conservant de profondes fragilités en lecture, calcul et raisonnement. La scolarisation est indispensable, elle ne garantit pas à elle seule l'apprentissage. Le Maroc n'a besoin ni d'un procès permanent de son école ni d'un satisfecit prématuré accordé aux réformes en cours. Les progrès d'accès sont réels, les faiblesses d'apprentissage le sont tout autant.

Lire. Comprendre. Raisonner.

PISA 2025 ne condamne pas l'école marocaine. Il lui indique simplement où se trouve désormais son véritable chantier. Derrière les stratégies, les feuilles de route, le numérique et les établissements pionniers demeurent trois vieux verbes, beaucoup moins spectaculaires mais infiniment plus décisifs. Le jour où la grande majorité des élèves marocains les maîtrisera, nous pourrons alors recommencer à nous passionner pour le classement.

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