L'Union socialiste des forces populaires a articulé son programme électoral autour de vingt engagements pour le développement équitable. Libération poursuit sa lecture, engagement par engagement. Nouvel arrêt : la santé.
Le titre retenu par le parti ne laisse guère de place à l'ambiguïté, «La santé est un droit, pas une chance», et il tranche, dès la formule, avec des années de politique sanitaire où l'accès aux soins a trop souvent dépendu du code postal, du carnet d'adresses ou du compte en banque.
Pour l'USFP, l'État social ne se réduit pas à un système d'aides distribuées au compte-gouttes. C'est un projet de société qui garantit la dignité humaine et assure, à chaque citoyenne et à chaque citoyen, sans discrimination ni exclusion, le droit à la santé et à la protection sociale. Le parti en fait un pilier constitutionnel autant qu'un engagement politique, ce qui change la nature de la promesse : il ne s'agit plus d'annoncer des moyens supplémentaires, mais de rebâtir une architecture entière, cohérente du financement jusqu'au dernier centre de santé rural.
Une architecture en six volets
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Le programme détaille cette ambition en six engagements précis, qui vont de la généralisation effective de la couverture sociale jusqu'à une nouvelle gouvernance hospitalière, en passant par l'accès aux soins, la maîtrise de leur coût, l'investissement dans le capital humain et la santé numérique. La logique d'ensemble tient en une phrase : la couverture sanitaire ne vaut que si elle se traduit par un soin réellement reçu, et non par une simple inscription administrative. C'est un rappel implicite, mais net, des limites de la généralisation engagée ces dernières années, où l'extension du droit sur le papier n'a pas toujours suivi sur le terrain, faute de médecins, de lits ou de rendez-vous disponibles.
Le programme fixe ainsi un ratio de 4,5 professionnels de santé pour 1 000 habitants, loin des standards actuels du pays, et une réduction de moitié des délais d'attente pour les consultations, les examens et les interventions chirurgicales. Deux chiffres qui se répondent : on ne raccourcit pas une file d'attente sans augmenter, en amont, le nombre de mains disponibles pour soigner. D'où l'engagement de doubler le nombre de diplômés des instituts de formation des métiers de la santé, publics et privés, et d'achever la construction de l'ensemble des centres hospitaliers universitaires encore en chantier, pour que l'offre de soins de pointe cesse d'être concentrée sur quelques grandes villes.
Protéger le pouvoir d'achat, pas seulement la santé
Le programme sort la question sanitaire du seul registre médical pour la reconnecter à la vie quotidienne des familles. L'USFP propose de réviser la politique du médicament pour faire reculer le prix des molécules essentielles et encourager le recours aux génériques, d'élargir la liste des soins couverts par l'assurance maladie, et de ramener sous la barre des 20 % la part des dépenses de santé restant directement à la charge des ménages.
À cela s'ajoute un renforcement du contrôle sur les tarifs pratiqués dans le secteur privé, assorti d'une volonté assumée de limiter le recours à ce secteur là où le service public peut, et doit, suffire. C'est une manière de dire que la santé n'est pas seulement une affaire de médecine, mais aussi de justice fiscale et sociale : une famille qui renonce à un traitement faute de moyens n'est pas un cas isolé, c'est un échec de système.
Le numérique comme outil de justice
Le programme consacre une place notable à la modernisation technologique du secteur, avec un dossier médical numérique unifié, reliant l'ensemble des établissements publics et privés, et une carte de santé intelligente permettant d'identifier immédiatement les droits de chaque assuré. L'USFP y associe l'adoption du tiers payant, qui dispenserait le patient d'avancer la totalité des frais avant remboursement, les caisses réglant directement leur part aux établissements.
Loin d'être un habillage technologique, ces outils répondent à une préoccupation constante du parti dans l'ensemble de son programme : simplifier la vie du citoyen face à l'administration, et transformer des droits théoriques en démarches réellement accessibles. La télémédecine, présentée comme un levier au service des zones enclavées, s'inscrit dans la même logique de justice territoriale que l'on retrouve dans les autres engagements du programme.
Une gouvernance qui se juge sur ses résultats
Le dernier volet porte sur la gouvernance elle-même. L'USFP propose d'évaluer les établissements de santé sur des indicateurs de qualité et de satisfaction des citoyens, d'accorder aux hôpitaux publics davantage d'autonomie de gestion en échange d'une contractualisation sur les résultats, et d'associer les professionnels de santé et les associations de patients à l'élaboration des politiques sanitaires. On retrouve ici la même philosophie que dans l'engagement consacré à l'industrie: la puissance publique n'accorde des marges de manoeuvre qu'en échange d'obligations vérifiables. Un hôpital autonome reste un hôpital public, mais un hôpital comptable de ses résultats devant les citoyens qu'il soigne.
En associant dans un même engagement la dignité du patient, la protection du pouvoir d'achat des familles et la modernisation de l'outil sanitaire, l'USFP dessine une conception de la santé qui dépasse la seule question budgétaire. Elle en fait un test grandeur nature de ce que le parti entend par développement équitable : non pas un supplément d'âme ajouté à la croissance, mais sa condition même.