Congo-Kinshasa: Le pavé et la Constitution !

La rue kinoise a de nouveau parlé, mais sa voix a été étouffée dans les volutes âcres des gaz lacrymogènes. Ce mardi 15 septembre 2026, la capitale de la République démocratique du Congo est redevenue le théâtre d'une polarisation politique prévisible et délétère. Organisée par la Coalition Article 64 (C64), qui réunit les principales figures de l'opposition, cette marche avait un objectif limpide : ériger un rempart populaire contre tout projet de révision ou de changement constitutionnel.

Derrière le rejet technique d'une nouvelle loi référendaire se dessine le spectre, brandi par les manifestants, d'un troisième mandat pour le président Félix Tshisekedi. Pourtant, la journée avait débuté sous les auspices d'un dialogue républicain inédit. Un compromis sur l'itinéraire avait été arraché entre l'Hôtel de ville et les organisateurs, laissant espérer une maturité démocratique où le droit de manifester serait enfin garanti et encadré. Des cortèges s'étaient ainsi ébranlés depuis l'échangeur de Limete et le rond-point Moulaert, portant haut les bannières de la contestation.

Mais l'illusion d'une expression pacifique a rapidement volé en éclats. L'apparition de miliciens pro-régime, notamment de la Force du progrès, a agi comme un détonateur. Les échauffourées qui ont suivi, suivies d'une dispersion brutale par les forces de l'ordre, interrogent gravement sur la sincérité de l'encadrement étatique. Comment tolérer que des civils armés de bâtons et de machettes puissent ainsi dicter leur loi aux côtés d'une police censée protéger tous les citoyens ? Le bilan provisoire, qui fait état de blessés et d'un mort dans les rangs de l'opposition, vient cruellement alourdir le passif démocratique du pays.

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Cet échec ne doit pas être minimisé. Il intervient le jour même de la rentrée parlementaire, exacerbant le contraste saisissant entre le velours feutré des institutions et le bitume ensanglanté de la Funa ou de la Lukunga. En réprimant ou en laissant saboter cette manifestation, le pouvoir en place prend le risque d'un enfermement autoritaire. La Constitution de 2006, fruit d'un compromis historique pour stabiliser la nation, ne saurait être modifiée dans un climat de coercition et de suspicion généralisée. Gouverner, c'est aussi accepter le droit à la contradiction. L'opposition a démontré sa capacité de mobilisation, mais elle se heurte à un mur de béton institutionnel et milicien.

Si le dialogue national est aujourd'hui contesté, c'est précisément parce que les actes de la rue contredisent les discours lénifiants des salons politiques. Pour éviter que Kinshasa ne bascule à nouveau dans le cycle infernal du chaos politique, il est urgent que le régime clarifie ses intentions institutionnelles. Le respect scrupuleux des règles du jeu démocratique n'est pas une concession faite à l'adversaire, c'est le prix de la paix civile en République démocratique du Congo.

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