Maroc: Driss Lachguar siffle la fin de la récréation technocratique

17 Septembre 2026

Sur le plateau de l'émission Ttariq ila Al Barlaman (AL3omk), le Premier secrétaire de l'USFP a privilégié la rigueur analytique à la simple séduction politique. Chiffres à l'appui et dossiers maîtrisés, il a tracé une ligne de démarcation nette : celle séparant les formations adeptes des effets d'annonce d'un parti ancré dans une méthode de gouvernance éprouvée.

Le constat sévère d'une majorité fracturée

Abordant le bilan de la majorité sortante, le ton se fait d'emblée plus incisif. Pour Driss Lachguar, les dissensions qui minent l'actuelle coalition ne sont nullement fortuites. Il souligne que la direction du gouvernement a délibérément sacrifié un allié naturel au profit de son exact opposé, voyant dans la crise actuelle l'aboutissement inéluctable de ce choix initial.

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Si la création de richesse à l'échelle nationale est un fait indéniable, le Premier secrétaire pointe du doigt l'échec cuisant de sa redistribution : cette manne reste concentrée, peinant à irriguer les régions et les classes populaires. Il résume cette contradiction par une saillie percutante : « Comment un gouvernement proposant, dans ses propres dispositifs de soutien à l'emploi, des postes rémunérés en deçà du salaire minimum légal, ose-t-il se targuer de protéger socialement ses citoyens ? »

Une vision structurée autour de l'équité

Face à ce constat, le programme de l'USFP décline vingt engagements fondés sur l'équité de développement, structurés autour de deux piliers majeurs.

  • L'équité territoriale avant l'égalité arithmétique : Le premier pilier exige une réorientation des fonds publics vers les territoires les plus vulnérables. L'USFP propose d'allouer 60 % des investissements publics au développement et à la création d'emplois, avec un quota de 30 % des nouveaux projets industriels strictement réservé aux régions défavorisées.
  • L'exigence de la contrepartie : Le second pilier instaure une règle de réciprocité stricte. Aucune subvention publique ne sera accordée sans une contrepartie dûment vérifiée en matière de création d'emplois, un mécanisme sécurisé par des déclarations sur l'honneur et assorti de sanctions dissuasives en cas d'infraction.

Interrogé sur la singularité de ce projet, Driss Lachguar rappelle que l'USFP a été pionnier dans l'élaboration d'un programme global, chiffré et arrimé à des objectifs macroéconomiques précis, fuyant ainsi le saupoudrage des promesses sectorielles. Avec une pointe d'ironie, il observe certains adversaires s'approprier aujourd'hui l'exigence d'une croissance à 6 % ou reprendre à leur compte des amendements historiques de l'USFP -- tels que le SMIG à 5 000 dirhams ou les déductions fiscales liées à la scolarité --, des mesures qu'ils s'étaient pourtant appliqués à rejeter systématiquement au sein de la commission des finances ces dernières années.

Mise au point sur les crises passées

Revenant sur le prétendu blocage institutionnel de 2016, le dirigeant socialiste balaie les accusations. Selon lui, la responsabilité incombait entièrement à un chef de gouvernement incapable d'assumer son mandat constitutionnel, préférant l'agitation sur les réseaux sociaux au dialogue politique constructif. Face aux anciennes piques de ses adversaires l'accusant de chercher la complaisance du pouvoir, sa réponse se veut sobre et tranchante : il n'a fait qu'honorer, avec une loyauté et une constance sans faille, le mandat confié par les instances de son parti.

Les lignes rouges du futur exécutif

Quant à l'architecture d'un futur gouvernement, la doctrine de l'USFP est sans équivoque : aucun profil purement technocratique ne saurait intégrer ses rangs sans une affiliation partisane et un engagement politique avéré. S'il se dit prêt au compromis pour l'intérêt national, Driss Lachguar fixe une ligne rouge claire : il refusera de cautionner toute logique d'hégémonie institutionnelle. Si de telles dérives devaient se confirmer au lendemain des élections, il exclut toute alliance avec les formations concernées. Concernant le scrutin du 23 septembre, il livre un pronostic prudent mais confiant, assurant que son parti figurera dans le peloton de tête.

La pérennité de l'USFP

Enfin, face aux rumeurs de déclin, le Premier secrétaire ravive la mémoire d'une formation historique. Évoquant le lourd tribut payé durant les années de plomb, il rappelle que l'USFP a toujours fait le choix courageux du réformisme démocratique de l'intérieur, une trajectoire ayant culminé avec le gouvernement d'alternance de 1998. Aux dissidences nées au fil des ans, qui prétendent aujourd'hui incarner la véritable relève, il lance un défi cinglant : présenter leur propre bilan après des décennies d'existence et prouver leur ancrage réel dans le mouvement social. L'USFP, quant à lui, maintient sa forte présence dans le tissu syndical et professionnel du pays, gardant ses portes ouvertes à toutes les forces de progrès.

L'entretien s'achève sans fioritures, à l'image d'un homme résolument tourné vers l'action de terrain. Le verdict est désormais entre les mains des électeurs.

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