Maroc: L'USFP dégaine son plan d'urgence pour l'autonomie et l'émancipation des Marocaines

16 Septembre 2026

Dans son programme électoral, l'Union socialiste des forces populaires consacre l'un de ses vingt engagements à l'autonomisation économique des femmes, avec un postulat qui structure l'ensemble du texte : il ne peut y avoir d'égalité réelle entre femmes et hommes sans indépendance économique de la femme.

Le parti va plus loin que le registre des principes. La hausse de la participation féminine à l'activité économique n'y est pas présentée comme une simple exigence constitutionnelle, mais comme un levier de croissance, de productivité, de consolidation de la classe moyenne et de recul de la pauvreté. Une manière de dire que l'égalité femmes-hommes n'est pas un supplément moral ajouté à la politique économique, elle en fait partie intégrante.

Le diagnostic implicite de cet engagement se lit dans son objectif chiffré : porter à 30 % le taux d'activité économique des femmes à l'horizon 2030. Un chiffre qui, à lui seul, dit la faiblesse actuelle de la participation féminine au marché du travail marocain, l'une des plus basses de la région, et qui explique pourquoi le parti a choisi d'y consacrer un engagement entier plutôt qu'un paragraphe dans un chapitre plus général.

Doubler la participation, sans se contenter de l'emploi précaire

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Le programme détaille un plan national d'insertion des femmes dans l'industrie, le numérique, l'agriculture et les services modernes, assorti d'incitations pour les entreprises qui augmentent l'emploi féminin, en particulier aux postes qualifiés et de responsabilité. Il y ajoute une mesure d'ordre pratique trop souvent négligée dans ce type de programme, la généralisation des crèches et espaces de garde d'enfants au sein des administrations et des grandes entreprises. C'est reconnaître, sans le dire frontalement, qu'une partie du chômage féminin ne tient pas à un manque de qualification, mais à l'absence de solutions concrètes pour concilier vie professionnelle et vie familiale. Des programmes de formation et de reconversion complètent le dispositif, destinés autant aux femmes en recherche d'un premier emploi qu'à celles qui tentent de réintégrer le marché du travail après une interruption de carrière.

Faire des femmes des dirigeantes, pas seulement des salariées

Le deuxième volet du programme s'attaque à l'entrepreneuriat féminin, avec l'ambition affichée de doubler le nombre d'entreprises dirigées par des femmes. L'USFP propose un fonds national dédié au financement de ces projets, une réserve de marchés publics accordée aux entreprises féminines selon des critères de transparence, des incubateurs et centres d'accompagnement dans l'ensemble des régions, et un accès facilité au financement bancaire et aux garanties. Le programme ittihadi n'oublie pas le monde rural, avec un soutien spécifique aux coopératives féminines et leur mise en réseau avec les chaînes de production et de commercialisation, nationales comme internationales. Une manière d'éviter que l'autonomisation économique des femmes reste un phénomène urbain, réservé à celles qui ont déjà accès au capital et aux réseaux.

Le principe du salaire égal, enfin doté de mécanismes de contrôle

Le troisième engagement s'attaque à une revendication ancienne, l'égalité de salaire pour un travail de valeur égale, dans le secteur public comme dans le privé. Ce qui change ici, ce sont les instruments prévus pour la faire respecter : obligation pour les grandes entreprises de publier des rapports périodiques sur les écarts salariaux, renforcement du rôle de l'inspection du travail, révision de la législation pour éliminer les discriminations professionnelles, et incitations pour les entreprises qui réalisent effectivement cette égalité, y compris dans les promotions. Un principe qui, sans mécanisme de vérification, restait jusqu'ici largement déclaratif.

Des femmes dans les postes où se prennent les décisions

Le quatrième volet vise la représentation des femmes aux postes de responsabilité, dans l'administration publique, les institutions, les entreprises publiques comme privées. Le programme prévoit des objectifs nationaux chiffrés, l'encouragement des politiques de parité dans les directions d'entreprises privées, des programmes de formation au leadership féminin dans l'administration, l'économie, la politique et l'innovation, et un soutien à la présence des femmes dans les conseils d'administration. L'approche genre, précise le texte du programme, doit irriguer l'ensemble des politiques publiques, et non demeurer un chapitre à part.

Un environnement de travail sans violence ni discrimination

Le cinquième engagement rappelle que l'autonomisation économique ne peut se construire dans un environnement qui expose les femmes à la violence ou à la discrimination. Renforcement de l'application des lois existantes, création de cellules d'écoute et d'accompagnement juridique et psychologique dans les établissements publics, les universités et les lieux de travail, mécanismes de signalement et de protection accélérés, campagnes nationales de sensibilisation, intégration de l'éducation à l'égalité dans les programmes scolaires. C'est le prérequis silencieux de tous les engagements précédents, une femme ne peut devenir entrepreneuse ou cadre dirigeante dans un cadre professionnel qui tolère les violences qu'elle est censée fuir.

Faire de la parité un indicateur budgétaire, pas un voeu pieux

Le dernier volet du programme institutionnalise cette ambition en l'inscrivant dans les outils mêmes de gestion publique : approche genre intégrée à l'élaboration du budget général de l'État, mesure de l'impact économique de la participation des femmes comme indicateur de développement national, conditionnement d'une partie des programmes de soutien public à la réalisation d'objectifs d'égalité, renforcement de la coopération entre État, secteur privé et société civile, et publication d'un rapport annuel sur les écarts salariaux et la représentativité des femmes aux postes de décision. On retrouve ici la même exigence de transparence chiffrée que dans les autres engagements du programme ittihadi, ce qui ne se mesure pas ne s'améliore pas.

En reliant dans un même engagement l'emploi, l'entrepreneuriat, l'égalité salariale, l'accès aux responsabilités et la protection contre la violence, l'USFP refuse de traiter la question des femmes comme un chapitre isolé de son programme. Le parti en fait un test de cohérence pour l'ensemble du projet de développement équitable, une économie qui ne mobilise que la moitié de ses forces vives ne peut prétendre à une croissance pleinement partagée.

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