Ancien basketteur professionnel reconverti dans la sécurité privée aux États-Unis, Cissé Mamadi ambitionne de mettre ses 25 années d'expérience au service de son pays la Côte d'Ivoire. Entre transport sécurisé, formation et innovations autour des guichets automatiques, il dévoile sa vision d'un secteur plus professionnel et mieux structuré.
En quelle année décidez-vous de quitter la Côte d'Ivoire pour les Etats-Unis et pour quoi faire ?
Je me suis rendu aux États-Unis en 2001 en tant que basketteur professionnel. Là-bas, je me suis progressivement orienté vers la sécurité privée. J'ai suivi une formation de sept mois qui m'a permis d'obtenir une licence, puis j'ai travaillé pendant environ trois ans dans des sociétés de sécurité. Par la suite, j'ai intégré une entreprise spécialisée dans le transport de fonds et la gestion des guichets automatiques. J'y ai travaillé pendant une dizaine d'années comme technicien en charge de l'approvisionnement, du retrait et de la sécurisation des fonds. Cette expérience m'a donné une solide base dans la protection des valeurs. En 2015, j'ai décidé de créer ma propre boite de sécurité privée aux États-Unis, Omc Security patrol, Inc basée à Houston, dans l'Etat du Texas. J'ai aussi mis en place une académie de formation, Omc Security academy, Llc où j'enseigne les métiers de ce secteur. Nous dispensons des formations poussées, entre autres dans le maniement des armes, les techniques de défense, la protection rapprochée.
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Justement, quel regard portez-vous sur le secteur de la sécurité privée en Côte d'Ivoire ?
Ce secteur se développe assez vite, mais il y a encore beaucoup d'aspects à améliorer. Je constate un certain laisser-aller, notamment au niveau des vigiles. La tenue, l'attitude, le professionnalisme ne sont pas toujours au rendez-vous. Un agent de sécurité doit inspirer le respect. Or, on a parfois l'impression d'avoir affaire à un service banal, dont on peut se passer. Il y a aussi le problème de la formation. Beaucoup ne maîtrisent pas les bases, notamment les aspects juridiques. Pourtant, comprendre la loi est essentiel pour éviter des situations conflictuelles. J'ai aussi constaté que le secteur du transport, notamment les Vtc, est en plein développement en Côte d'Ivoire, mais a besoin d'une meilleure structuration.
Vous dites vouloir mettre votre expérience au service de votre pays la Côte d'Ivoire. Comment comptez-vous procéder ?
Avec un partenaire sur place, nous avons envisagé de mettre en place un service inspiré du modèle américain : des véhicules de qualité, un personnel bien formé, présentable et capable d'assurer à la fois le transport et la sécurité. L'idée est d'accompagner des hommes d'affaires, des personnalités ou des participants à des événements, depuis leur arrivée jusqu'à leur destination, en garantissant leur sécurité. Par ailleurs, je souhaite apporter mon expertise dans la gestion des guichets automatiques, notamment en matière de sécurisation et d'approvisionnement. Il y a également la question des conditions de travail et de la rémunération. Mais par-dessus tout, la structuration de la formation à laquelle nous voulons apporter une solution à travers grâce à une académie que nous comptons mettre en place.
Concrètement, que projetez-vous de mettre en place ?
Nous travaillons à la création d'une société qui va combiner transport et sécurité et d'une académie qui sera, elle, chargée de la formation et du partage d'expérience. Nous avons commencé à acquérir des véhicules. L'objectif est de cibler une clientèle exigeante : hommes d'affaires, autorités, participants à des conférences. Les agents seront formés par moi-même, mais aussi en collaboration avec des structures locales, notamment des personnes issues du milieu militaire. Il s'agira de proposer un service complet : transporter et protéger en même temps. Les équipes seront habillées de manière professionnelle, avec une formation solide, afin d'assurer une présence dissuasive et efficace sur le terrain.
Mais ces services existent déjà en Côte d'Ivoire...
Tout à fait. Il existe déjà des initiatives, mais je pense qu'on peut aller plus loin en termes de professionnalisme. Mon objectif n'est pas de prendre le marché, mais d'apporter une valeur ajoutée à travers une académie. Comme on dit aux États-Unis, c'est un "give back". Je viens partager mon expérience et contribuer à améliorer ce qui existe déjà, et non remplacer. Nous en sommes encore à la phase d'exploration. Il s'agit de comprendre le marché, construire un réseau, s'adapter aux réalités locales.
Quelles innovations comptez-vous apporter au service des guichets automatiques ?
Il y a une évolution dans les habitudes de paiement en Côte d'Ivoire, avec une utilisation de plus en plus accrue des cartes bancaires. Mais il subsiste des difficultés, notamment pour obtenir de la monnaie. Nous réfléchissons à mettre en place des guichets automatiques capables de délivrer de petites coupures. C'est quelque chose qui existe ailleurs et qui pourrait faciliter la vie quotidienne ici. Ces dispositifs seraient sécurisés par notre société, en partenariat avec des établissements comme les hôtels ou les entreprises.
Sur quels aspects votre académie va-t-elle accentuer son intervention ?
Pour moi, le service et la formation vont ensemble. On ne peut pas proposer un service de qualité sans former correctement les agents. Je prévois d'organiser des formations gratuites pour certains jeunes, afin de leur donner des bases solides. J'ai une expérience de plusieurs années dans le maniement des armes et les techniques de tir, que je peux transmettre dans un cadre structuré et sécurisé. L'objectif est de former des professionnels capables d'agir efficacement et avec responsabilité.
Est-ce une façon pour vous de servir votre pays ?
Oui, totalement. Je ne m'inscris pas dans une démarche purement financière. Je viens échanger, partager, et voir ce que je peux apporter à mon pays. Avec l'expérience acquise à l'étranger, je pense pouvoir contribuer, à mon niveau, à améliorer le secteur de la sécurité privée en Côte d'Ivoire, tout en proposant des solutions adaptées aux réalités locales.
Un mot sur votre attachement à la Côte d'Ivoire ?
Je suis né et ai grandi à Treichville. J'y ai encore de la famille. Je fais régulièrement la navette entre les États-Unis et la Côte d'Ivoire. Mon objectif, à termes, est de revenir m'installer à Abidjan et servir mon pays.