Cote d'Ivoire: Deuil/Littérature - Tanella Boni, une grande plume s'est éteinte

19 Septembre 2026

La nouvelle de la disparition du professeur Tanella Boni a été annoncée par la Grande Chancellerie de Côte d'Ivoire, dans une note d'information datée du 18 septembre 2026. Ses obsèques sont prévues le 22 septembre à Toulouse, dans l'intimité familiale.

Née en 1954 à Abidjan, Tanella Boni aura marqué de son empreinte l'université, la philosophie et la littérature. Professeur titulaire de philosophie à l'Université Félix Houphouët-Boigny de Cocody, elle a notamment dirigé le Département de philosophie et exercé les fonctions de vice-doyenne de l'Ufr Lettres, Arts et Sciences humaines. Elle a également présidé l'Association des écrivains de Côte d'Ivoire (Aeci) de 1991 à 1997.

Chez elle, philosophie et littérature ont très tôt été liées. Dès la classe de troisième, alors que les jeunes filles de son âge se laissaient porter par les romans sentimentaux, elle avait déjà lu intégralement « La République » de Platon. C'est donc par la philosophie que cette future grande plume a fait son entrée en littérature.

Suivez-nous sur WhatsApp | LinkedIn pour les derniers titres

Cette formation philosophique a profondément marqué son écriture. Sa plume, d'une grande élégance, porte la trace d'une réflexion fine sur l'homme, le monde et la société. Chez Tanella Boni, il ne s'agissait pas seulement de trouver le mot juste ou de produire de belles formules, mais de faire naître et de nourrir une pensée.

Cette exigence intellectuelle ne l'a pourtant jamais enfermée dans une littérature réservée aux initiés. Aux côtés de ses ouvrages de philosophie, de poésie, de fiction et d'essais, elle a consacré plusieurs livres à la jeunesse. Une manière, pour cette intellectuelle, de passer de la réflexion philosophique la plus exigeante à une écriture accessible aux plus jeunes.

Intelligence, puissance et raffinement, ainsi peut-on caractériser une oeuvre qui traverse les genres et les générations. Poétesse, romancière et essayiste, Tanella Boni a publié une vingtaine d'ouvrages. Elle a reçu plusieurs distinctions majeures, dont le Prix Ahmadou Kourouma en 2005 pour son roman « Matins de couvre-feu », le Prix international de poésie Antonio Viccaro en 2009 et le Prix Tchicaya U Tam'si de la poésie africaine en 2025.

Son dernier ouvrage, « Sans parole ni poignée de main », paru aux Éditions Nimba en 2023, est un polar haletant qui prend pour toile de fond l'un des grands scandales écologiques qu'a connu la Côte d'Ivoire. A savoir le déversement de déchets toxiques à Abidjan en 2006.

Son parcours l'a également conduite au-delà des frontières ivoiriennes, dans plusieurs institutions universitaires et culturelles internationales. Elle était notamment membre du Collège international de philosophie à Paris et de l'Académie des arts, des sciences et des cultures d'Afrique et des diasporas africaines (Ascad).

À travers son oeuvre, Tanella Boni aura défendu une littérature qui pense, qui interroge et qui observe le monde avec hauteur, sans jamais renoncer à la beauté de la langue.

Sa disparition laisse un vide immense dans le paysage intellectuel et littéraire ivoirien.

AllAfrica publie environ 600 articles par jour provenant de plus de 90 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.