Maroc: Pensions, santé, utilité sociale - Comment l'USFP veut réinventer la retraite au pays

16 Septembre 2026

Dans son programme électoral, l'Union socialiste des forces populaires consacre l'un de ses vingt engagements aux retraités, avec une conviction qui tient lieu de principe directeur : ceux qui ont donné leurs années de travail à la nation ne sortent pas du cycle du développement le jour où ils cessent de cotiser. Le parti en tire une conséquence directe, le droit à une vie digne, à un revenu décent et à des services de santé qui respectent cette dignité, plutôt qu'une prise en charge au compte-gouttes une fois la carrière achevée.

Le programme ittihadi pose d'emblée le cadre théorique de sa réforme : justice, soutenabilité, solidarité entre générations. Trois mots qui, mis bout à bout, tranchent avec la manière dont la question des retraites est généralement traitée au Maroc, tantôt comme un problème comptable à colmater dans l'urgence, tantôt comme un totem qu'on préfère ne pas toucher avant chaque élection. L'USFP choisit d'assumer les deux bouts du problème à la fois, les droits des retraités d'aujourd'hui et la viabilité du système pour les actifs de demain.

Une pension qui suit le coût de la vie, pas l'inverse

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Premier engagement concret, la revalorisation de 25 % de la pension minimale, avec un mécanisme de révision périodique indexé sur l'évolution du coût de la vie et le taux d'inflation. Le programme y ajoute la correction progressive des pensions les plus faibles, celles qui restent en deçà du minimum social, l'amélioration des pensions de veuves et d'ayants droit, et la création d'un mécanisme d'indemnisation complémentaire pour les retraités à revenu limité. Le pouvoir d'achat de l'ensemble des retraités, sans exception, figure explicitement comme un objectif à protéger à 100 %, une manière d'écarter d'emblée toute réforme qui se ferait, comme souvent, aux dépens des pensions les plus modestes.

Réduire les écarts sans nier les droits acquis

Le deuxième volet du programme s'attaque à un sujet plus sensible, la réforme structurelle des régimes de retraite eux-mêmes. L'USFP promet une réduction de 30 % des écarts entre pensions, par l'unification progressive des principes fondamentaux des différents régimes, tout en préservant les droits déjà acquis par les affiliés. Le texte insiste sur la méthode autant que sur l'objectif, une réforme nationale globale fondée sur le dialogue avec les partenaires sociaux et économiques, une gouvernance plus transparente des caisses de retraite, et un observatoire national chargé de suivre les équilibres financiers et démographiques du système. On retrouve ici la même grammaire que dans les autres engagements de ce programme, aucune réforme sensible sans instance de suivi capable d'en rendre compte publiquement.

La santé, un droit qui ne s'arrête pas à la retraite

Le troisième axe traduit en actes l'idée que vieillir dignement suppose un accès aux soins qui ne se réduit pas à l'attente. Généralisation de l'accès aux soins spécialisés en gériatrie dans les hôpitaux publics, création de centres de proximité offrant des services sanitaires, sociaux, psychologiques et de loisirs, développement de l'aide à domicile pour les personnes en perte d'autonomie, et surtout accès prioritaire de 100 % des retraités à un ensemble de services administratifs et sanitaires publics.

Le programme complète ce dispositif par l'élargissement de la couverture sociale à l'ensemble des retraités sans exception, un renforcement de la prise en charge des maladies chroniques et des traitements coûteux, et la création d'une carte nationale unifiée du retraité, pensée pour simplifier l'accès aux services publics plutôt que d'ajouter une démarche de plus à un âge où les démarches pèsent double.

Vieillir actif, pas vieillir invisible

Le programme refuse enfin de réduire les retraités à des bénéficiaires passifs de prestations sociales. Une stratégie nationale pour un vieillissement actif est annoncée, avec l'encouragement du bénévolat et du transfert d'expérience vers les générations montantes, le soutien à l'apprentissage tout au long de la vie, à la culture, au sport, et l'aménagement des espaces publics et des transports pour les rendre réellement accessibles. C'est une manière de reconnaître aux retraités une utilité sociale qui ne s'arrête pas à la dernière fiche de paie, et de sortir la politique de la vieillesse d'une logique purement assistancielle.

Le pacte plutôt que la facture

Le dernier volet assume la dimension la plus délicate du dossier, celle du financement dans la durée. L'USFP inscrit la solidarité intergénérationnelle comme fondement même de la réforme, renforce le lien entre croissance économique et financement de la protection sociale, intègre les mutations démographiques dans une planification de long terme, et encourage l'épargne retraite complémentaire dans un cadre juridique protecteur. Un rapport annuel public sur la situation des retraités, le niveau des pensions et la soutenabilité des régimes viendrait clore ce dispositif, retrouvant la même exigence de transparence chiffrée que l'on retrouve, engagement après engagement, dans l'ensemble du programme.

En reliant dans un même engagement la revalorisation des pensions, la réforme structurelle du système, l'accès aux soins, la participation sociale des aînés et la solidarité entre générations, l'USFP refuse de traiter la retraite comme une simple ligne budgétaire. Elle en fait un test de ce que le développement équitable doit à ceux qui l'ont, des décennies durant, rendu possible.

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