Congo-Kinshasa: Dialogue politique - Fatshi persiste et signe pour sa 'Concertation sans les rebelles'

Félix Antoine Tshisekedi, président de la République Démocratique du Congo

Conformément à la loi fondamentale du Congo qui donne pouvoir au président de la République de prendre toutes les mesures nécessaires à la sauvegarde de l'unité et de la cohésion nationale, le président Félix Antoine Tshisekedi, surnommé Fatshi, contraction de ses prénoms et nom, a signé vendredi 11 septembre, l'ordonnance qui crée le comité d'organisation préliminaire du "Dialogue national pour la paix, la cohésion et la restauration de l'Etat".

In fine, cet entre-soi du peuple congolais dans ses diversités régionales, communautaires, politiques, de genres et tranches d'âges, devrait souder les fractures survenues dans la gouvernance du pays.

Objectif noble s'il en est, cet arbre à palabre africain du 21e siècle, ne fait pas l'unanimité. Le contraire aurait étonné, car les avatars de l'histoire du Congo sont un jalonnement de sinuosités souvent dramatiques. Aujourd'hui encore, c'est la croix et la bannière pour trouver un dénominateur commun aux centaines de partis politiques, d'associations ou d'organisation de la société civiles qui ont colonisé le sérail congolais, s'adjugeant le droit de s'exprimer, revendiquer, s'opposer ou gouverner au nom des plus des 117 millions d'habitants que compte le pays. Triste réalité qui procède des insuffisances congénitales de la démocratie multi partisane qui n'a pas fini de mettre la plupart des Etats africains sens dessus dessous.

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On en voudrait pour preuve qu'en RDC, dès le lendemain de la publication de l'ordonnance présidentielle stipulant la création du comité d'organisation du Dialogue national, l'opposition battait le macadam pour rejeter cette initiative "fatshidique". "La Coalition 64", le regroupement de l'opposition politique cornaquée, bridée plus qu'elle n'est coordonnée, éclarée par des vieux briscards de la politique comme Moïse Katumbi, Martin Fayulu, Augustin Matata Ponyo et leurs parrains intra et extra muros, ne veulent pas du format du dialogue national qu'avalise l'ordonnance présidentielle.

Plus qu'un poil à gratter du régime Tshisekedi, cette coalition aux têtes de Cerbère ne jure que par le ôtes-toi du pouvoir que je m'y mette, même s'il faut s'allier ou tout le moins, se montrer bienveillant avec les hordes rebelles qui ont capturé les régions orientales du pays et les dépècent à leur guise.

En effet, en lieu et place des fondements du dialogue national que vient de bétonner le décret présidentiel, Martin Fayulu, Joseph Kabila, et comparses, veulent un "dialogue national inclusif" où les rebelles du M23 et affidés auront voix au chapitre.

On peut comprendre la volonté d'ouverture politique tous azimuts de l'opposition sans lui voir des chances de succès. De fait, comment loups et brebis peuvent-ils s'asseoir dans le même pré pour décider de leur avenir ? L'image est caricaturale à souhait pour mettre en exergue les montagnes de contradictions que le régime de Kabila devrait dynamiter, concasser, broyer pour espérer un nivèlement à un niveau de cohabitation possible entre le régime de Fatshi et les rebelles du M23/AFD. A ce propos, que d'accords, de médiateurs, facilitateurs et autres missi dominici de la SADEC, de l'UA, de l'ONU, sans passer sous silence le Qatar et les Etats-Unis qui ont vu, pas moins que le président Donald Trump lui-même, s'investir en perte de temps et d'argent pour réconcilier le pouvoir et les rebelles congolais.

La politique est l'art du possible, dit-on. Peut-être bien que lassé d'attendre la mise en oeuvre des différents accords dont les plus récents signés à Doha et à Washington, Fatshi et ses partisans de l'Union sacrée pour la nation, s'organisent pour bien tenir les rênes de ce qui reste du pays et de l'Etat congolais.

De fait, la libération par Kinsasha d'une vingtaine de prisonniers du M23/AFD, tout comme le début de démobilisation des troupes d'Interahamwe, ces groupes armés réputés être des Hutus génocidaires par Kigali, n'ont pas produit l'effet escompté. Les rebelles ont poursuivi leurs offensives, et Paul Kagamé a parlé de geste timide. Au même moment, l'opposition non armée demandait à Fatshi de ne pas lorgner un 3e mandat en tripatouillant la Constitution.

En signant le décret de mise en oeuvre du dialogue national selon la vision à lui, le président Félix Tshisekedi joue à rebelle rebelle et demi et également à opposition gâteau, pouvoir gâteau et demi. Fatshi ne veut pas donner des verges à ses contempteurs pour flageller son régime à mort. Le décret présidentiel de vendredi dernier matérialise sa volonté de passage en force. A défaut de la légitimité nationale, il se bat pour garder à flot la légitimité de sa majorité légale. Et c'est une course de fonds, de survie de son régime qu'il engage avec ce dialogue national unilatéral.

En effet, les discussions "des forces vives" commencent dès ce mois de septembre au niveau régional. Les délégués communaux s'y retrouveront pour ausculter le Congo. Des débats des délégués communaux, des recommandations des assises régionales, Fatshi espère une convergence d'idéaux de ses soutiens dans 3 mois sur des questions d'intérêt national comme la modification de la Constitution, sa candidature pour un 3e mandat, la formation d'un gouvernement d'union nationale avec des modérés de la Coalition 64, la mobilisation contre les rebelles prédateurs de la République, etc.

A défaut d'une union sacrée plus large, le régime de Kinsasha balaie devant sa porte, se donne des repères pour contrôler les provinces non occupées, bref, "se bat pour sa chose". Ne rions pas des politiciens de la RDC qui ignorent les contradictions principales des territoires occupés, de l'épidémie d'Ebola non encore maîtrisée, pour se disputer la régence des restes d'un Etat morcelé. Fatshi persiste et signe pour son dialogue national sans les rebelles du M23/AFD et honni qui mal y pense, pourrait-on s'exclamer !

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