Au coeur de la campagne électorale en vue des élections législatives prévues le 23 septembre 2026, l'USFP revient au premier plan du débat politique, fort d'un capital historique s'étendant sur plusieurs décennies de présence dans la vie politique marocaine, et d'une ambition affichée de retrouver une position de choix sur l'échiquier partisan.
Revenant sur le parcours du parti, ses transformations et ses ambitions électorales, le Premier secrétaire de l'USFP, Driss Lachguar, affirme que le parti vit, selon ses propres termes, un «nouvel essor», après de longues périodes de fragmentation, de scissions et de conflits internes qui, d'après lui, n'ont pas réussi à mettre fin à sa présence politique et organisationnelle.
Lors de son passage à l'émission « Sada intikhabat » (écho des élections) sur Medi1TV, Driss Lachguar est revenu sur le parcours électoral du parti, depuis sa victoire aux élections de 1997 avec 57 sièges, puis sa première place en 2002 avec 50 sièges, avant une baisse de ses résultats lors des échéances suivantes, avec 20 sièges en 2016, puis une remontée à 34 sièges en 2021.
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Cette dernière échéance a marqué le passage du parti dans les rangs de l'opposition après sa participation au gouvernement de Saad Dine El Otmani. Lachguar inscrit ces évolutions dans un parcours politique et organisationnel plus large, marqué par des divisions, le départ de plusieurs dirigeants et la création de nouvelles formations politiques, considérant que ces épisodes, aussi difficiles soient-ils, n'ont pas conduit à la disparition du parti ni à le vider de sa substance politique et organisationnelle.
Le dirigeant socialiste met en avant la continuité de la présence ittihadie au sein de la société, tant au niveau territorial que professionnel, affirmant que le parti ne se trouve plus dans l'état de faiblesse et d'essoufflement qu'il aurait pu connaître à certaines périodes. Il souligne l'implantation des structures de l'USFP dans les différentes provinces ainsi que la présence de ses militants dans nombre d'organisations professionnelles, syndicales et de la société civile. Selon lui, la force d'un parti ne se mesure pas uniquement au nombre de sièges parlementaires obtenus lors d'une échéance électorale donnée, mais également à son implantation organisationnelle et à la continuité de sa présence dans la société.
Le Premier secrétaire de l'USFP relie cette présence à l'expérience accumulée par le parti au sein du gouvernement comme dans l'opposition. Il évoque notamment le gouvernement d'Alternance et les différents chantiers qui l'ont accompagné en matière de libertés publiques, de droits humains et de réformes juridiques, ainsi que l'expérience de l'Instance équité et réconciliation et l'évolution de plusieurs textes et lois.
Il reconnaît toutefois que cette expérience n'a pas pu, selon lui, répondre à toutes les attentes sociales, notamment dans les domaines de l'emploi et de l'éducation, et que le parti a politiquement «payé le prix» de sa participation au gouvernement, les différents efforts déployés n'ayant pas, affirme-t-il, suffisamment influé sur son image auprès de l'opinion publique.
C'est dans cette perspective que Driss Lachguar situe les élections de 2026 dans un contexte différent, affirmant que l'USFP ne les aborde pas dans le seul objectif de préserver sa présence parlementaire, mais avec l'ambition de porter un projet politique et social susceptible de lui permettre d'accéder aux responsabilités.
Dans ce cadre, l'USFP présente un programme électoral placé sous le signe du « développement équitable », articulé autour de 20 engagements et fondé sur l'édification d'un Etat démocratique efficace, d'une économie productive et d'une société garantissant la dignité et l'égalité des chances.
Evoquant le paysage politique, Driss Lachguar refuse de réduire les choix électoraux à ce qu'il appelle une «polarisation artificielle», estimant que l'électeur marocain dispose de plusieurs choix et que ce sont les résultats du scrutin qui détermineront les rapports de force ainsi que les possibilités de formation d'une majorité. Il souligne également que tous les canaux politiques demeurent ouverts après l'annonce des résultats et que la question des alliances ne saurait être tranchée à l'avance, indépendamment de la configuration qui sortira des urnes.
Dans le même temps, il affirme clairement que l'ambition de l'USFP est de progresser dans le classement des formations politiques et de retrouver la position de parti chargé de diriger le gouvernement.
Le dirigeant ittihadi accorde également une place importante à la question de l'opposition parlementaire, en défendant le bilan du Groupe socialiste à la Chambre des représentants, notamment en matière d'initiatives de contrôle et de propositions législatives. Il évoque à cet égard l'initiative du dépôt d'une motion de censure. Il critique également ce qu'il considère comme une transformation du débat politique en affrontements personnels entre certains acteurs politiques, appelant, à l'inverse, les partis à s'affronter sur les programmes, les idées et les solutions proposées aux citoyens.
Sur le volet social, Driss Lachguar critique le bilan du gouvernement sortant, particulièrement en ce qui concerne le pouvoir d'achat et la hausse des prix. Il ne nie pas l'existence de mesures financières et sociales prises par le gouvernement, mais considère que l'augmentation du coût de la vie en a limité l'impact sur les citoyens. Il affirme, par ailleurs, que le différend avec le gouvernement ne porte pas sur la création de richesses en elle-même, mais sur leur répartition, ainsi que sur ce qu'il considère comme des dysfonctionnements liés à la corruption, aux conflits d'intérêts et à l'enrichissement illicite. Il inscrit ces questions dans la conception sociale défendue par le parti dans son programme électoral.
Le renouvellement des élites occupe également une place importante dans le discours du Premier secrétaire de l'USFP. En effet, Driss Lachguar insiste sur la présence des jeunes dans les listes du parti, évoquant la candidature de jeunes dont certains ont moins de 25 ans, ainsi que la présence de candidats âgés de 22 ans parmi les têtes de listes. Il met également en avant la présence des femmes, affirmant que le parti a adopté une forme de discrimination positive en leur faveur, tant au niveau des listes régionales que des circonscriptions locales.
Sur la question de l'unité de la gauche, le Premier secrétaire de l'USFP considère que le débat dépasse la simple addition organisationnelle de partis : il renvoie à l'existence de projets politiques clairs et de références idéologiques définies.
Il réitère, à cet égard, la formule qui résume sa conception de l'identité du parti : « Nous sommes la gauche, nous l'étions, nous le sommes toujours et nous le resterons ».
Entre évocation du passé et projection vers l'avenir, Driss Lachguar tente ainsi de dessiner le portrait d'un parti qui, selon lui, a dépassé la phase des divisions et des conflits internes et aborde les élections actuelles avec une structure organisationnelle renouvelée, de nouvelles élites et un programme politique et social clairement défini. Il lie toutefois la réussite de cette nouvelle étape à ce que révéleront les urnes, soulignant que le critère de cet «essor» ne réside pas simplement dans l'obtention de sièges parlementaires ou de postes gouvernementaux, mais dans le retour en force de l'USFP sur la scène politique.