Ile Maurice: Daren Tang - «Chaque génération a sa propre IA. Mais la culture demeure»

14 Septembre 2026

Une visite au pas de course du 10 au 11 septembre dernier. Celle de Daren Tang, directeur général de l'Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI). Un séjour dans le cadre du 50e anniversaire de l'adhésion de Maurice à l'OMPI en 1976. Maurice est signataire de sept conventions/traités qui couvrent des secteurs variés dans la finance, le commerce, le design mais aussi les arts et la culture, notamment la protection des droits d'auteurs. Le ministère des Arts et de la culture héberge l'un des deux bureaux de la propriété intellectuelle. L'autre, l'«Industrial Property Office» se trouve au ministère des Affaires étrangères.

Point fort. En 2025, Maurice s'est classé en tête de l'Indice mondial de l'innovation de l'OMPI en Afrique. Le pays est 53e au niveau mondial. Si les questions de propriété intellectuelle ne sont pas nouvelles, «l'accent a largement été mis sur le cadre juridique destiné aux experts, aux avocats d'affaires. Nous devons aller au-delà». Invitation de Daren Tang, directeur général de l'OMPI, lors de sa visite officielle du 10 au 11 septembre dernier. Il a non seulement rencontré les autorités dans les secteurs financiers, commerciaux et manufacturiers, mais aussi des responsables de corps paraétatiques relevant du ministère des Arts et de la culture.

«Aller au-delà de la propriété intellectuelle considérée comme pertinente uniquement pour les robots, l'industrie et les brevets, et reconnaître que la propriété intellectuelle concerne aussi les histoires, la culture, le patrimoine, la musique et les arts.» C'est une «vision différente» de la propriété intellectuelle que Daren Tang a mis en avant. Tout en reconnaissant qu'il s'agit d'un arsenal légal et que «le droit d'auteur est très technique, mais ce n'est que le fondement».

Pour le directeur général de l'OMPI, il s'agit de saisir les opportunités de l'économie créative. Et grâce au «système de propriété intellectuelle, faire connaître l'histoire, la culture, the Mauritian way of looking at the world».

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En termes concrets, la Mauritius Society of Authors (MASA) a entamé le processus d'intégration du système WIPO Connect, logiciel pour la gestion collective des droits d'auteurs. Un système gratuit qui permet la collecte et la distribution des redevances de manière transparente et efficace, et, «aide à atténuer ce que nous constatons parfois au sein des organisations de gestion collective : les plaintes concernant la distribution». Daren Tang précise que WIPO Connect a déjà été adopté par environ 80 organisations de gestion collective en Afrique et dans les Caraïbes. «Au cours des cinq dernières années, nous avons contribué à distribuer 100 millions de dollars américains de redevances à des créateurs en Afrique et dans les Caraïbes, dans certains pays pour la toute première fois», a-t-il souligné.

Autre infrastructure mise en place par l'OMPI : la plateforme en ligne gratuite Creators Learn Intellectual Property (CLIP). Elle sert à démystifier le droit d'auteur et l'industrie musicale. Une plateforme - sous forme d'application et de site Internet - développée avec des musiciens célèbres. «Mon principal partenaire dans ce projet est Björn du groupe ABBA. Nous n'essayons pas de former les musiciens à devenir des avocats spécialisés en propriété intellectuelle. Mais nous voulons nous assurer que les musiciens en savent suffisamment sur le droit d'auteur et sur l'écosystème numérique pour que les oeuvres mises à disposition sur YouTube, Spotify et d'autres plateformes, portent toutes les inscriptions appropriées.» Daren Tangd'annoncer que cette année, CLIP ira au-delà de la musique pour inclure des modules sur les arts visuels.

Parmi les sujets évoqués avec le ministère des Arts et de la culture : le numérique et l'impact de l'IA. «Nous devons actualiser la manière dont nous mesurons l'économie créative. Ce qui permettra de définir des politiques plus ciblées, pour soutenir le développement de l'économie créative.»

Sans détour, Daren Tang a livré son opinion personnelle. «Je ne pense pas que l'IA soit réellement créative. Quoi qu'il en soit, il est important que nous ne donnions pas à l'IA une capacité d'action spirituelle. Le système de propriété intellectuelle et la technologie sont là pour servir le créateur humain.» Le directeur général de l'OMPI a alors parlé du prochain rendez-vous : le Forum mondial sur la propriété intellectuelle et l'IA qui se tiendra les 9 et 10 novembre, «où le monde se réunira pour discuter de la manière dont l'IA va changer non seulement le droit d'auteur, mais également les brevets et les marques, ainsi que la manière dont nous innovons». Rassurant, il a conclu : «Chaque génération a sa propre IA. Pour ma génération, c'était le commerce électronique et Internet. Mais la culture demeure.»

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