Depuis que les partis ont commencé à présenter leurs programmes pour les élections législatives du 23 septembre 2026, une question me préoccupe : que comparons-nous réellement?
Des chiffres? Des promesses? Des slogans? Ou des projets de gouvernement capables de préciser ce qu'ils veulent changer, comment ils comptent le faire, avec quels moyens et dans quels délais?
Pour ma part, je propose une règle simple pour lire tous les programmes, y compris celui de mon propre parti : la promesse antérieure, le bilan, le nouvel engagement, son coût, son financement, son calendrier d'exécution et l'indicateur permettant d'en mesurer le résultat.
C'est avec cette même exigence que je lis les vingt engagements présentés par l'Union Socialiste des Forces Populaires. Un chiffre, à lui seul, ne rend pas un programme crédible. Mais lorsqu'un parti chiffre un engagement et précise les moyens de sa réalisation, il donne aux citoyens un instrument pour l'interroger aujourd'hui et lui demander des comptes demain.
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Personne ne possède l'emploi, la santé ou l'école
L'USFP a été parmi les premiers partis à présenter publiquement son programme. D'autres ont suivi et, en les parcourant, on retrouve souvent les mêmes priorités : emploi, industrie, salaires, santé, enseignement, fiscalité, investissement, protection sociale.
Je ne prétends pas que l'USFP possède ces idées. Personne ne possède l'emploi, la santé, l'école ou la justice sociale. Ce qui peut distinguer un parti, en revanche, c'est la conception qu'il défend, la cohérence de son parcours et la manière dont il transforme ses choix en engagements précis.
La question n'est donc pas de savoir qui a prononcé le premier le mot «emploi». Elle est de savoir : quel emploi, produit par quelle économie, soutenu par quel investissement, financé comment et avec quel résultat attendu ?
C'est là que commence, à mon avis, la véritable comparaison.
La comparaison proposée à Tanger
Cette démarche comparative a justement occupé une place importante dans l'intervention du Premier secrétaire de l'USFP, Driss Lachguar, lors de la récente rencontre régionale de Tanger.
Son argument mérite d'être discuté sur le fond. Il a invité à placer le programme de l'USFP, présenté parmi les premiers, à côté de ceux publiés ensuite et à comparer non seulement les thèmes, mais aussi les engagements, les objectifs chiffrés et les moyens annoncés.
Sa lecture est claire : plusieurs programmes venus après celui de l'USFP reprennent des propositions proches de celles déjà avancées par les socialistes, parfois en modifiant leur présentation, le nombre d'engagements ou certains pourcentages. Il a notamment pris l'exemple du chômage : lorsque l'USFP fixe l'objectif sous les 8%, un autre programme affiche 7%. Il a également rappelé que plusieurs revendications aujourd'hui reprises dans les programmes concurrents avaient été défendues par l'USFP durant la législature, notamment à l'occasion des débats sur les Lois de finances.
Je trouve cette comparaison politiquement intéressante, mais je veux la pousser plus loin. Car démontrer qu'une proposition ressemble à une autre ne suffit pas. La vraie question est de savoir si l'on a changé la politique proposée ou simplement le chiffre.
Quand le chiffre remplace la solution
Prenons précisément le chômage.
Si l'USFP fixe comme objectif de le ramener sous les 8%, il ne suffit pas qu'un autre programme annonce 7% ou 6% pour devenir automatiquement plus ambitieux.
Je peux écrire 5%. Quelqu'un d'autre peut écrire 4%. Cela ne crée pas un seul emploi.
Chaque point gagné suppose de l'investissement, de la production, des entreprises, des compétences, des débouchés et du financement. Le chiffre peut changer ; l'obligation d'expliquer comment l'atteindre demeure.
Dans l'industrie, l'USFP fixe notamment l'objectif de créer 250.000 emplois industriels et d'augmenter les exportations industrielles de 40%, avec un effort dirigé vers des secteurs stratégiques comme l'agroalimentaire, le médicament et les énergies renouvelables.
Pour l'emploi, le programme vise un chômage inférieur à 8% et inférieur à 10% chez les jeunes, tout en proposant de conditionner les aides et avantages fiscaux à la création effective d'emplois. Pour le pouvoir d'achat, il fixe comme objectifs une hausse de 20% du salaire moyen et une amélioration de 15% du revenu net des salariés.
Je ne cite pas ces chiffres pour demander qu'on les accepte sans discussion. Je les cite précisément pour qu'ils soient discutés. Et si nous gouvernons demain, ils devront nous être opposés.
Je revendique pour mon parti la même sévérité que celle que j'applique aujourd'hui à ceux qui gouvernent.
Le vrai désaccord commence derrière les pourcentages
A mon avis, la différence fondamentale entre les programmes apparaît lorsqu'on pose une question beaucoup plus simple : à quoi doit servir l'économie ?
Je ne partage pas une conception dans laquelle la santé, l'école, l'université ou la protection sociale deviennent essentiellement des charges à contenir.
Dans une vision social-démocrate, investir dans un médecin, un enseignant, un chercheur, un étudiant ou une formation professionnelle, c'est aussi investir dans la productivité, l'emploi et la cohésion du pays.
C'est pourquoi le programme de l'USFP fixe notamment l'objectif de porter le nombre de prestataires de soins à 4,5 pour 1.000 habitants et de réduire de 50% les délais d'attente. Pour l'université, il vise notamment une réduction de 40% de la surcharge dans les filières à accès ouvert, un effort de recherche scientifique porté à 2% du PIB et la création de dix pôles universitaires consacrés aux métiers d'avenir.
Mais là encore, je refuse que le débat s'arrête aux chiffres.
Combien cela coûtera-t-il? D'où viendra l'argent? Quel calendrier? Quelle administration sera responsable de l'exécution? Quel indicateur permettra au citoyen de constater que l'engagement a été tenu?
Ces questions doivent être posées aux autres. Elles doivent aussi nous être posées.
Avant la promesse de 2026, le bilan de 2021
C'est ici que les partis de la majorité ont une responsabilité particulière.
Je ne leur demande pas de renoncer à proposer de nouvelles politiques. Je leur demande quelque chose de plus élémentaire : mettre en regard ce qu'ils avaient promis en 2021, ce qu'ils ont effectivement réalisé jusqu'en 2026 et ce qu'ils promettent aujourd'hui.
Sur l'emploi, annoncer de nouveau des centaines de milliers de postes ne suffit pas. Je veux connaître le bilan : combien d'emplois ont été créés? Combien ont disparu? Dans quels secteurs? Quels objectifs annoncés en 2021 ont été atteints? Lesquels ne l'ont pas été ? Et pourquoi?
Un parti qui a dirigé un secteur pendant cinq ans et promet aujourd'hui de le réformer doit pouvoir expliquer ce qu'il a fait lorsqu'il disposait du pouvoir de décision, du budget et de la majorité.
Les Marocains ne doivent pas être invités à remettre leur mémoire politique à zéro au début de chaque campagne électorale.
Nous aussi, nous devrons rendre des comptes.
Cette règle doit naturellement s'appliquer à l'USFP.
Si les Marocaines et les Marocains nous accordent leur confiance, ils devront pouvoir nous demander demain : où sont les 250.000 emplois industriels annoncés? Le chômage est-il effectivement passé sous les 8%? Qu'est devenue la hausse de 20% du salaire moyen? Le revenu net des salariés s'est-il amélioré comme annoncé? Les délais d'attente dans les structures de santé ont-ils réellement diminué de moitié?
Et ils devront pouvoir poser une autre question, tout aussi importante : avec quels moyens avez-vous financé vos engagements et avez-vous respecté le calendrier annoncé ?
C'est cette conception de la politique que je défends : s'engager, financer, exécuter, mesurer et rendre compte.
Le 23 septembre, ne choisissez pas simplement le plus grand chiffre
Je souhaite donc que, devant les programmes de 2026, chaque électrice et chaque électeur fasse un exercice simple.
Placez les programmes côte à côte. Puis placez à côté le bilan de ceux qui ont gouverné.
Demandez à chacun : qu'aviez-vous promis? Qu'avez-vous réalisé? Que proposez-vous aujourd'hui? Qu'est-ce qui distingue réellement votre proposition de celle des autres? Combien coûtera-t-elle? Comment la financerez-vous? Dans quel délai? Et sur quel résultat accepterez-vous d'être jugé?
C'est sur cette base que je défends les vingt engagements de l'Union Socialiste des Forces Populaires.
Et c'est sur cette même base que je demande aux Marocaines et aux Marocains, le 23 septembre 2026, de voter pour la Rose.
Pas pour signer un chèque en blanc. Pas parce qu'un chiffre est plus spectaculaire qu'un autre.
Mais pour confier une responsabilité sur la base de vingt engagements précis, avec une règle que j'assume dès aujourd'hui : si nous demandons votre confiance pour les réaliser, nous devons aussi vous reconnaître le droit de nous demander des comptes sur chacun d'eux.
Car, au fond, une élection ne devrait pas être un concours où gagne celui qui promet le pourcentage le plus élevé ou le chiffre le plus séduisant. La crédibilité d'un programme se mesure au chemin démontré entre la promesse et le résultat -- et au courage politique d'accepter d'avance d'être jugé sur ce résultat.