Le Capitaine Ibrahim Traoré, par ailleurs président en exercice de la confédération des Pays de l'Alliance des États du Sahel (AES), semble avoir aujourd'hui fait de la résilience une doctrine de gouvernance malgré un contexte sécuritaire assez perturbé.
En filigrane, c'est la lecture qu'on pourrait faire de l'attitude du pouvoir à Ouagadougou malgré la crise sécuritaire larvée que connaît le pays et ses voisins de l'AES. En effet, la crise sécuritaire et la menace qu'elle fait peser sur le pays du fait de l'action des troupes djihadistes ne doit pas empêcher le pays de poursuivre ses ambitions pour un développement économique et social. En un mot comme en plusieurs, « il faut vivre avec l'insécurité et l'intégrer dans nos modes de vie » semble être le leitmotiv des autorités burkinabè. On se croirait à l'époque de la Covid-19.
C'est bien cette nouvelle doctrine qui structure les orientations stratégiques du gouvernement burkinabè, qui au finish veut produire un effet domino sur l'ensemble des pays de l'AES. Sans le clamer tout haut, Ibrahim Traoré veut engager les citoyens burkinabè à faire focus sur les urgences du développement du pays, en laissant certes aux militaires le soin de s'occuper de ce qui fait leur cœur de métier.
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De ce côté, il faut reconnaître tout de même que le récit en provenance des différents fronts ne donne aucun gage de sécurité, ni de sérénité aux populations, confrontées au quotidien aux bilans des attaques djihadistes, de plus en plus macabres, à la fois contre l'armée et ses soutiens, d'une part, et les populations civiles d'autre part. Changer le narratif sur le pays semble être la stratégie du pouvoir militaire, et ce faisant il ouvre une perspective économique plus résiliente pour le pays, et qui peut faire rêver.
Quelques exemples illustrent cette nouvelle orientation sous la bannière du souverainisme. C'est d'abord la construction de l'autoroute Ouagadougou-Bobo Dioulasso, longue de 332 km, naguère considérée comme impossible, au regard des moyens immenses que cela requiert, et qui cependant a été lancée en décembre 2025.
Il s'agit de construire cette fois une autoroute de 2 fois quatre voies, sur fonds propres, à hauteur de 200 milliards de FCFA, en lieu et place d'un ancien projet considéré comme « un éléphant blanc » et moins consistant, portant sur la même distance mais sur 2 fois deux voies, chiffré à 1 032 milliards de FCFA avec l'appui des partenaires de l'extérieur.
C'est un des projets stratégiques et prioritaires du régime qui avance à grands pas, et qui, à terme, va offrir un bol d'air pour le Burkina, notamment du point de vue de son positionnement dans les échanges régionaux. Ouagadougou sera directement connecté au sud-ouest, au triangle qui relie Sikasso (au Mali) à Korhogo (en Côte d'Ivoire) et Bobo-Dioulasso (Burkina) à Ouagadougou, situé au centre du pays.
C'est ensuite l'organisation des 1ers Jeux de l'AES, actuellement en cours à Ouagadougou, qui participe aussi de ce changement de narratif, qui voudrait, à côté de la guerre, offrir une fenêtre sur les progrès accomplis, et ce, sous le regard des jeunesses des pays de l'AES séjournant au Pays des hommes intègres.
Pour couronner le tout, le gouvernement vient de réussir, il y a moins d'une semaine, une opération de levée de fonds sur le marché de l'UEMOA, en collaboration avec UMOA-Titres, notamment à travers une émission simultanée de bons (BAT) et d'obligations (OAT) du Trésor pour le financement du budget 2026. Près de 50 milliards ont pu être collectés, ce qui veut dire que le pays jouit encore de la confiance des investisseurs. Il n'y a donc qu'un pas à franchir pour dire que le défi de la résilience est en passe d'être gagné.