Afrique: Les Africains de l'Ouest et du Centre sont favorables à l'autonomie des femmes et à l'éducation sexuelle, mais sont divisés sur l'accès à la contraception et l'avortement

16 Septembre 2026

Des majorités des citoyens estiment que les femmes devraient pouvoir prendre leurs propres decisions concernant le mariage et la procréation.

Key findings

  • En moyenne à travers 18 pays d'Afrique de l'Ouest et Centrale, plus de sept répondants sur 10 (72%) estiment que les filles et les femmes devraient pouvoir décider elles-mêmes si et quand se marier.
  • o Une majorité plus faible (53%) de répondants estiment qu'elles devraient pouvoir décider du nombre d'enfants qu'elles souhaitent avoir et du moment où elles les auront.
  • o Le soutien à l'autonomie des femmes dans les décisions relatives au mariage est majoritaire dans tous les pays étudiés à l'exception du Mali (35%). Il atteint près de neuf personnes sur 10 à São Tomé et Príncipe (88%), au Cabo Verde (88%) et au Togo (86%).
  • o Le soutien à l'autonomie des femmes en matière de mariage et de procréation est plus répandu parmi les femmes, les citadins, les personnes aisées, les personnes plus instruites et les jeunes que parmi leurs homologues respectifs.
  • Les trois quarts (76%) des Africains de l'Ouest et du Centre - y compris la majorité dans chacun des 18 pays étudiés - approuvent l'enseignement de l'éducation sexuelle à l'école.
  • Une majorité encore plus importante (83%) - dont au moins sept répondants sur 10 dans tous les pays sondés - affirment que les filles qui tombent enceintes ou ont des enfants devraient être autorisées à poursuivre leur scolarité.
  • Les avis divergent quant aux personnes qui devraient avoir accès à la contraception. Une légère majorité (54%) des contraception devrait être accessible à toute personne sexuellement active quel que soit son statut marital, tandis que la moitié d'entre eux (50%) sont favorables à un accès à la contraception sans distinction d'âge.
  • o Les opinions sur l'accès à la contraception varient considérablement d'un pays à l'autre, allant d'un soutien massif au Cabo Verde à une opposition massive en Gambie.
  • o L'accès aux contraceptifs indépendamment de la situation matrimoniale et de l'âge recueille un plus grand soutien auprès des femmes, des citoyens plus instruits et plus riches, des citadins et des jeunes que parmi leurs homologues.
  • Une majorité (63%) des Africains de l'Ouest et du Centre affirment que l'avortement peut « parfois » ou « toujours » être justifié si la santé ou la vie de la femme est en danger.
  • o La moitié (50%) des répondants disent la même chose pour les grossesses résultant d'un viol ou d'un inceste, tandis que 46% ne sont pas d'accord.
  • o Une forte majorité des répondants affirment que l'interruption volontaire de grossesse n'est « jamais justifiée » dans les cas où la femme est économiquement incapable de s'occuper d'un enfant (62%) ou lorsqu'elle ne souhaite pas la grossesse pour quelque raison que ce soit (65%).
  • Comparativement aux chrétiens et aux citoyens d'une autre confession ou sans confession, les musulmans sont systématiquement moins enclins à soutenir l'autonomie des femmes, l'éducation sexuelle, le maintien des filles enceintes à l'école et l'accès sans entrave aux contraceptifs, et moins enclins à considérer l'avortement comme justifié.

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L'Afrique de l'Ouest et l'Afrique Centrale sont confrontées à d'importants défis en matière de santé et de droits sexuels et reproductifs (SDSR). La région se caractérise à la fois par une fécondité élevée et un besoin non satisfait en matière de contraception moderne, ce qui contribue à faire de l'Afrique subsaharienne la région du monde affichant le taux de grossesses non désirées le plus élevé. Parallèlement, des lois restrictives sur l'avortement et des obstacles à l'accès aux services de santé reproductive limitent la capacité des femmes et des filles à faire des choix éclairés concernant leur vie sexuelle et reproductive (Guttmacher Institute, 2022 ; Bankole, Remez, Owolabi, Philbin, & Williams, 2020).

Ces défis sont façonnés par des contextes sociaux, économiques, politiques et religieux très variables d'un pays à l'autre. Dans certaines régions du Sahel, les mariages précoces, la préférence pour les familles nombreuses, l'accès limité des filles à l'éducation, la pauvreté, l'insécurité, les déplacements de population et le faible accès aux services de santé constituent autant d'obstacles à l'autonomie reproductive.

Les crises humanitaires accentuent la pression sur des systèmes de santé déjà sous tension. Dans les neuf pays du Partenariat de Ouagadougou, par exemple, on estimait à 17 millions le nombre de personnes qui auraient besoin d'une aide humanitaire en 2024, dont 4,25 millions de femmes et de filles en âge de procréer (Women's Refugee Commission, 2024).

Pourtant, la situation régionale n'est pas marquée par la stagnation. Le Partenariat de Ouagadougou, créé en 2011 pour accélérer l'accès à la planification familiale en Afrique de l'Ouest francophone, a permis à plus de 4 millions d'utilisatrices de contraceptifs modernes d'accéder à ces services entre 2011 et 2021 et aurait permis d'éviter près de 18,9 millions de grossesses non désirées et 63.740 décès maternels (Women's Refugee Commission, 2024).

La région a également connu une coordination politique accrue autour de la santé sexuelle et reproductive des adolescents. En 2023, les ministres de l'éducation et de la santé de 25 pays ont approuvé l'engagement de l'Afrique de l'Ouest et Centrale pour des adolescents et des jeunes éduqués, en bonne santé et épanouis, qui appelle à un meilleur accès à une éducation sexuelle complète et à des services de santé sexuelle et reproductive adaptés aux jeunes (UNESCO, 2023).

Cependant, la mise en oeuvre concrète des engagements politiques s'est avérée inégale. L'éducation à la sexualité s'est heurtée à des résistances politiques et religieuses dans certains pays ; son intégration n'a parfois été que partielle. L'expérience du Mali illustre la sensibilité du sujet : Les efforts déployés pour étendre l'éducation à la sexualité ont rencontré une forte opposition en 2018, contribuant à la décision du gouvernement de retirer un manuel scolaire d'éducation à la sexualité (Cone & Lamarche, 2021).

Cependant, les chefs religieux et communautaires ne constituent pas toujours des obstacles à la santé reproductive et sexuelle. Une étude menée par Nigerian Urban Reproductive Health Initiative, par exemple, a révélé que l'exposition aux messages de planification familiale diffusés par les chefs religieux était associée à une utilisation accrue de la contraception moderne, ce qui suggère que les chefs religieux peuvent jouer un rôle important dans la promotion de normes sociales positives en matière de planification familiale (Adedini et al., 2018).

Les dernières enquêtes Afrobarometer, menées entre janvier 2024 et septembre 2025 dans 38 pays africains, incluaient un module spécial sur la santé sexuelle et reproductive, explorant les opinions des citoyens sur l'autonomie corporelle des femmes, l'accès à la contraception, l'éducation sexuelle, la poursuite de la scolarité des filles enceintes et des jeunes mères, et l'avortement.

Une analyse des résultats provenant de 18 pays d'Afrique de l'Ouest et Centrale1 montre un large soutien au droit des femmes de décider du moment de leur mariage et de leur maternité, à l'éducation sexuelle à l'école et à la poursuite des études des jeunes filles enceintes et des jeunes mères. En revanche, les opinions sont plus partagées sur l'accès à la contraception et sur l'avortement.

Le soutien aux principes de santé sexuelle et reproductive varie considérablement d'un pays à l'autre, mais il est systématiquement plus fort chez les populations urbaines, plus aisées, plus instruites, plus jeunes et chrétiennes que chez leurs homologues ruraux, plus pauvres, moins instruits, plus âgés et musulmans.

Maame Akua Amoah Twum Maame Akua is the communications manager at Afrobarometer

Komi Amewunou Komi Amewunou is an editor at Afrobarometer.

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